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Divorcés-remariés : les cheminements Bartimée

Michel RIGAUD
Communion
Communion © Anderson Riedel - Eigenes Werk Creative Commons (CC BY 3.0)


Le 8 avril, jour anniversaire des 3 ans de l'exhortation Amoris laetitia, nous faisions paraitre un article qui soulevait encore une fois la question de « la communion pour les personnes divorcées-remariées » et qui annonçait un colloque sur le thème « divorcés-remariés, quelles pistes pour avancer ? » organisé chez les frères de Saint Jean , au centre St Jean à Boulogne-Billancourt le 18 mai prochain. Cet article renvoyait à celui de Claire Lesegretain, publié également le 8 avril dans La Croix : « Le long retour des divorcés-remariés aux sacrements », qui présentait une expérience vécue dans quelques paroisses de Lyon et qui est un processus pouvant accompagner un cheminement de discernement pour un retour aux sacrements : les cheminements Bartimée.

Un lecteur nous a fait le commentaire suivant, que nous publions car nous savons que ce qu'il écrit est partagé par d'autres de nos lecteurs. Nous y associons une réponse de l'auteure de l'article qui essaie d'apporter un éclairage pastoral sur l’existence des cheminements Bartimée, leur nécessité pour certains chrétiens, et leur application.

L’extrême médiatisation de nos sociétés a le don de faire oublier très rapidement les épisodes marquants de notre vie, dès lors qu’un nouveau survient. Ainsi, l’incendie de notre cathédrale parisienne a mis en retrait les douloureuses révélations qui ont secoué notre Église. Il fut un temps, tout de même très proche, où le synode de la famille avait suscité intérêts et espoirs. Espoirs, en particulier, de voir l’institution catholique examiner d’une façon plus évangélique le cas des divorcés remariés. L’excellent article dans La Croix de Claire Lesegretain « Le long retour des divorcés-remariés aux sacrements » (8 avril 2019) fait le point de la question en évoquant quelques évolutions constatées dans certains diocèses.

Permettez à un chrétien du rang de formuler quelques remarques préalables pour bien éclairer les enjeux et les fondements de la question posée.

Le mariage, sacrement indissoluble, est une institution du IV° concile de Latran, au début du XIII° siècle. Il répondait aux exigences sociales, économiques et politiques d’une société patriarcale pour laquelle, il ne se concevait alors que des mariages arrangés. Bonaparte mis fin à ce verrouillage et à cette tutelle de l’Eglise catholique, en instituant le divorce dans le cadre du code civil.
Le divorce doit se comprendre comme une rupture conventionnelle de contrat qui organise les conséquences patrimoniales, les biens et les enfants, de la séparation des époux. Il existe aussi une procédure d’annulation du mariage, dès lors qu’il a été établi qu’il y avait une tromperie (un dol) ou un élément inconnu dans la conclusion du mariage comme dans n’importe quel contrat. Exemple, impuissance, non consommation, dissimulations quelconques, qui n’avaient pas été portées à la connaissance de l’un ou l’autre des époux.

L’Église, à défaut du divorce, a bien retenu la possibilité d’une annulation, mais à moins d’être hypocrite, il faut bien considérer que les juges ecclésiastiques ont rarement à leur disposition de véritables motifs d’annulation, il s’agit plutôt de ne pas valider un divorce. L’annulation permet, en effet, d’envisager que le mariage incriminé n’a en réalité jamais existé. C’est là la définition de l’annulation. On peut se demander s’il ne s’agit pas là d’une résurgence de la vente des indulgences, telles qu’on les concevait au XVIe siècle, ce qui fut l’une des causes de la Réforme. Mais cette procédure se heurte aux réalités de la vie humaine. Comment faire admettre à un homme, à une femme, dont l’union a duré vingt ans et produit de nombreux enfants, que cette union n’a jamais existé ? Faute de reconnaître que, pour des motifs divers liés à la fragilité de la nature humaine, le mariage est parfaitement soluble, l’Église catholique s’est elle-même enfermée dans ses contradictions et dans une impasse.

