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Un évêque bien sympathique - À cause de Jésus.

Anne SOUPA

Oui, le livre que Monseigneur Joseph Doré consacre au parcours de sa vie, toute entière orientée par le Christ Jésus, est celui d’un évêque bien sympathique (A cause de Jésus, Ed.Plon).

Écrites avec finesse et sensibilité, ces trois cent cinquante pages nous racontent une vie, celle d’un jeune homme du pays nantais devenu prêtre dans la Compagnie des Messieurs de Saint Sulpice, chargés de la formation des futurs prêtres, puis théologien renommé, puis archevêque de Strasbourg.

Si Monseigneur Doré est si sympathique, c’est pour deux raisons :

la première est sa grande simplicité. Il se confie avec honnêteté et sans faux semblant, abordant avec lucidité les étapes de sa vie, une à une, sans gommer les difficultés rencontrées. On a envie de paraphraser Jésus rencontrant Nathanël, au tout début de l’évangile de Jean, et de dire « Voici vraiment un évêque sans détour ». On perçoit que Joseph Doré a vraiment mis sa confiance en Jésus et que toute sa vie est relue sous le regard bienveillant du Christ. Sa foi, certes proclamée, est d’abord vécue, et cela se voit autant que le nez au milieu de la figure, en particulier lorsqu’il envisage avec sérénité sa démission de l’archevêché de Strasbourg, ou même la proximité éventuelle de sa mort. En cela, ce témoignage est une bonne œuvre, qui aide les simples fidèles du Christ que nous sommes à vérifier, preuves à l’appui, que la parole de Dieu s’incarne et porte ses fruits en ceux qui la mettent au centre de leur vie.

La seconde est son sens de la responsabilité. Monseigneur Doré n’est pas un travailleur en blouse blanche enfermé dans un laboratoire d’idées ! Il ne jette pas des paroles en l’air pour le plaisir de voir comment elles vont retomber. C’est un homme conséquent que sa parole engage. C’est, au sens plénier du mot, un évêque. Il sait que la dignité d’un être humain se gagne lorsqu’on lui reconnaît « ses responsabilités ». Il a donc le souci constant de prendre celles qui lui reviennent et de donner à autrui les siennes. C’est donc un homme de la collégialité et de la bienveillance, qui n’en n’a pas pour autant oublié qu’il reste le patron, chargé de trancher et ensuite d’avancer dans la décision prise.

Responsable, il l’est aussi envers sa conscience, ce qui nous vaut une dernière partie essentielle où il analyse la crise de l’Église et ouvre le chemin à de nécessaires évolutions. Cette attitude courageuse, dans un contexte difficile, fait dire que Monseigneur Doré, même si on ne partage pas toutes ses analyses, même si on aimerait parfois qu’elles partent de plus large et creusent plus profond, même si on n’y trouve pas toujours le décentrement qui permet de faire du neuf, est un allié précieux d’une réforme de l’Église. Pour nous, ses lecteurs, c’est une vraie bonne nouvelle.

Simple, honnête, responsable, Monseigneur Doré est aussi bon évêque, et on se prend à rêver du plus grand bien encore qu’il aurait fait s’il avait été évêque plus longtemps !

Des nombreux aspects de son épiscopat qui seraient à évoquer ici, j’en retiendrai deux. Le premier est cette déclaration d’amour envers l’Alsace et les Alsaciens qui ouvre son ministère épiscopal. Que c’est doux, que c’est bon d’entendre cette expression simple et enflammée ! A la fois parce qu’elle s’adresse à de « vrais gens » et parce que s’y révèle une belle aptitude à ce ministère. Voir, une fois au moins combien l’homme et sa charge sont assortis et combien celui-là sait donner de l’amplitude à celle-ci, voilà une vraie joie.

Le second est cette question qu’il aime à poser « dans le monde » lorsqu’il dessine les responsabilités de l’Église : « Qui s’occupera de nos âmes ? » Formulation un peu différente de celle de saint Dominique qui s’en préoccupait à partir du péché : « Que vont devenir les pêcheurs ? », plus proche de celle d’Ignace qui avait le souci « d’aider les âmes », mais qui place bien l’urgence au niveau du cœur, de l’inaltérable de l’humain, de l’essentiel. Et ce « service spirituel » à rendre me semble bien être la clé de voûte du rapport de l’Église à la modernité.

Que Monseigneur Doré soit bon évêque donne aussi à la lecture de ce livre quelques inflexions particulières. On sent chez lui la connaissance parfaite du contexte et on constate que, en bon stratège, il contourne les obstacles et fait droit à toutes les sensibilités, au risque de faire parfois de son propos un discours de remerciements ou de convenance. A être « trop bon évêque », on court des risques. Celui, parfois, de renoncer à un peu de l’allant, de l’audace que le lecteur aurait sans doute aimé trouver.

Mais c’est, au sens le plus plein du mot, la rançon d’un « homme d’Église », qui n’avance plus tout seul, mais avec tous ceux qu’il a rencontré dans sa vie. Et le grand saint Pierre ne s’y trompera pas. Lorsque Monseigneur Doré paraîtra devant lui, ce ne sera pas pour un jugement, mais pour un banquet où il faudra écarter les murs pour accueillir tout le monde.

Anne Soupa

Mgr Joseph Doré, À CAUSE DE JÉSUS, Pourquoi je suis demeuré chrétien et reste catholique, Plon avril 2011

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