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Où est Dieu à l’heure de la menace du Coronavirus ?

Christine SCHENK
Christine SCHENK
Christine SCHENK @ www.globalsistersreport.org

 

Sœur Christine Schenk a exercé pendant 18 ans comme sage-femme en milieu urbain. Licenciée en théologie elle est l’auteure de l’ouvrage Crispina et ses sœurs : Femmes et Autorité dans l’église chrétienne primitive récompensé par la Catholic Press Association des États-Unis.

Sa réflexion sur notre vie en pandémie en temps de Carême n’est pas obsolète à la veille de la Pentecôte.

 

En entrant en Carême il y a juste six semaines, qui d’entre nous aurait imaginé célébrer la Semaine Sainte et Pâques avec tant de morts et de souffrance ? Dans le mystère et l’angoisse de la période liturgique la plus sacrée, nous ressentons alors, en temps réel, le mystère et l’angoisse des peuples de la Terre. Certains suffoquent et luttent pour respirer. D’autres pleurent la mort d’un être cher, mort soudaine et dans la solitude. D’autres, médecins, infirmiers et secouristes, sont épuisés, se demandant s’ils trouveront la force d’aller jusqu’à la fin de cette pandémie. D’autres, responsables officiels, ministres, maires, députés et experts de la santé, s’efforcent de rassurer des citoyens terrorisés et de réduire les ravages causés par un mauvais virus qui ne fait pas de quartier. D’autres, scientifiques, inventeurs, fabriquant de médicaments et d’équipement, s’attellent à fournir désespérément les médicaments efficaces et l’équipement nécessaire. Et d’autres, confinés chez eux, scolarisent leurs enfants, prennent soin de leurs ainés, en se demandant comment ils vont régler les factures qui les attendent.

 

Nous qui croyions à un Dieu Amour, comment allons nous vivre une Semaine Sainte telle que nous n’avons jamais connu ? Où est l’Amour de Dieu en cette Semaine Sainte ? Pouvons-nous méditer sur la passion de Jésus et cette période atroce que nous vivons ? Quelle douleur de se sentir impuissant face à de telles souffrances !

C’est pourquoi je voudrais rapidement réfléchir sur ce que des femmes, disciples de Jésus, ont ressenti au cours de cette semaine de souffrance. Elles étaient sans pouvoir mais leur action nous oriente vers une réalité encore plus profonde que la douleur présente qui nous submerge. Les évangiles de Marc et de Mathieu nous rendent compte d’un repas spécial tenu chez Simon le lépreux à Béthanie deux jours avant Pâques (Mt 26,1-14; Mc 14,1-9). Tous les deux mentionnent que les chefs religieux cherchaient à arrêter Jésus pour le faire mourir. Dans ce contexte, une femme inconnue s’approche de lui, tenant un flacon d’albâtre rempli d’un précieux parfum qu’elle lui répand en onction sur la tête. Tout de suite les autres disciples (probablement des hommes) lui reprochèrent son geste, ce parfum était perdu alors qu’il aurait pu être vendu pour une grosse somme et donnée aux pauvres.

Cependant je me demande si c’était la vraie raison, leur plainte était pour autre chose. Cette femme inconnue comprend plus profondément que les autres disciples le destin de Jésus comme Messie. Dans la tradition juive, les prophètes sont ceux qui ointes (sacrent) les rois : Samuel sacre David pour succéder à Saul comme roi d’Israël. Le terme “messie” signifie littéralement “celui qui est oint”. L’action silencieuse et prophétique de cette femme affirme que Jésus est celui qu’Israël attend, le Messie, qui les libérera de l’oppression.

Au moins Jésus apprécie son action : « Laissez-la faire, pourquoi le lui reprocher ? – C’est un beau geste qu’elle a accompli pour moi. Elle a fait ce qu’elle pouvait et en vérité je vous le dis, partout dans le monde entier où l’Evangile est prêché, ce qu’elle a fait sera rappelé en souvenir d’elle. » Jésus sait qu’il va mourir et aussi cette femme inconnue. Cela a dû le réconforter qu’au delà de ces terribles souffrances, elle y voyait comme lui un salut. Une grâce qui, envers et contre tout, à la fin libère les croyants du pouvoir du mal. À travers son impuissance cette femme témoigne par l’onction de la réalité d’un salut qui transcende toute souffrance. 

