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La double vie d'un calendrier d'Avent

Clémentine

Je suis médecin spécialiste en ophtalmologie. Après une carrière bien occupée, je peux maintenant me consacrer à mes hobbies, en particulier la broderie au point de croix.

Pour mes petits enfants, j’ai créé en 2005 un calendrier de l’Avent, mais c’est aussi une crèche. Je l’ai voulu conforme aux traditions provençales de mon enfance. Comme je n’étais jamais satisfaite, j’ai fini, en dix ans, par incorporer quantité d’autres traditions et influences religieuses. Et, ô surprise, je découvre combien ce chemin est parallèle à celui de ma vie personnelle.

Tout découle du bouleversement de ma vie à la mort de ma fille aînée, à l’âge de 7-8 ans, d’un gliome infiltrant du tronc cérébral qui l’a emportée en un an malgré une radiothérapie puissante.

Ce fut un cataclysme dans ma tête. Tous mes repères, en particuliers religieux, se sont effondrés, et je me suis retrouvée ballotée comme un bouchon sur la mer. Complètement décérébrée sur le plan émotionnel, j’ai continué à travailler et élever mes enfants pour éviter de penser dans la journée. Toutes les nuits pendant au moins dix ans, je suis allée pleurer dans ma cuisine.

Au lieu d’évoluer lentement, ma conception de la religion est passée de la sécurité tranquille de l’enfance au néant, puis à une reconstruction pénible, mais complètement autre, dépouillée d’artifices, simplifiée à l’extrême, et la plus adaptable possible à l’évolution de ma vie.

Je me suis accrochée à mon métier et j’ai changé de comportement. J’ai été davantage à l’écoute de mes patients, ce qui a beaucoup amélioré ma pratique. Par contre je n’ai trouvé aucun réconfort du côté de ma religion d’origine. Au contraire, tout m’a paru artificiel et hypocrite. Autour de moi les personnes les plus sincères n’étaient pas les plus catholiques. Quelqu’un m’a dit que l’enterrement de ma fille avait été sinistre et que ce n’était pas bien quand on est croyant !!! Il m’a semblé que j’avais mérité ce malheur puisque Dieu décide tout.

Cela m’a encore plus révoltée lorsque je me suis placée du point de vue de ma fille. Qu’avait-elle fait pour perdre la vie contre son gré ? J’ai appris récemment qu’elle avait dit à une de mes amies que les enfants ne pouvaient pas mourir. Quel choc d’avoir ainsi cette confirmation trente-cinq ans après ! Mon sentiment profond d’injustice et ma révolte ont perduré très longtemps.

Plus tard, j’ai quand même voulu garder l’essentiel du message du Christ pour avoir au moins un guide moral. Mais que faire de la notion de Dieu ? Plus tard, ai-je tranché. Comme j’ai toujours pensé que les enfants avaient besoin d’une éducation religieuse et morale pour être rassurés sur le chemin de la vie, je les ai inscrits au catéchisme. Mais un petit incident m’a permis de constater que ma colère n’était pas calmée : au catéchisme, mon fils, pas facile à tenir, chahutait avec un de ses camarades. Si la catéchiste, très imbue de son rôle, m’avait dit qu’il fallait les séparer, je n’aurais fait aucune difficulté. Mais elle se mit à me culpabiliser et prétendit me faire une grande faveur en le gardant. Ceci déclencha ma colère. Du tac au tac, je lui répondis que si elle trouvait le comportement de mon fils inadmissible, la solution la plus simple était que je le retire. Branle-bas de combat dans la paroisse ! J’imagine que la perte d’une brebis était une catastrophe, surtout venant d’une mécréante comme moi. Aussi, sans délai, mon fils fut réintégré dans le groupe instruit par une très gentille grand-mère et tout rentra dans l’ordre.

Comme j’avais été affrontée trop jeune aux grandes questions de la mort et du sens de la vie, je pris un virage brutal. Je me mis à la recherche d’une autre religion qui comble mon vide et donne un sens à ma vie. Plusieurs étaient tentantes de loin, mais dès que je creusais un peu surgissaient des incohérences et il aurait fallu que j’aie une foi aveugle pour les accepter. Petit à petit des notions de psychanalyse et surtout les découvertes scientifiques qui arrivent en avalanche dans notre époque, m’ont apporté ce qui me manquait. Nous découvrons très précisément le passé de l’humanité, des êtres vivants, de la terre, du cosmos, ce qui rend tout le reste obsolète. Nous lisons notre passé dans l’ADN comme Champollion a déchiffré les hiéroglyphes. N’est-ce pas le meilleur moyen de nous guider dans l’inconnu ? En comparaison, la Bible est reléguée au rang des mythologies anciennes.

Mes petits calendriers reflètent cet état d’esprit et pourtant ils sont spontanés et très « inconscients ». Je les ai faits surtout pour des amis très proches qui m’inspiraient pour des raisons diverses et avec qui je me sentais des liens particuliers et naturels.

Ils combinent déjà les traditions des calendriers de l’Avent des pays protestants du Nord et celles des crèches napolitaines catholiques du Sud. J’ai rajouté le 25 pour Jésus, qui n’est pas né le 24 ! J’ai mis l’ange Gabriel de l’Annonciation derrière la première fenêtre puis les trois rois mages car ils viennent de loin. Au début je rajoutais un chamelier, mais sans son chameau il m’a paru peu compréhensible. Je l’ai donc supprimé. Bien sûr, Jésus devait être accompagné de Marie, de Joseph, du bœuf, et de l’âne derrière les fenêtres 21, 22, 23, 24. Juste avant, je mis le Ravi et la Ravie que j’aimais beaucoup, et deux bergers pour la rangée des fenêtres 15 à 20. Pour placer ma famille, je choisis des Savoyards et des Corses pour les grands parents.

Le reste a été choisi dans les catalogues de santons. J’ai enfin personnalisé chaque calendrier selon les caractéristiques religieuses, les origines familiales de mes amis destinataires, ou certains critères personnels qui me plaisaient. Puis j’ai carrément mis le père Noël et enfin toutes les religions de France, personnifiées : catholicisme protestantisme, orthodoxie, judaïsme, bouddhisme, islam.

Telle est donc la mosaïque dans laquelle je vis et qui me permet de me sentir bien avec tous ceux qui espèrent un avenir meilleur.

Clémentine

L’auteur fournit à la demande toutes les informations techniques pour réaliser les calendriers.

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