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Du bon usage des épidémies

Jacques NEIRYNCK
coronavirus
coronavirus © Tumisu @ Pixabay - Domaine public

 

Le virus Covid mute. Stupéfaction parmi les chefs. Bien qu’ils aient investi des milliards pour fabriquer une multitude de vaccins en un temps record, le virus s’y adapte, au lieu de respecter l’éminente dignité des investisseurs, qui sont les véritables maîtres du monde.  En faisant la nique aux hommes, une mutation engendrée au hasard parmi beaucoup d’autres rend le mutant plus contagieux, moins sensible au vaccin, voire carrément immunisé contre lui. D’ailleurs, c’est ce qui se passe chaque année avec l’influenza, la grippe saisonnière, contre laquelle il faut revacciner chaque année. Cela n’a rien d’étonnant.

Mais, comme le Covid tue plus que la grippe, ce n’est pas convenable. Du fait qu’il tue, ce virus aurait pu s’en satisfaire et se complaire dans sa configuration initiale. Mais le virus se révèle plus intelligent que la moyenne des hommes. Il poursuit une logique implacable, celle de tout existant : survivre. Alors qu’il ne vit même pas. Il n’est qu’un parasite des vivants. Il les infecte pour se multiplier en envahissant leurs cellules. À quoi sert-il donc ? S’il existe, c’est qu’il a un sens.

On peut comprendre le loup qui mange la brebis, le requin agresseur de surfeurs, la vipère mordant au hasard, la guêpe insupportable l’été. Leur logique est déchiffrable. Mais celle d’un virus invisible nous heurte. Il n’est que le dard de la vie. Dans une population, il fauche aveuglément ceux dont le système immunitaire est trop faible pour lui résister, surtout les plus vieux. Il hâte le décès des fragiles. Et donc il sélectionne les meilleurs, les plus aptes à la survie, ceux qui méritent de continuer à vivre, encore un peu. C’est une logique brutale mais cohérente.

De même que François d’Assise célébrait sa sœur la Mort, ainsi devrions nous avoir quelque indulgence pour le virus. Il nous forcera à nous adapter, il nous perfectionnera. Si nous sommes assez intelligents pour y arriver. Sinon, un jour un super virus remportera la partie.

Nous n’avons aucune raison de nous plaindre de son fonctionnement, car nous en agissons de même avec les espèces qui nous gênent. Cela a même engendré un défi paradoxal. Nous avons dû inventer le concept de diversité biologique pour arrêter une course folle au terme de laquelle il n’y aurait plus eu de lions, de baleines et d’okapis. Nous cultivons maintenant les espèces menacées. Et donc en inventant des vaccins, nous nous cultivons nous-même comme une espèce menacée.

Mais au fond nous sentons vaguement que le vaccin tout seul ne suffira pas et qu’il constitue un dernier avertissement. Il faut que nous mutions, non pas dans notre ADN, mais dans nos habitudes. On commence à nous l’imposer par le port du masque, le confinement, le couvre-feu, la fermeture des restaurants et des théâtres. Vouloir ou non, nous avons suivi le conseil de Blaise Pascal : « Tout le malheur de l’homme vient de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre. »

Et une fois renfermés sur nous-mêmes, nous avons été envahis par toutes ces idées que nous repoussions auparavant. À savoir que nous sommes mortels, que notre espèce elle-même est mortelle comme toutes les autres, que du point de vue du virus elle ne sert que d’hôte, que nous croyons être les maîtres de la Nature alors que nous ne sommes que les valets. Une espèce a tenté depuis longtemps de nous l’expliquer gentiment : alors que les chiens ont des maîtres, les chats ont des domestiques !

Pour survivre, notre espèce doit donc respecter l’ordre de la Création, le véritable, pas celui dans lequel nous sommes longtemps complu. C’est-à-dire se pénétrer de que Darwin a compris voici deux siècles : tout le vivant n’arrête pas de muter au hasard et seule la nécessité décide ce qui sera sauvegardé. Il n’existe pas un plan fixé d’avance. Mais il y a des lois qui sont la véritable émanation du Créateur. En 2020, nous avons subitement été confrontés à une dimension sacrée de la création, dont nous ne sommes qu’un avatar parmi d’autres. Nous nous glorifions indûment en fabulant que nous en serions une exception créée à part, comme le dit la Genèse selon une conception datant de 25 siècles. Il faut renoncer à cette fable. Il faut l’interpréter autrement.

Car le danger auquel nous n’échapperons certainement pas est la transition climatique, due à notre propre arrogance. De la société de consommation, il faudra muter volontairement vers une société de tempérance : moins de déplacements, moins de gaspillage, moins de futilités, un régime alimentaire pondéré, une gouvernance ancrée dans la rationalité écologique. Nous sommes déjà en route vers cette autre société, l’épidémie nous y pousse, nous y habitue, nous y conforme. Et si le virus avait eu raison ? Pour le comprendre, est recommandée la récitation de l’excellente « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies » de Blaise Pascal.


Jacques Neirync

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