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Espérance

Thérèse

Qu’est-ce qui fait monter Jésus à Jérusalem, en avant des siens, au devant de sa mort ? Et qu’est-ce qui fait venir ces gens plus nombreux qu’à Pâques, le jour des Rameaux ? Et qu’est-ce qui fait encore qu’envers et contre tout nous persévérons dans l’Église ? Un grain de folie qu’un poème, il y a 2500 ans, a formulé ainsi : « L’amour est fort comme la mort ; Sa passion est radicale comme la tombe ; Ses flammes sont des flammes de feu Jaillies du Brasier divin. Rien, aucune épreuve, aucun fleuve, Ne pourra l’éteindre le Feu le l’Amour » (Ct 8, 6-7) 1 Radicale est l’espérance fondée en la Résurrection du Christ. Elle va plus loin que l’espérance « au-delà » de la mort et de l’injustice des philosophes. C’est une espérance « contre » la mort et l’injustice ; une espérance « active et créatrice ».2 Plus j’avance en âge et plus je pense que là se tient la différence chrétienne. Croire en Jésus Ressuscité c’est se trouver investi, chacun pour sa part, du ministère de l’espérance. Un service exigeant, car rien n’est plus difficile que de fonder ses actes sur une conviction qui remue et ceux qui la partagent et les autres, bien plus qu’on ne pense. Mais quelle joie aussi lorsque, sur le terrain, ensemble nous entrouvrons un avenir plus humain ! Et tous ceux qui se mêlent à nous aujourd’hui, un bouquet de buis ou d’olivier à la main, pour chanter « Hosanna ! » puis écouter le long récit de la Passion… Ils emporteront dans leur maison leurs branchages, pour le crucifix et, qui sait, pour l’absoute si un décès survient ; et ils en porteront sur les tombes. C’est pour eux un peu comme une seconde Toussaint. Je suis bien au milieu de cette foule inhabituelle et j’aime voir en ces coutumes in-tuables comme un pied dans la porte qui ouvre sur la Résurrection et la Vie, un geste d’instinct d’espérance. Qu’il est difficile de croire en la résurrection au point d’en vivre comme Jésus ! L’espérance est le sursaut de la foi quand celle-ci est passée au crible de l’épreuve. C’est une déclaration d’amour de chaque instant dans le combat, une certaine façon de s’abandonner : Père, en tes mains je remets mon esprit ! Jésus a vu venir de loin sa mort, il a fait face jour par jour, portant le combat contre elle sur son propre terrain, misant tout sur la source cachée qui murmure au cœur tout homme l’amour est fort comme la mort. C’est l’espérance qui lui fait dire à Pierre sur le point de le lâcher : J’ai prié pour toi. Quand tu seras revenu, affermis tes frères ! Et ses dernières paroles à l’homme pendu avec lui : Ce soir tu seras avec moi au Paradis ! (Ce soir : pas à la fin des temps, ni après un long purgatoire ; oui toi, le malfrat, tu seras avec moi, à cause de ta foi-espérance)… Ce Jésus emporte ma conviction. À sa suite, il me plaît de vivre d’espérance jusqu’à en raviver les braises chez ceux qui n’en peuvent plus. Thérèse Huvelin   1 Trad. J-F Six, DDB 1995.; 2 d’après Bossuyt, Radermaker, Jésus, Parole de la Grâce selon saint Luc, Lessius, 1999.

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