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Entrevue avec le Cardinal Baltazar Porras

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Cardinal Baltazar Porras
Cardinal Baltazar Porras © Centro Televisivo Vaticano @ Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Après les questions du journaliste au Cardinal Baltazar Porras du Vénézuela sur la situation actuelle, l’entrevue s’oriente sur les suites pour l’Eglise.
 
À quoi ressemblera l'Église du postcoronavirus ? Quelles caractéristiques aura-t-elle ? Quels résultats profonds en tirera-t-elle ? Cela affectera-t-il les réformes du pape François ?

Je ne prétends pas être une diseuse de bonne ou mauvaise aventure, mais j'ose dire que si l'Église du postcoronavirus est la même qu'avant, elle n'a pas d'avenir. C’est un kairos pour mettre en mouvement la « conversion pastorale », « l'Église en sortie » et la centralité des « périphéries », pour reprendre le vocabulaire bergoglien. Cette crise affectera les réformes du pape François mais de manière positive. Cela montre que ce qu'il a tant prêché et promu au cours de ces années est, doit être, la voie à suivre.

Je mets en avant une réflexion récente que je souhaite partager avec mon clergé, dans la recherche de résultats que nous devons vivre de manière synodale : si l'Église est Sempre reformanda comme les saints pères l'ont souligné pendant des siècles, c'est parce qu'elle « ressuscite » sans cesse à la vie, par l'exemple et par la valeur d’une mémoire actualisée, en particulier de nos jours, celle de Jésus mort et ressuscité pour nous dans l'Esprit. Par conséquent, il est nécessaire de placer la loupe sur un discernement permanent pour vérifier si ce que nous faisons est consonance avec la foi et avec notre époque, ou il s'agit de donner satisfaction à ce que, dans notre esprit, nous pensons déjà comme définitif.

Pourra-t-elle continuer à maintenir sa structure économique, territoriale et son fonctionnement actuels ?

Si toute la société doit réorganiser la politique, les entreprises, l'économie, la structure sociale, etc., l'Église ne fera pas exception. Elle devra également réinventer sa structure actuelle. Chaque changement provoque une résistance, mais il faut se projeter dans l'avenir. La réforme que le Pape met en œuvre dans toute l'Église trébuche avec l'inertie des siècles. Mais il ne faut pas s’évanouir. Approfondir le changement en tant que processus sain pour mieux servir, doit être l'objectif qui nous est proposé, ouvrant la voie à la diversité créative. « Une centralisation excessive, au lieu d'aider, complique la vie de l'Église et sa dynamique missionnaire. » (EG 32)

La pandémie a-t-elle réveillé chez les laïcs la conscience de leur appartenance à un « peuple sacerdotal » et, par conséquent, la demande d'assumer des ministères ordonnés ?

Depuis le Concile Vatican II, le statut des baptisés, de tous les croyants, peuple sacerdotal  a été souligné. Lentement, non sans trébucher, la reconnaissance de la condition des laïcs s'éveille. Le cléricalisme, un mal aussi bien du clergé que des laïcs, a été un obstacle au rôle authentique des différents membres de l'Église. Le document final du Synode de l'Amazonie et l'exhortation de la Chère Amazonie du Pape abordent le sujet sans hésitation. Chacun joue un rôle et possède des compétences spécifiques. Il ne s'agit pas de les prendre au prêtre pour que les laïcs les assument. Il y a un chemin à parcourir qui n'est pas encore mûr. Les sacrements montrent et entrent en relation avec le Dieu proche. Une règle disciplinaire qui exclut et éloigne n'est pas valable, car ainsi l'Église devient un bureau de douane. « L'Église doit veiller tout particulièrement à comprendre, consoler, intégrer, en évitant d'imposer une série de normes comme si elles étaient un rocher... » (Chère Amazonie, 84). Il ne faut pas sauter dans le vide, ni fermer des portes ni construire des murs. Les expériences pastorales indiqueront et feront la lumière pour que les sacrements, surtout l'Eucharistie, ne soient pas refusés à beaucoup. Le temps est plus grand que l'espace, et les fruits ne sont pas encore mûrs, mais ils doivent être cultivés pour la récolte.

La pratique sacramentelle actuelle, en particulier celle de l'Eucharistie et de la pénitence, devra-t-elle être revue ?

Beaucoup de points doivent être revu dans la pratique sacramentelle actuelle. Non seulement qui peut ou non exercer ou présider l'Eucharistie et la pénitence. Nous percevons qu'à l'heure actuelle, ils ne satisfont pas les besoins. La pandémie soulève la question de la valeur de l'Eucharistie à distance, en vidéos. L'absence de confesseurs, due au confinement pour la protection de la santé, soulève la question de savoir si le pardon est donné ou non, sans le geste sacramentel. Nous avons ici un échantillon de milliers de choses qui surgissent de la lecture des signes des temps, dans lesquelles nous devons découvrir quels sont les vrais signes de Dieu. Tâche pour les pasteurs, les théologiens, les laïcs... Il faut avancer et scruter de manière synodale, sans tabous et interdictions, les nouveaux défis. Comme à la fin du concile de Jérusalem. Que les expériences diverses se poursuivent, éviter de manger les offrandes offertes aux idoles et ne pas oublier d’être au service des pauvres.


Entrevue du Cardinal Baltazar Porras du Vénézuela parue dans Religion Digital du 15 avril 2020, traduit par Jean Claude Sauzet.

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