L’article de La Croix fait état, dans certains diocèses seulement, d’expériences dites de cheminements, de discernements, longs et laborieux, très humiliants et qui abusent de la foi de requérants, ne pouvant supporter cet éloignement imposé des sacrements. Ce qui me frappe dans cette façon de traiter les chrétiens, c’est la volonté réitérée de l’institution de culpabiliser des personnes qui sont souvent des victimes. Femmes ou hommes abandonné(e)s par leur conjoint, femmes battues qui n’ont eu d’autres recours que de divorcer, à qui on ne concède rien d’autre que la possibilité de souscrire une nouvelle union « en frère et sœur ». Je ne peux pas m’empêcher de penser que l’institution catholique n’est toujours pas prête à abandonner cette position de surplomb et de puissance, cette mentalité normative qui a caractérisé toute son histoire. La critique que formule à propos du cléricalisme le pape François, homme de bonne volonté, est, semble-t-il, assez mal reçue dans les rangs et le moins que l’on puisse dire est que ça traîne les pieds.

Je m’adresse maintenant aux quelques prêtres qui me lisent et qui sont des amis, eux aussi, hommes de bonne volonté. Parmi toutes les personnes figurant dans vos registres de mariage et de baptême, nombreuses sont celles qui sont divorcées remariées ou en union libre, qui se fichent éperdument de savoir si elles ont droit ou pas de communier. Mais, quand une personne, dont le statut matrimonial s’écarte des critères de la Sainte Église, se présente à la table de communion, les bras croisés sur la poitrine, demandez-vous si vous ne commettez pas une violence et une cruauté intolérable en ne lui tendant pas une hostie. Car la démarche de cette personne est un acte de foi. Vous nous avez appris que saint Paul a dit qu’il suffisait de croire pour être sauvé, c'est-à-dire, justifié, c'est-à-dire, être juste. Lorsque Jésus tire la femme adultère des griffes des tenants d’une religion de stricte observance, lui fait-il des reproches, lui pose-t-il des conditions ? Quand Jésus s’entretient avec la Samaritaine un peu légère, la condamne-t-il ? Enfin, lorsque Jésus institue l’eucharistie, pose-t-il des conditions, était-ce, dans son esprit, un privilège réservé à quelques « happy few » ? Lui-même, quand il s’est offert, fait-il la morale au procureur romain ? Posez-vous toutes ces questions car nos assemblées sont vieillissantes et clairsemées et les lumières de l’Évangile se couvrent d’ombres. Faute d’y répondre, vous entretenez le désespoir de certains qui sont les forces vives de nos paroisses.
 

Michel Rigaud.

Réponse
Depuis Vatican II, le primat de la conscience a été rappelé fortement et un certain nombre de chrétiens en situation dite irrégulière par rapport à leur statut matrimoniale ont exercé leur conscience éclairée soit pour tout simplement quitter l’Église (sans pour autant abandonner une foi ou une pratique de la lecture de la bible par exemple), soit pour rester dans le circuit classique d'une paroisse en participant comme tous baptisés à la communion sacramentelle (sans demander d'autorisation à leur curé, ou avec la bienveillance de certains pasteurs).
Clairement, ces chrétiens n'ont pas besoin de parcourir ces cheminements, ils ont tracé leur propre voie et si c'est un chemin de vie pour eux, Alléluia !
Les cheminements Bartimée ont deux cibles pour un même objectif : l'intégration pleine et entière de tous les baptisés dans la communion ecclésiale et en particulier dans leur communauté paroissiale.

La première cible est la communauté qui doit changer son regard sur les personnes en fragilité et notamment sur les personnes divorcées ou divorcées vivant une nouvelle union, pour leur redonner leur place dont ils ont été chassés. Car « les divorcés… ce sont des baptisés, ce sont des frères et des sœurs, l’Esprit Saint déverse en eux des dons et des charismes pour le bien de tous… » (A.L. 299). C'est bien la première cible, car si la communauté ne manifeste pas clairement son accueil et son désir d'intégrer, les personnes qui cherchent leur place n'oseront toujours pas la solliciter (et pas seulement les personnes divorcées ou divorcées-remariées d’ailleurs). Il faut que les communautés ressentent comme un manque l’absence de ces chrétiens à la table eucharistique !

