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Explorer des modalités d’action concrète. Faire renaître l’Église, est-ce possible ?

Jacques BRIARD
Assises CCBF 2020
Assises CCBF 2020 - Catherine Cassagnes

 

Comment l’Église catholique peut-elle relever les défis qui se posent à elle à l’heure actuelle ? La Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) a réfléchi à la question. En se penchant sur la situation en France, où l’institution s’est raidie, mais aussi en Allemagne, où elle cherche à aller de l’avant. Des exemples qui peuvent inspirer bien au-delà.

Créée à Paris en 2009, la CCBF rassemble des chrétiens d'ouverture qui veulent promouvoir une opinion publique dans l'Église catholique. Et avancer des propositions « afin que l’Église ne meure pas ou ne devienne pas une secte ». Elle y contribue par des prises de position, services divers et assises. Sur le thème L'Église en crise face à son temps : défaite ou défi, la première partie de ses assises 2020 a eu lieu fin septembre à Issy-les-Moulineaux, présidée par la théologienne Paule Zellitch. Cette dernière a succédé à Anne Soupa, à la base de la création du Comité de la jupe qui milite pour une vraie reconnaissance des femmes dans l'Église catholique.

Pour les organisateurs, il s’agissait « d'explorer des modalités d'actions concrètes qui ne parlent pas seulement aux 1,8% des pratiquants (catholiques de France), mais qui s'adressent à l'ensemble de nos contemporains et travaillent à se réconcilier avec eux. Une Église qui fait ce qu'elle proclame ».

Pour des instances paritaires

Sur place ou en ligne, des laïcs, femmes et hommes, des religieux et religieuses, des prêtres de France et deux théologiennes germaniques sont intervenus. Pour eux, les défis que l’Église doit relever touchent aux rapports entre la hiérarchie, le clergé et les laïcs. À la fois au sein des épiscopats, dans les clergés et parmi les laïcs, afin de « pourvoir à des instances paritaires et expressives de l'ensemble des baptisé-e-s ».

C’est une Conférence épiscopale divisée et plus conservatrice que par le passé que les intervenants français ont évoquée. Ils ont expliqué qu’une majorité du clergé, pour moitié d'origine étrangère, est plus proche des théologies de Jean-Paul II et de Benoît XVI que de celle du pape François. Les mouvements d'action catholique, quant à eux, n'ont pas eu à s'opposer précédemment au pouvoir clérical et se sont davantage investis dans l'évangélisation de leurs milieux respectifs. Et ils ont été remplacés par de nouveaux mouvements aujourd’hui impliqués dans des scandales sexuels.

De mauvaises cibles

Du côté de la liturgie, la pratique d'assemblées dominicales animées par des laïcs n’a pas été encouragée. Pas plus que le développement de communautés ecclésiales de base ou celui d'une plus grande collaboration entre prêtres et laïcs, comme l'avait organisé Mgr Rouet en tant qu'archevêque de Poitiers. Les différences entre les pratiques menées dans les paroisses urbaines et celles regroupées en régions rurales ont également été soulignées.

Certains se sont interrogés sur la pertinence du fait que « l'Église de France est, depuis les années 60, intervenue dans la vie intime des gens, en se montrant critique par rapport aux lois libéralisantes pour les femmes et les homosexuels, comme si son propre avenir en dépendait ». Alors que les engagements de catholiques dans la société, eux, rehaussent la crédibilité de leur Église.

L’expérience allemande

En Allemagne, l'Église catholique n'a pas été loin d'un schisme à la suite des abus sexuels et de pouvoir commis par le clergé, ont expliqué Julia Knop et Dorothea Sattler, deux théologiennes et professeures allemandes. Cette Église compte encore néanmoins neuf pour cent de pratiquants et dispose d'importants apports des contribuables, même si un quart de million d'entre eux ont cessé de tels appuis. Par contre, elle est à présent engagée dans un chemin synodal et pourrait s'inspirer des pratiques menées par l'importante Église protestante. À cette démarche, appuyée par le pape François (mais que les catholiques français n'envisagent pas pour leur pays), participent la Conférence épiscopale, les congrégations religieuses féminines et de nombreux laïcs, dont le plus que centenaire Comité central de ces derniers (ZDK). Une instance qui n'a jamais eu d'équivalent en France et dispose évidemment de plus de moyens que les sexagénaires Conseil interdiocésain des laïcs (CIL) et Conseil pastoral interdiocésain néerlandophone (IPB) belges.

Éviter les retours en arrière

Cela fera-t-il finalement bouger les lignes ? Les deux théologiennes allemandes ont reconnu que, « à l'issue de ce chemin synodal, chaque évêque restera roi dans son diocèse ». Mais on espère que soit évité tout retour en arrière. Julia Knop et Dorothea Sattler ont aussi souhaité que des expériences semblables voient le jour en Europe et ailleurs, en citant ce qui s'est passé lors du récent synode pour l'Amazonie. Mais sans faire nécessairement le lien entre l'expérience en cours et le synode mondial convoqué par le pape François pour 2022 sur le thème Pour une Église synodale : communion, participation et mission. La CCBF a indiqué que l’objectif de ce synode mondial est de « lutter contre le cléricalisme et les abus de pouvoir qui lui sont corrélés ». Ajoutant : « Il faut donc en sortir. Ainsi, un dispositif se met en place à Rome. Comment nous, baptisés français, allons-nous y participer ? »

Un à-venir

S’affirmant « en phase avec tous ceux qui veulent contribuer à transformer l'Église », les participants à cette Conférence ont exprimé « le désir de relever le défi de l'’à-venir’ en contribuant activement à la renaissance de l'Église comme peuple ». À propos de la préparation du synode romain de 2022, la CCBF a demandé aux évêques de France d'y associer tous les catholiques du pays et a annoncé qu'elle étudierait les conclusions de l'assemblée de la Conférence des évêques de France de ce mois de novembre à Lourdes, et ferait ensuite part de sa position. Fidèle à sa devise « Ni partir, ni se taire », elle entend « se mettre dans le sillage de l'Église synodale prônée par le pape François », où chacune et chacun devra trouver sa place.

Comme thématiques de la deuxième partie de ses assises 2020, la CCBF a annoncé : Confinement et liturgie, et Les abus dans l'Église – Les dégâts du cléricalisme. ■


Jacques Briard

Article paru dans le numéro de novembre 2020 du magazine chrétien belge L'appel

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