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Diaconia 2013 à Lourdes

Suzanne MAURICE

Je rentre de Diaconia (enfin il y a un petit moment !) où je me suis rendue avec le Secours catholique. Comme beaucoup j’en ai découvert sur place toute l’ampleur. « Servons la fraternité » tel est le titre du texte qui exprime la résolution finale de ce grand rassemblement de plus de 12000 participants à Lourdes pendant trois jours autour du Jeudi de l’Ascension.

Préparé depuis trois ans, avec François Soulage, président du Secours Catholique, réunissant plus de cent mouvements et congrégations, Diaconia 2013 s’est voulu ce moment fort d’un cheminement de l’Église de France pour remettre au centre le souci des plus pauvres. Étonnamment, ce mouvement rejoint les préoccupations mises en avant par le pape François qui a salué avec chaleur cette manifestation, dans une lettre lue au cours de la célébration d’ouverture, dans l’immense basilique Saint Pie X.

La dynamique de base s’est cristallisée autour du service, à l’image du Christ qui se fait serviteur en lavant les pieds de ses disciples selon Saint Jean. Il s’agissait d’être dans la proximité pour « permettre à chacun de se découvrir frère et sœur de tous » en s’écartant du modèle social le plus répandu, incarné par exemple par l’assistante sociale. Comme le dit un document de Diaconia  vivre concrètement une relation de fraternité suppose de ne plus être« dans un faire pour ou à la place de… mais dans un faire avec ».

Un « Livre des fragilités et des merveilles » avait été écrit par les participants de toutes origines sociales et culturelles,pour inviter à faire lien ensemble en remettant en question les séparations toujours plus importantes entre ceux qui sont dans l’aisance et le grand nombre des pauvres. Un tel pari semble profondément idéaliste et voué à l’échec. Selon moi, cependant, il a été mis en oeuvre de telle façon qu’il a pu réussir momentanément, au moins pour ceux qui étaient venus là en toute simplicité, sans arrière pensée.

Le parti qui a été pris, pour Marseille, a été de constituer des groupes de fraternité d’une dizaine de personnes. Ils fonctionnaient quand ses membres n’étaient pas occupés par de grands rassemblements ou des temps de forums. Selon moi, ce sont surtout ces groupes qui ont permis d’expérimenter une Rencontre. Là, les repères habituels, les différences sociales qui gardent certains dans le confort et jettent d’autres dans la précarité se sont estompés, au profit de la révélation d’une commune fragilité humaine qui fait de chacun le gardien fraternel de l’autre. J’ai vécu la joie de pouvoir ainsi m’enrichir de cette mise en commun d’histoires individuelles si différentes.

Curieusement notre groupe, en particulier dans l’exercice du partage de la Parole s’est retrouvé à chaque fois au milieu de la foule et dans le brouhaha, de telle façon qu’il fallait tendre l’oreille pour s’écouter sans élever le ton pour éviter de se singulariser aux yeux des autres. Cela me paraît symbolique de notre condition de croyant aujourd’hui. Les structures protectrices qui assurent une identité à l’abri du monde s’effritent et nos églises traditionnelles se vident. Et pourtant dans ces moments vécus ensemble de façon exceptionnelle, nous faisions communauté surmontant nos intolérances habituelles pour nous accueillir mutuellement en Christ.

Comme d’autres, les Marseillais sont revenus fourbus et bousculés de ce marathon. Il avait fallu par moments (et pour ma part j’ai du parfois me couper des autres), prendre sur soi pour ne pas céder à l’agacement né de situations psychologiques un peu difficiles, même si chacun faisait ce qu’il pouvait pour apaiser les tensions.

En ce qui me concerne, je n’ai pas encore oublié certains mots exprimant les positions récentes de l’Église sur le mariage gay et qui ont rouvert en moi des blessures intimes. Comment peut-on affirmer, d’un côté, comme à Diaconia, que chacun est fragile, unique, qu’il faut donc non pas proclamer des normes mais créer des liens et de l’autre, mettre à mal une minorité qui a connu tant de souffrance et de méconnaissance avec aussi peu de délicatesse ! Nous étions à nouveau ensemble alors que par la violence de ce débat, nous nous étions trouvés séparés. Il m’a fallu à Lourdes suivre un forum autour de la « diaconie de la beauté » avec un évêque dont les prises de position me choquent souvent. J’ai pensé combien était lourde pour notre archevêque, Monseigneur Ponthier, nouveau président de la Conférence épiscopale, la charge de ce peuple de Dieu qui, comme beaucoup, manque tellement d’amour qu’il rêve inlassablement d’une communion parfaite.

Se reconnaître fragile dans ce monde et tout à la fois capable d’émerveillement, c’est bien déjà le message de François d’Assise pour qui le dépouillement et la pauvreté sont un choix. Et ce choix permet de rejoindre toutes les misères sans altérer la joie de célébrer la création. Pour lui, les vrais prisonniers sont ceux qui vivent dans la convoitise, ce qui les amène à toujours consommer plus et donc à courir sans fin après la richesse. Sur le conseil d’un Franciscain de mon groupe, j’ai écouté un soir une conférence d’un de ses amis franciscains devenu évêque de Strasbourg. Si j’ai bien compris, l’enseignement de François est d’abord celui d’une conversion du cœur et d’un changement de regard. Nous avons accompli ce pèlerinage avec cette phrase de Bernadette citée dans le mot d’accompagnement de notre évêque : « La dame me regardait comme on regarde une personne ».

Comment continuer ce temps et mettre en place de nouvelles occasions de mixité sociale ? Telle est la question à laquelle chacun des participants a aujourd’hui envie de s’atteler, dans ses organisations propres.

Suzanne Maurice

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