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Diaconia 2 - Diaconia / Servons la fraternité

Patrice Sauvage
CC0 Public Domain

Lourdes. Mai 2013. 12 000 personnes se retrouvent réunies. L’objet de ce rassemblement ? Diaconia ou « Servons la fraternité. »

 

Ce rassemblement est absolument inédit : pour la première fois, des catholiques engagés dans la lutte contre l’exclusion et la pauvreté se retrouvent côte à côte avec ceux-là mêmes qu'ils rencontrent quotidiennement par le biais de leur engagement. Car un tiers des participants sont des hommes et des femmes démunis dont le rôle s’est révélé majeur.

C’était bien là d’ailleurs l’objectif de Diaconia : appeler l’Église, et donc les communautés catholiques, à vivre davantage, dans la réciprocité, la fraternité et l’espérance avec les personnes en situation de fragilité, proches ou lointaines.

Pour ce faire avait été lancée en 2011, à l’initiative de la Conférence des Évêques, la démarche Diaconia/Servons la Fraternité, qui s’est conclue par ce magnifique rassemblement de Lourdes, les 9, 10 et 11 mai 2013.

Avant d’en arriver là, pendant deux ans, les paroisses et les mouvements avaient été invités à témoigner des fragilités éprouvées par leurs contemporains ainsi que des belles initiatives de solidarité lancées sur le terrain. Elles avaient été incitées aussi à avancer dans la prise en compte des plus pauvres et des souffrants dans leur vécu communautaire. Les chrétiens qui se sont mobilisés dans la démarche ont été invités à « décortiquer » ce qu’on peut appeler la fraternité du quotidien, des gestes parfois très simples mais qui sont à reconnaître et valoriser.

À travers les Livres des Fragilités et des Merveilles qu’ils ont été amenés à rédiger, on a pu constater que les plus grandes fragilités vécues par nos contemporains et auxquelles les chrétiens sont sensibles ne sont pas tant économiques que relationnelles et existentielles : l’isolement, la non-reconnaissance, l’invisibilité sociale sont dramatiquement vécus par beaucoup.

Face à ces précarités, les chrétiens mettent alors en œuvre les différentes facettes de la fraternité telles que nous les montre le Bon Samaritain – disponibilité, proximité, solidarité…–, mais aussi « savoir valoriser la différence », « aider l’autre à révéler ses talents », bref tout un chemin vers la réciprocité, l’échange à égalité auquel Jésus nous invite à partir du lavement des pieds (Jn 13, 4- 15).

C’est que la fraternité vécue en Christ suppose, comme beaucoup le soulignent, d’être enracinée dans les plus pauvres et les plus souffrants, et pas seulement entre les « gens bien » de nos paroisses !

C’est ce qui a été vécu avec le groupe « Place et parole des pauvres » (les textes du groupe ont été réunis dans l’ouvrage Église : quand les pauvres prennent la parole, Éd. Franciscaines, 2014) qui a introduit et animé en grande partie le rassemblement de Lourdes, permettant aux participants de découvrir une « parole d’autorité » et de vérifier ainsi l’intuition de Joseph Wresinski : « En se rassemblant autour des plus pauvres, les hommes peuvent échanger l’essentiel et le meilleur de chacun d’eux. » D’où une ambiance inoubliable de simplicité, d’authenticité, les évêques étant à égalité avec les personnes en précarité, tous unis dans la même dignité de fils et filles de Dieu.

Pour être vraiment fraternelle à la suite du Christ, notre Église doit donc accorder toute leur place aux pauvres et aux souffrants, leur donner la parole et même cheminer à partir de leur parole : non seulement vivre la réciprocité avec eux, mais leur donner la priorité, pour que cette fraternité n’oublie personne ! Comme on l’a constaté à Lourdes, mais aussi à d’autres rencontres du réseau Saint Laurent (réseau qui fédère les groupes de prière et de partage de la Parole entre personnes démunies), les personnes les plus pauvres ont un « point de vie » qui est très précieux à entendre, car elles savent vraiment ce qu’est la fragilité humaine et elles ont une connaissance de Dieu spécifique, qui nous manquerait si nous ne les écoutions pas.

Ainsi la fraternité vécue avec et à partir d’elles est-elle à la fois plus exhaustive et plus profonde, car on touche à ce qui fait le cœur de notre humanité, à la fois dans le dépouillement tel que le Christ l’a touché en sa mort, mais aussi dans l’espérance de la résurrection.

Après le succès, à vrai dire inespéré, du rassemblement de Lourdes, la Conférence des Evêques n’a pas souhaité pérenniser l’animation nationale de Diaconia, laissant le soin à chaque diocèse de poursuivre cette dynamique à sa manière. Certains d’entre eux, notamment ceux qui ont lancé une « diaconie diocésaine », ont approfondi leur engagement sur ce chemin d’une « Église-Fraternité », d’autres ont repris quelques outils présentés à Diaconia, comme les « tables ouvertes paroissiales », d’autres par contre sont revenus à leurs préoccupations « ad intra ». Même dans les diocèses dynamiques, il faut remarquer que toutes les paroisses ont été loin de « jouer le jeu » : il y aurait donc encore besoin d’un soutien pour avancer sur le chemin de la diaconie !

Quoi qu’il en soit, cette prudence actuelle des évêques français offre un contraste assez étonnant avec les déclarations du pape François qui confortent clairement les intuitions mises en œuvre à Diaconia.

 

Patrice Sauvage

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