Deuxième cible : les chrétiens divorcés et divorcés-remariés qui n'osent pas prendre ce chemin tout seuls ou qui pensent que c'est plus fécond de le faire en équipe. Certaines personnes ont toujours été dans une telle obéissance à l'Église, une telle révérence envers les prêtres qu'ils ont l'impression de transgresser la loi de l'Église en se posant la question : « quel est mon désir le plus profond ? », de crainte de répondre : « pouvoir enfin accepter, tout simplement, le don que le Christ fait pour tous de son corps et de donc de sa vie ! »

Lorsqu’une paroisse souhaite manifester son accueil à tous et aider chacun à trouver une place où il se sente bien, elle peut chercher à réunir une petite équipe composée de paroissiens et de personnes ou couples qui souhaitent avoir un accueil « officiel » aux sacrements. La question qui guide ce petit groupe est celle de Jésus à Bartimée : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’évangile de Bartimée sert de trame pour que tout le groupe se questionne. Quelles personnes m’ont blessé, m’ont fait taire, quelles personnes m’ont aidé, comment, quel est pour moi ce manteau que rejette Bartimée ?... Lorsque la question de Jésus intervient et qu’une personne après un discernement personnel répond : « je souhaite à nouveau communier », le groupe avec un discernement pastoral voit avec elle comment poursuivre le chemin vers ce retour et quelle forme lui donner selon ses souhaits. Il est clair que chaque groupe Bartimée aura un fonctionnement propre et des réponses adaptées aux souhaits des personnes.
Ainsi donc, les personnes qui ont eu la joie de vivre un cheminement Bartimée sont invitées à leur tour à accompagner d'autres chrétiens sur ces chemins... Ainsi, de proche en proche, les paroisses de convertissent et intègrent.

C’est pour cela que les personnes qui ont fait toute seule leur chemin en conscience éclairée pourraient également se sentir en mission pour accompagner des cheminements Bartimée car ainsi elles participent à la conversion de leur communauté.
Lorsque les communautés sauront mieux accompagner, discerner et intégrer, tous ceux qui viennent frapper à leur porte trouveront leur place et les portes seront grandes ouvertes pour que ceux qui passent devant aient envie d'aller voir comment c'est à l'intérieur !
D'ailleurs c'est quoi l’intérieur d'une Église en sortie ? !
 

Nathalie

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Commentaires
Philippe Edmond

Et quand vous faites l'inverse, demandez vous si vous ne commettez pas de violence pour l'autre conjoint abandonné par une nouvelle union ou pour les enfants. Si vous le faites, ils ne viendront sans doute plus dans une Eglise qui les a abandonnés à la subjectivité d'une nouvelle union.
de plus votre argumentation historique contre l'institution du mariage est tout à fait fausse.

Sosthy

Le commentaire de Michel Rigaud tient toute sa pertinence. Mais souvent dans ce débat j'ai l'impression que le cadre d'interprétation est seulement le monde occidental comme si l'Eglise catholique n'englobe que l'Europe et de conséquence l'Eglise doit se renouveler tenant compte seulement de la transformation de cette société. Le taux de divorce augmente alors il faut penser aux divorcés-remariés et leurs accès à la communion. Supposons que l'église africaine s'incruste dans ce débat demandant l'admission à la communion aux personnes polygames. Ne serait-ce pas légitime? Ne serait-ce pas un modus operandi pour une bonne inculturation de l'évangile?
Je ne veux en aucun cas banaliser l'apport de Michel à la question; mais je crois que le cas des divorcés-remariés est juste un parmi de tant d'autres cas d'impossibilité de recevoir la communion dans l'église catholique. Pour cela au lieu de reconduire le débat de la famille à cette seule position, je crois plutôt que l'église institutionnelle devrait nous éduquer à nouveau sur ce qu'est la messe. Une vraie participation à la messe ne peut être réduite seulement sur la réception de la communion eucharistique car la liturgie eucharistique est une partie de la messe tout comme celle de la liturgie de la parole. Qui participe à la messe écoutant la Parole proclamée et récitant la prière de la communion spirituelle au moment de la communion (parce que ne se trouvant pas dans les conditions requises pour recevoir l'eucharistie), n'a aucun cas participé de façon incomplète à la messe.

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