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Une exhortation discrètement subversive

Anne SOUPA

Parue vendredi, l'exhortation du pape qui conclut les deux sessions du synode de la famille suscite beaucoup de commentaires. Voilà quelques éléments de décryptage.

Cette exhortation est discrètement subversive. Le pape impose son terrain et refuse celui des doctrinaires. Le pape dit : Ce qui compte, ce n’est pas le droit canon, mais l’attitude de miséricorde. Il instaure le primat de la « Via caritatis », la voie de la charité. Ainsi, il évite de passer en force contre les cardinaux traditionnalistes. En mettant un texte sous le texte, il vide de son importance le respect absolu de la doctrine. Une fois posée en principe le primat de la miséricorde, le pape peut mettre la doctrine sur un piédestal. Son importance devient relative.

En ce qui concerne la question des divorcés remariés, le pape dit, un peu comme tout le monde : « c’est un problème réglé ». Il a pris soin de changer le droit canon au sujet des nullités de sacrement avant la seconde session du synode, il martèle à chaque paragraphe de l’exhortation son refus obstiné de toute exclusion, il rappelle le rôle de la conscience éclairée, il ouvre à des discernements sous la conduite d’un prêtre qui peuvent aller jusqu’à supprimer des exclusions « de type liturgique, pastoral, éducatif et institution­nel » (299). C’est dire sans le dire qu’un couple qui a fait un travail de discernement peut, si sa conscience le lui dicte, et si le prêtre y consent, accéder aux sacrements. C’est acter ce que font déjà beaucoup de couples qui, en conscience, vont communier.

Cette exhortation valide la casuistique, le cas pas cas, au lieu de principes absolus et universels. En outre, le paragraphe 3 installe la possibilité de diverses interprétations de la doctrine ou de certaines conclu­sions qui en dérivent. C’est installer sans le dire une sorte de décentralisation en matière de morale et de discipline de l’Église. Il y a une réelle prise en compte des diversités culturelles et du besoin de trouver des solutions particulières qui sont des interprétations différentes de la même doctrine et amènent à des conclusions différentes.

Toute l’exhortation reflète une meilleure compréhension de la réalité : on parle maintenant « des familles », on ne dit plus qu’il faut revenir en arrière et séparer des couples reconstitués (298). On a une vision bien plus positive de la sexualité, à intégrer au sein d’un amour (280 et ss), facteur d’épanouissement, tout en mettant en garde contre la dérive des corps en objets de plaisir.

Par contre, le cadre de pensée de cette exhortation reste terriblement androcentré. On continue à parler d’« Adam » comme l’homme masculin, et on appelle « homme » à la fois le masculin et l’être humain en général. Rien à faire, ce carde de pensée semble indépassable….

En ce qui concerne l’homosexualité, on a peu bougé. Deux paragraphes y sont consacrés (250, 251), pour refuser encore toute exclusion et contester la possibilité d’un « mariage homosexuel ». Le pape évite de citer l’article le plus controversé du catéchisme de l’Église catholique, pour citer le suivant qui demande d’accueillir les personnes homosexuelles. Mais c’est peu.

 

Anne Soupa

 

 

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