Vous êtes ici

Qui donc est ce Dieu qui nourrit son peuple ?

Anne Joëlle PHILIPPART
La multiplication des pains. James Tissot. Musée de Brocklyn.

Dimanche 2 août 2020 – 16e dimanche du temps – Mt 14, 13-21

Ah non, zut, la multiplication des pains… pas encore cette niaiserie. Cinq pains et deux poissons pour nourrir cinq mille hommes, des femmes et des enfants et avoir encore douze paniers de restes. Vraiment douze ? Comme les douze tribus d’Israël, comme les douze apôtres ? pas un de plus ? 5 pains ? Et pourquoi pas 7 ou 8 ?

Et puis, tant qu’à faire… pourquoi lire encore tous ces vieux textes, ces histoires basculant entre le mythe, les histoires édifiantes et parfois la violence insoutenable ?

Et s’il fallait enfin sortir du joli roman de la foi raconté, selon notre âge, par des prêtres ou des catéchistes dévoué.es répétant, trop souvent, ce qu’on leur a raconté 30, 40 ou 50 ans plus tôt ? De siècle en siècle, la foi s’est transmise comme une certitude à croire, débarrassée des rugosités de l’histoire, des failles de notre humanité et de ses doutes. C’est qu’aux fidèles, il fallait donner une nourriture consistante et lisse, une foi d’apaisement, un opium lénifiant que venaient titiller la peur de l’enfer et la culpabilité pour garder le troupeau sous contrôle.

Mais quel gâchis ! Pourquoi s’étonner alors que les chercheurs de sens, avides de questionnements, se tournent vers d’autres spiritualités bien souvent libérée du carcan d’une religion institutionnalisée ? Avec ou sans Dieu, ces démarches sont vécues librement comme des chemins de croissance, des itinéraires où le doute est permis, débattu, creusé, le tout sans tabou.

Et pourtant… n’y a-t-il pas dans la Bible quelque chose à aller chercher ? Qui est ce Dieu qui nourrit son peuple comme Jésus nourrit la foule à la suite de Moïse (Ex16) et d’Élisée (2R4) ? Qui est ce Jésus qui encourage ces disciples à agir par eux-mêmes au lieu de laisser le maître tout faire ? Car l’heure est déjà avancée ? Est-ce à dire que le temps presse ? L’auteur de l’évangile aurait-il voulu déjà prévenir le lecteur qu’une fin se profile ? Et puis, c’est quoi ces scènes de banquet du Royaume où tous sont conviés et non les quelques dieux de l’Olympe antique ? Cela voudrait-il signifier que le Dieu des chrétiens prendrait soin de toute l’humanité et non de quelques élus ? Pourquoi cinq pains ? Serait-ce pour symboliser le Pentateuque, la Parole de Dieu qui crée et nourrit ? Quant aux douze paniers, comme les douze apôtres, ils pourraient peut-être représenter tout le peuple d’Israël puis toute l’humanité… sans exclusion car dans le Christ, il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme (Ga 3).

Oups, compliqué, tout cela ! Mais, au moins, les portes s’ouvrent sur un trésor que des anciens auraient caché dans un champ. Nous aurions alors à le creuser et le labourer pour en faire fructifier la terre qu’un laboureur aurait ensemencée avec du blé… qui nourrit le monde... même si un peu d’ivraie y a été semé. (Mt 13)

Bienvenue dans la complexité et le questionnement, dans une quête de sens ou à la recherche d’une foi telle qu’elle se laisserait doucement approcher comme le souffle d’une brise légère (1R19), comme une eau jaillissante de vie éternelle (Jn 4). Amen

Anne-Joelle Philippart

Rubrique du site: 
Les actualitésCommentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire