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Du sommeil, des tentes et…de la transfiguration

Michèle JEUNET

En ce deuxième dimanche de carême, on écoute l’évangile de Matthieu, chapitre 17, versets 1 à 9. Sœur Michèle Jeunet commente pour nous le récit de la Transfiguration. Il sera aussi un peu question de ce même récit en Luc (Lc 9, 28-36). Dans ce récit, il est question de sommeil, de tentes et de Transfiguration. Commençons par le sommeil. Du sommeil On nous dit : « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. » Ce n’est pas de la fatigue, ni du sommeil de la nuit : c’est une expérience de Dieu. Rappelez-vous, Dieu plonge l’Humain dans un profond sommeil lors du 2e récit de création. (Gn2, 21) Rappelez-vous: «  un sommeil mystérieux s’empara d’Abraham » (Gn 15, 12). Le sommeil ici est expérience de Dieu qui fait entrer dans son mystère. Sommeil qui est arrachement à soi-même, oubli de soi, abandon confiant. Sommeil, là où Dieu agit secrètement et où nous nous laissons faire par Dieu. C’est l’expérience de la nuit, ces nuits que nous connaissons tous, nuit de la foi, nuit où Dieu semble absent, mais nuit où Dieu travaille en nous sans que nous en ayons conscience, nuit de purification pour habituer nos yeux à la lumière. Passage par la nuit. Mais pour un réveil…comme les apôtres dont on nous dit que « se réveillant, ils virent la gloire de Jésus »  

Une histoire de tentes

Pierre parle d’en planter trois ; le texte précise qu’il ne savait pas ce qu’il disait. Cette tente, ce n’est pas une simple question de camping ! C’est la Tente de la rencontre avec Dieu, lorsque le peuple était au désert. Quand Dieu avait donné les tables de la Loi à Moïse et l’avait recouvert de sa Nuée, il lui avait demandé de construire une Tente. Chaque fois que Moïse y entrait pour parler avec Dieu, la Nuée recouvrait la tente, et chaque membre du peuple se prosternait devant sa propre tente. Mais pourquoi donc Pierre ne sait-il pas ce qu’il dit ? La réponse est dans la suite du texte. On nous dit : La Nuée les couve de son ombre, (tiens, encore la Nuée, comme à l’Annonciation en Lc 1, 35). Une voix leur demande d’écouter Jésus, le Fils. Et ils ne voient plus que Jésus seul. Luc veut ainsi nous montrer qu’il n’est pas question de planter trois tentes parce qu’il n’y en a qu’une, c’est la personne même de Jésus. La seule et unique tente, c’est le Christ dans la vérité de son humanité et de sa divinité. C’est cela que Pierre va découvrir. Jésus seul : unique chemin, unique salut, unique lumière pour tous les temps et tous les peuples, unique Pâque, unique passage de la mort à la plénitude de la vie. Jésus, nouveau Moïse, nouvel Élie, nouvel Israël qui va accomplir un nouvel Exode, celui du passage de la mort à la résurrection. Premier né d’une multitude de frères et sœurs, celui qui ouvre le passage pour qu'à sa suite nous entrions dans la vie éternelle. Grâce au récit des Tentations, nous savons que la victoire de Jésus est notre victoire. Grâce à la Transfiguration, nous savons que sa résurrection est notre résurrection. Le Christ transformera, transfigurera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux (Ph 3, 20). Une victoire, pour nous, encore en germe, une résurrection encore en gestation mais bien réelle, déjà commencée et qui  s’épanouira en vie éternelle. Nous sommes déjà ressuscités.  

Une rencontre transfigurante

J’ai choisi de lire ce récit en Saint Luc, l’Évangile de la prière. Matthieu et Marc ont aussi un récit de la Transfiguration. Luc est le seul à dire : « Il alla sur la montagne pour prier. Et pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre. » La prière, pour nous à la suite du Christ est une rencontre transfigurante. C’est le lieu par excellence de la foi, puisqu’elle n’a de sens qu’en Dieu ; elle est le lieu de notre identité profonde, là on s’affirme fils, fille du Père. Prière de l’oreille, puisqu’il s’agit d’écouter Jésus comme le Père nous le demande : « Écoutez-le !» Et j’entends cette demande de Dieu, non comme un ordre mais comme une supplication, une prière de Dieu, car Dieu nous prie : «  Je vous en prie, écoutez-le ! » Écoutez-le pour vivre vraiment et pas à moitié ! Prière du regard aussi, qui est souvent une prière sans parole comme le paroissien du Curé d’Ars : « Dieu m’avise et je l’avise », prière d’admiration, d’étonnement, de gratitude, prière de simple présence dans la sécheresse mais qui attend le jour de voir Dieu. Prière du veilleur, certain que se lèvera l’aurore où il connaîtra comme il est connu, où il aimera comme il est aimé. Le jour où la résurrection de Jésus deviendra la nôtre en plénitude.

 Sr Michèle Jeunet, r.c.

 

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