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Ensemble, peuple de prêtres, de prophètes et de rois

Anne-Joëlle Philippart
Par Berthold Werner (Travail personnel) [Public domain], via Wikimedia Commons

Messe Chrismale (Semaine Sainte 2017) – Is 61, 1-3a.6a.8b-9 ; Ap 1, 5-8 ; Lc 4,16-21)

Trois belles lectures nous sont proposées, comme tous les ans, à l’occasion de la messe chrismale, trois textes qui chantent le Royaume de Dieu, celui qui n’est pas de ce monde, trois cris évangéliques, trois bonnes nouvelles qui résonnent à nos oreilles en écho au cantique d’Anne (1 S 2, 1-11), au magnificat de Marie (Lc 1, 46-55) et aux béatitudes du Christ (Mt 5, 1-12). Et tous, nous entendons cet hymne à l’espoir qu’autre chose est possible pour les opprimé-e-s, les discriminé-e-s, tous ceux et celles qui sont nié-e-s dans ce qu’ils font et ce qu’ils sont.
C’est un peu cela la promesse de Dieu pour l’Humanité. Debout, vous tous qui y croyez, levez-vous et écoutez. Imaginez, l’espace d’un instant, le temps d’un rêve, qu’au-delà de toutes nos peurs, nous osions abattre nos murs intérieurs construits autour de nos certitudes et de nos besoins extrapolés. Lâcher le bord, changer, essayer de vivre avec moins pour vivre plus intensément, vivre plus lentement pour revivre davantage. Sortir du train fou qui nous empêche de voir le paysage de nos vies. Alors nous pourrons passer, ensemble, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu (Is 61, 3). Nous pourrons prendre le temps de vivre ce sourire croisé au détour d’un chemin, d’échanger un repas avec nos voisins, nos proches ou nos collègues. Ainsi, nous ne serons plus « toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour ». Non, nous pourrons « jeter l’ancre un seul jour » (cf Le Lac de Lamartine).

Mais aujourd’hui, nous nous arrêtons aussi pour penser à vous, chers prêtres. Nous nous voyons au fil des jours, nous nous parlons. Oh, parfois, oui, c’est vrai, nous vous oublions, nous courons derrière nos grands et nos petits projets, nos rêves et nos chimères. Et oui, comme vous, nous sommes occupés et fatigués. Ainsi va la vie. Nous aussi nous avons les yeux du cœur, ceux qui voient au-delà des apparences, ceux qui voient les grandeurs mais aussi les misères comme autant de cris de nos blessures profondes. Rassurez-vous, dans le fond, oui, nous vous aimons de cette amitié qui ferme les yeux. Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle (Ap 1, 4). Aujourd’hui, nous vous disons merci.

Ensemble, peuple de prêtres, de prophètes et de rois, nous repensons à notre engagement, à ce qui nous a appelés à suivre le Christ. Nous, consacrés par l’onction au jour de notre baptême et vous la vivant d’une façon particulière depuis votre ordination, ensemble, nous repensons à cette année écoulée. Nous revoyons les passages de nos jours dans les vertes vallées baignées de soleil, ces moments magnifiques où tout va bien, ces moments de grâce où nous sentons la main de Dieu. Puis nous revoyons les jours de doute, d’échec où nous avons ce douloureux sentiment d’être, un peu, à Gethsémani ou de crier vers toi comme les prophètes : Seigneur, pourquoi nous as-tu abandonnés ? Puis, tu nous dis, tu nous appelles et tu nous montres ces pas sur le sable, cette unique empreinte, où notre marque a disparu parce que tu nous portes (Footprints’ in de Sand, Margaret Fishback Power). Ainsi en va-t-il de la vie du disciple. Heureusement, ensemble, on est plus fort. Heureusement, depuis ce jour où le souffle de l’Esprit a inspiré cette magnifique évolution à l’Église lors du Concile Vatican II, nous travaillons en partenaire. Nous nous frottons à nos différences déclenchant des étincelles devenant feu de joie mais aussi feux de broussailles. Ainsi en va-t-il des altérités quand elles se rencontrent et se cumulent aux grands bouleversements des évolutions culturelles et sociologiques. Périodes de changements profonds, elles peuvent être inconfortables mais aussi magnifiques tant elles sont riches des promesses de cette Humanité qui se cherche, qui grandit, qui se purifie pour autant qu’elle n’oublie pas son histoire et ses racines. Amen.


Anne-Joëlle Philippart

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