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Entre jeudi saint et vendredi saint : le geste eucharistique, une attitude pour tous...

Xavier

Au soir du Jeudi saint, il est saisissant de mettre en série plusieurs gestes.
Ainsi celui de Marie de Béthanie et du parfum qu’elle essuie avec ses cheveux, juste quelques jours auparavant,
puis celui de Jésus aujourd'hui, magnifiquement illustré sur le site  par la chorégraphie d'Ariane, une femme...              
Alors que "nous", tous, nous nous retrouverons aux pieds de la Croix demain...
Marie aux pieds de Jésus, Jésus aux pieds de ses ami-e-s, nous tous aux pieds de Jésus en Croix…             
Geste eucharistique par excellence : « voici mon corps livré pour toi », « voici mon sang versé pour toi »…

Oui ce Geste de Jésus est saisissant si nous nous laissons rejoindre par lui, en profondeur, et si nous décidons, chacun, de le faire nôtre, à notre tour, comme Jésus nous le demande avec beaucoup de délicatesse. Ce n’est pas un commandement dur, c’est une invitation, une invitation amoureuse…

Il est le Geste qui abolit définitivement toute hiérarchie de domination sur autrui, toute volonté de puissance... Car depuis ce jour, nous le savons, nous ne pouvons plus l’ignorer : Dieu est à genoux, aux pieds de l’Homme, pour le soigner, panser ses blessures, (comme le Samaritain auprès de l’homme meurtri, laissé pour mort cf. Lc 10, 32), pour le relever comme son Fils, dans sa pleine et gracieuse dignité d’enfant de Dieu…

Dieu n’est pas ailleurs. Dieu ne nous attend pas ailleurs que là.

Désormais plus aucun pouvoir conservant ne serait-ce qu'une once de domination, ne pourra se réclamer du nom de Jésus. Si nous le faisons, nous blasphémons...
C'est extrêmement net et sans appel.
Toute l’histoire du monde, de l’Eglise, toutes nos histoires personnelles nous le rappelle alors : nous n’aurons jamais fini de nous convertir dans ce mystère.

Car cette conversion est plus qu’un simple renversement où celui qui a été opprimé prendrait sa revanche sur son dominateur… Cette conversion à laquelle le geste de Jésus nous entraine, n’est pas un renversement ou un échange de rôles : Jésus reste Maitre et Seigneur. Mais il nous révèle et nous livre le secret de ce qui a été son action rendue publique dès son passage à la synagogue de Nazareth, où il lisait Isaïe « Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté» et il commentait : « Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez.» (Lc 4, 20-21). C’est par ce geste que Jésus ouvre toutes, toutes nos prisons et libère et les gardiens, et les prisonniers…
Désormais si nous le faisons à notre tour, la même force de libération se poursuivra, la force de Dieu.
Voilà ce qui se passera à celui qui entrera dans le Présent de Dieu.

C'est ce que Pierre fera au lendemain de Pâques, à l’entrée de la porte du Temple de Jérusalem, lorsqu’il sera face à un mendiant, paralysé : « Pierre fixa les yeux sur lui, ainsi que Jean, et dit : " Regarde-nous." Il tenait son regard attaché sur eux, s'attendant à en recevoir quelque chose. Mais Pierre dit : " De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche ! " Et le saisissant par la main droite, il le releva. À l'instant ses pieds et ses chevilles s'affermirent ; d'un bond il fut debout, et le voilà qui marchait. Il entra avec eux dans le Temple, marchant, gambadant et louant Dieu. » (Actes 3, 4-8).

Nous cherchons la puissance de Dieu ?
Elle est là, en permanence sous nos yeux, et nous ne savons pas la voir  !
Ce qui se passe, se passe à hauteur de visage, dans ce lien gracieux d’un regard…
Le lien d’une communion à hauteur de visage. Le lien de fraternité, la relation qui fait vivre, profondément, éternellement, libre !

Voilà le mouvement de Pâques, voilà le Passage à vivre, qui nous fait entrer et demeurer en Dieu.
Une invitation large, sans ségrégation, là où nous pouvons comprendre saint Paul « Car tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu, en Jésus Christ. Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus ni Juif, ni Grec; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ. » (Gal 3, 26-28) Voilà le mouvement à vivre avec chacun des hommes, chacune des femmes que nous pouvons croiser sur nos routes… Qu’il soit conscient ou non d’être frère de Jésus !

Voilà l’action eucharistique, le service eucharistique : une attitude dans laquelle chacun-e de nous, sommes désormais institué-e-s par notre Baptême, et sommes appelé-e-s à en être les Serviteurs.
Voilà l’action eucharistique qui peut traverser, transfigurer, nos existences en chacun de ses actes.
Alors heureux, oui bienheureux les invités au repas du Seigneur : « heureux serez-vous si vous le mettez en pratique » ! « Faites ceci en mémoire de moi »

 

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