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Une Église au bord de l’abîme

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Robert FAVROU
Église Saint Valéry à Varengeville-sur-mer
Église Saint Valéry à Varengeville-sur-mer © Levente Koltai @ Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)


C’est le titre d’un article paru dans un hebdomadaire décrivant l’état de l’église Saint Valéry à Varengeville en Seine Maritime. Appréciée pour son cadre idyllique, avec un magnifique panorama sur la mer, elle a inspiré nombre de peintres impressionnistes, dont Claude Monet, et est inscrite au patrimoine national.

Or, ce sanctuaire qui date du XIe siècle risque de tomber à la mer, n’étant plus qu’à quelques mètres du vide et de la falaise toute proche. À l’époque de sa construction, la mer se situait à 800 mètres. Actuellement le recul de la falaise peut aller jusqu’à 1 mètre par an. Un phare, deux maisons et la cabane des douaniers ont déjà été victimes de ce recul qui risque de s’accélérer sous l’action du changement climatique intensifiant l’action de l’eau à la base de la falaise.

Pour sauver le bâtiment, un groupe d’habitants a imaginé cette solution copiée sur une réalisation opérée aux États-Unis : déplacer l’église en la mettant sur des vérins et des rails. Techniquement possible, l’opération comporte quelques inconnues. Le terrain, composé d’argile et de sable, serait-il capable de supporter le transport ? « La déplacer, c’est comme transporter des verres de baccarat dans un semi-remorque », dit le maire.

D’autres scénarios sont envisagés : démonter et remonter l’édifice plus loin, construire une nouvelle église en récupérant les éléments de valeur, sauver ce qui peut l’être. Avec des questions subséquentes : faudrait-il envisager la même solution pour une église dans la même situation, dans l’estuaire de la Gironde, ou pour les 37 habitations menacées sur les côtes de la Seine Maritime ?

Ce cas pourrait bien être pris comme une parabole du temps présent pour notre Église. Comme le sanctuaire en question, elle peut sembler menacée par le vide. L’avenir n’est pas réjouissant, même chez les plus optimistes. On aurait tort, pour se rassurer, d’accuser les confinements et la pandémie d’être causes des vides creusés dans les rangs des fidèles ainsi que de l’absence des jeunes et des enfants.

L’hémorragie constatée n’est pas récente et les enquêtes datant de plusieurs années ne font que le confirmer. La perspective d’un effondrement ne relève pas du catastrophisme. Et la solution envisagée de créer de nouvelles paroisses risque bien de n’être, comme je l’ai déjà exprimé, qu’« un cataplasme  sur une jambe de bois » si elle est pensée seulement en fonction des prêtres dont on dispose.

Si l’on ne souhaite pas se laisser démoraliser par la situation, n’y a-t-il pas lieu de chercher nous aussi des solutions pour éviter que notre Église « tombe dans le vide » ? Il pourrait bien y avoir, là aussi, un certain déplacement à opérer pour écarter la menace. Il serait alors venu le temps où la religion ne serait pas d’abord et surtout, une préoccupation de temples à entretenir. Nous nous sommes trop habitués à juger la vitalité de nos communautés sur les chiffres des offices célébrés et leurs participants, soucieux que nous étions « de faire nombre plutôt que d’être signes ».

Si l’on veut bien se souvenir que « les vrais adorateurs sont ceux qui adorent en esprit et en vérité », l’heure est venue de nous rappeler que notre première mission est d’annoncer la Bonne Nouvelle. Il y aurait lieu de favoriser des équipes, comme les Maisons d’Évangile, où les membres nourrissent leur Foi et découvrent la nécessiter de se faire missionnaires. La préoccupation ne relevant pas du prosélytisme mais du désir d’irriguer d’esprit évangélique leur entourage, de « répandre le parfum de l’Évangile » comme les y engage l’onction du Baptême. Le déplacement à opérer serait alors de ne pas en rester à la préoccupation du culte à assurer mais de changer les relations pour construire ce monde nouveau que Jésus appelle le Royaume.

Est-ce trop rêver que ces équipes en arrivent à célébrer elles-mêmes la mémoire de la Cène ? L’évêque de Malte, secrétaire du futur Synode, ose bien l’envisager. Elles pourraient commencer par des Célébrations de la Parole qui les prépareraient à aller plus loin dans la suite. L’heure est à l’imagination et à la créativité. Et si l’on s’interroge sur ce que deviendraient alors les églises existantes, elles seraient des lieux de rassemblements festifs et élargis, réunissant les diverses équipes, évitant ainsi le risque que celles-ci ne se replient dans une ambiance chaleureuse mais fermée sur ses membres. Ces rassemblements deviendraient alors des moments où se vivent et grandissent l’unité et la joie de la Foi.

Ces perspectives ne réjouiront pas les fidèles pour qui les prêtres sont des célébrants – pour ne pas dire des « diseurs » de messes. Et les prêtres préoccupés avant tout de cérémonies fastueuses auront du mal à s’y retrouver. S’il y a, sans doute, une part de rêve dans l’interprétation de cette parabole et dans les perspectives qu’elle offre pour l’avenir, nous savons bien que l’Histoire, tant humaine qu’ecclésiale, ne manque pas de rêves transformés en projets, devenus ensuite une réalité.


Robert Favrou – 20 septembre 2021

« Ce n’est pas parce que quelque chose a toujours existé qu’il faut le continuer. Et ce n’est pas parce que quelque chose n’a jamais existé qu’il ne faut pas le mettre en place s’il y a des raisons de l’inventer »  (Proverbe d’auteur inconnu)

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