« Elle a fait ce qu’elle pouvait », dit Jésus. « Elle a fait une bonne œuvre. » À quoi sommes-nous invités, pour « faire ce que nous pouvons » ? Quelle belle œuvre exprime notre solidarité envers ce monde de souffrance pendant cette semaine Sainte ? Peut-être sommes nous comme toutes ces femmes qui depuis le jour des Rameaux selon les évangiles suivaient Jésus et « observaient à distance » en silence pendant son calvaire jusqu’à sa mort horrible sur la croix (Mt 27, 55) Comme ces femmes nous sommes aussi sans pouvoir. Nous sommes impuissants en voyant ce Messie crucifié, comme nous le sommes en voyant ce monde crucifié pendant cette pandémie. Nous offrons le pauvre réconfort que nous pouvons donner par notre présence, notre peine, nos pleurs et notre prière.

La passion rapportée par Mathieu nous montre que Jésus a exprimé ce sentiment de désolation et d’abandon : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce qui est moins connu, c’est que la prière de Jésus est le premier verset du Psaume 22 qui se poursuit ainsi : « Mais Toi, le seul Saint... En toi nos ancêtres ont mis leur confiance. Ils se sont fiés à toi et tu les as secourus. Ils t’ont appelé à l’aide et tu les as sauvés. » Il est bon de prier avec le Psaume 22 quand nous sommes révoltés, abandonnés, désespérés comme beaucoup d’entre nous maintenant. Jésus trouva du réconfort en exprimant son sentiment d’être abandonné par Dieu tout en mettant sa confiance dans le pouvoir de salut de Dieu. Un ami cher m’a dit une fois de ne jamais regarder la croix sans en même temps voir la Résurrection. Donc quand nous contemplons Jésus souffrant sur la croix, nous sondons la réalité du mystère du mal et de la mort, mais nous y voyons aussi une réalité plus profonde, le pouvoir de Dieu de sauver.

C’est le moment de nous rappeler que notre monde est un, et que notre Jésus universel y souffre. C’est le moment de faire confiance à Dieu qui au milieu de la souffrance a le pouvoir de sauver. Pendant la période de la Résurrection, qui en ce moment ressemble pour nous à un vendredi Saint, à quoi sommes nous invités à « faire ce que nous pouvons » ? Qu’allons-nous faire de bon pour exprimer notre solidarité avec un monde en souffrance ?

Christine Schenk – 11 avril 2020
Traduction : Jean Garnier
https://www.globalsistersreport.org/news/where-god-agony-coronavirus

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jean Combe

je suis étonné de la phrase : " Jésus sait qu’il va mourir et aussi cette femme inconnue".
Je craindrai que cette phrase se situe dans le droit fil de ce qu'on nous a souvent répété : jésus savait parce que Jésus savait tout à l'avance. On a toujours tendance à déshumaniser Jésus.
D'autre part, pourquoi Jésus aurait-il eu envie de mourir ? Certes il connaissait toute la haine que lui vouaient les prêtres et le Grand prêtre. L'auteur nous confie d'ailleurs que ses plus proches avaient peur de monter à Jérusalem. C'était pourtant la grande fête populaire de Pâques.
Quel conseil donnerait aujourd'hui un prêtre ou une religieuse à un homme qui viendrait lui confier qu'il a envie de mourir ? "Ce n'est pas une attitude chrétienne. Dieu vous a donné la vie; vous n'avez pas le droit de vouloir la perdre."
Merci

Jean GARNIER

Ma réponse à "Jésus savait": comme tout activiste, militant sait que s'il s'oppose aux pouvoir établi il risque sa vie et celle de sa famille. Ex exemple jean Baptiste, et malheureusement très nombreux à notre époque 'voir les conclusions du synode sur l'Amazonie.

Jean

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