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Pour une Église en travail

Alain WEIDERT

Ghislain Lafont, moine bénédictin de l’abbaye de La Pierre qui Vire, professeur émérite de théologie nous propose un nouvel ouvrage : « L’Église en travail de réforme » (Cerf, mai 2011). Il s’en dégage une orientation et des balises résolument conciliaires. « Ne sommes-nous pas aujourd’hui conviés à un réel renversement de notre évaluation de l’économie globale de la Révélation ? Ce qui est en jeu est l’adoption ou non du tournant de Vatican II » p. 230.

L’auteur constate avec douleur les lenteurs et les atermoiements de son Église. Celle-ci est en travail comme une femme enceinte. Elle attend le jour où sera enfin coupé le cordon qui retient les réformes. «…le moment est vraiment venu, qu’un pape vienne, qui considère que l’essentiel de sa mission soit non pas de « réformer les structures ecclésiastiques », mais bien de favoriser « la construction d’une Église selon la nouveauté de Vatican II » p. 307.

Pour hâter cette venue deux atouts sont requis. Premièrement une intelligence toujours plus neuve de la Révélation car « Nous ne sommes peut-être qu’au début de la compréhension de l’Évangile » (Jean XXIII) p. 190. Deuxièmement la sortie d’une Église sanctuarisée où l’Homme religieux cherche protection. « Il y a un réel péril » à ce que ne restent finalement que les chrétiens à l’aise dans le « couvent catholique », saint sans doute, mais « clos et protégé » p. 306

Face à tout ce qui est fixisme et immobilisme, la reconnaissance de la notion de mobilité s’impose. « Il s’agit d’une révolution culturelle considérable, puisqu’elle introduit la mobilité, le devenir, l’altérité comme valeurs à part entière dans la compréhension et la pratique du réel » p. 288. Il en découle une manifestation historique progressive du contenu de la Révélation, mais il ne suffit pas d’ajouter ou d’additionner du nouveau aux formulations anciennes. Celles-ci ont à être intégrées dans l’expression contemporaine de la foi et à recevoir de cette inclusion un éclairage nouveau. «…de nouvelles perspectives s’ouvrent. Les précédentes n’en sont pas niées pour autant, mais intégrées dans un schème nouveau et plus satisfaisant » p. 75. « Un texte de foi est commenté au mieux par le texte suivant et non par ceux qui précèdent » p. 219

Frère Ghislain renforce notre détermination à avancer dans l’œuvre de Révélation réinitialisée au Concile. Celui-ci n’a pas donné tous ses fruits, le Mystère pascal n’est pas épuisé. « Dans l’engagement de l’Église vers le futur, il y a aussi la conscience que tout n’est pas encore manifesté, que les critères dont nous disposons et dont la valeur est réelle ne sont pas exclusifs de nouvelles perceptions encore voilées aujourd’hui ; il y a donc une ouverture à ce qui n’est pas encore pleinement connu et une décision de ne pas ramener tout le futur à ce que l’on possède déjà en matière de connaissances et de critères de jugement » p. 253.

La question du salut a évolué. Celui-ci n’est plus à envisager, d’abord, à travers la grille du jugement dernier, des menaces de l’enfer, de la damnation ou de la récompense éternelle. «…le thème du Jugement, central dans la mentalité chrétienne médiévale et moderne, y recule au second plan, conformément à l’Évangile, au profit du thème de la paternité divine et de l’infinie tendresse du Christ. Il y a là le fruit d’un cheminement assez long dont il faudrait écrire l’histoire théologique » p. 267.

Un nouveau paradigme se fait jour. « Il y a du neuf : une perspective qu’on ignorait se manifeste et quelque chose s’instaure. Il y a donc progrès et croissance, moins peut-être dans la « connaissance » que dans l’économie de la « communion » p. 69. Paradigme de l’écoute, de la parole échangée, de la communication. L’altérité, y compris en théologie, devient le concept qui remplace celui de la transcendance absolue. Cette dernière n’est pas oubliée, mais trouve sa place, incluse dans une nouvelle approche de la relation. « …si on veut dire le Dieu-Un, on ne peut se contenter d’une seule proposition mais…il en faut au moins deux. L’unité-en-relation de l’être divin devient peut-être alors le paradigme à partir duquel penser unité et diversité en ce monde-ci » p. 84

Finalement, frère Ghislain se demande si le nouveau paradigme, le nouveau modèle de la perception et de la manifestation de la Parole chrétienne ne serait pas « Le paradigme de l’amour (qui) met en valeur la parole, non pas d’abord comme contenu intellectuel, mais comme reconnaissance mutuelle » p. 330. Une Parole de Dieu déployée en dialogue, en altérité. Un Logos exprimé en échange amoureux comme dans la relation du couple homme-femme. « Du point de vue de l’Église, de sa nature et de son institution, qu’est-ce que cela entraînera de mettre en exergue le paradigme de l’amour entre l’homme et la femme ? » p. 330. La théologie chrétienne pèlerine dans l’insoupçonné !

 

Alain Weidert à Chalvron près de Vézelay, en voisin de l’abbaye.

 

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