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Dieu n’y peut rien, Tempête en Chartreuse

Anne SOUPA

Dieu n’y peut rien, Tempête en Chartreuse, de Bertrand Révillion, Éditions du Cerf, août 2014

C’est un roman de belle facture que Bertrand a commis, très bien écrit, bref et percutant. Et pour son premier, il est réussi. La « Tempête en Chartreuse » n’est que le symbole de celle, plus dramatique encore, qui fait rage dans la tête du héros du livre, Paul Sardaigne, un journaliste talentueux qui, à l’occasion de son licenciement, revisite sa vie, et, peut-être comme le grand Paul du Nouveau Testament, se convertit. Le grand reporter qui avait trop identifié sa vie avec celles qu’il mettait en scène se rend compte qu’il vivait à côté de lui-même. Et pendant ce temps-là, Dieu l’attendait chez lui, à son insu.

Sans doute est-ce la seconde histoire, imbriquée dans la première, qui explique le titre du livre, énigmatique au premier abord, et qui donne le « la » de cette conversion : la femme de Paul est menacée par un cancer. Paul découvre, entre une salle d’attente d’hôpital et un résultat de laboratoire, écrasé de douleur et assailli par la révolte, que « Dieu n’y peut rien ». L’ordre de Dieu n’est pas celui des hommes, il est même inconnaissable. On croirait entendre, en filigrane des pages, Dieu qui parle à Job « du sein de la tempête » et lui explique la beauté du monde qu’il avait créé, tout en demandant à son serviteur : « Où étais-tu quand je fondais la terre ? » Et Job comprend : « Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant, mes yeux t’ont vu ». Insaisissabilité de Dieu qui est en même temps sa révélation, celle de son amour et de sa proximité indéfectible à l’aventure d’une existence… Paul, aussi, comprend et se redresse, lentement cette fois, à la manière douce du Dieu qui « mène les siens avec des attaches humaines, avec des liens d’amour », comme le révèle le prophète Osée.

Cette conversion ne se fait pas sans un lieu ni un messager inspirés. Le lieu c’est le monastère de la Grande Chartreuse, avec quelques évocations de l’histoire de saint Bruno, son fondateur. Le messager, c’est un vieux moine solitaire qui vit dans cette montagne colérique. Et le messager qui sait ouvrir le coeur blessé de Paul s’appelle… Jean. Encore un prénom qui sent bon son Évangile.

J’incline à croire que Bertrand a mis beaucoup de lui dans ce roman. Mais il a réussi cette alchimie qui fait les bons livres : savoir dire avec ce que l’on vit ce que tout être humain peut vivre.

Anne Soupa

 

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