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Diaconia 1 - Au cœur du message chrétien, la fraternité

Patrice Sauvage et Geneviève Le Hir
CC0 Public Domain

« Ah ! qu’il est doux pour des frères d’habiter ensemble ! » chante le psalmiste (133, 1) Mais nul angélisme : la Bible n’ignore pas comme est difficile, voire irréalisable cet idéal de fraternité universel. Tant qu’il ne puise pas sa source en Jésus le Christ. Lui qui, après sa résurrection, appelle ses disciples des frères (Jn 20, 17 ; Mt 28, 10) ; lui qui s’est fait notre frère en humanité, a agi en frère envers tous et nous fait devenir des enfants de Dieu (Jn 1, 12), fils et filles avec lui du même Père, capables de dire à Dieu : « Abba, Père. »

Le saviez-vous ? Aux premiers siècles, la communauté chrétienne s’appelait « la Fraternité », et non « l’Église » (l’Assemblée) ! La Fraternité… Comment mieux dire que les chrétiens se reconnaissaient dans cette invite que leur fait Jésus à être fils et filles du Père, et donc frères et sœurs ? Comment mieux dire que les chrétiens entendaient résonner comme le cœur du message du Christ un appel nouveau : donner à sentir et goûter une nouvelle proximité de chacun avec tous les autres ?

 

Joseph Ratzinger a beaucoup écrit à ce sujet (Frères dans le Christ, Cerf 2005), regrettant que ce mot de fraternité ait quasiment disparu dans l’Église et ait été plutôt récupéré par les révolutionnaires en 1848. En tant que pape, il a cependant repris abondamment ce terme et souligné que la fraternité était centrale dans le message chrétien. Cependant, il s’est demandé comment articuler la fraternité restreinte des chrétiens entre eux avec la fraternité universelle. C’est que la fraternité des chrétiens ne peut pas être une fraternité restreinte, une fraternité d’« entre soi ». Elle est une fraternité envers tout prochain.

Certes, s’il est un lieu où doit se donner à vivre l’amour fraternel, c’est bien la communauté chrétienne. C’est auprès de cette communauté que Paul trouve tout naturellement du réconfort quand il arrive à Rome : à la vue des frères venus l’accueillir, « Paul reprit confiance » (Actes 28, 15). Mais le mot « frère », dans la première épître de Jean par exemple, revêt une dimension plus universelle, pour s’élargir au prochain quel qu’il soit, sans considération d’appartenance religieuse ou ethnique : « Celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est toujours dans les ténèbres. » (1 Jn 2, 9) Il n’y a point d’autre signe de l’amour envers Dieu que l’amour fraternel. Un amour fraternel jusqu’au-boutiste : « C’est à ceci que désormais nous connaissons l’amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. » (1 Jn 3, 16)

 

Cette fraternité passe par une attention prioritaire aux plus fragiles, elle doit se tourner vers les pauvres, les souffrants, les précaires… car en eux, c’est toujours le Christ qui se donne à rencontrer. Jésus n’a-t-il pas d’ailleurs présenté sa mission comme une annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres ? N’a-t-il pas déclaré que le pauvre et l’exclu, c’était lui en personne ? « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous avez accueilli l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est moi que vous avez accueilli. » (Mt 25, 31-46)

 

Dans ces conditions, comme le relève le pape François dans La joie de l’Évangile, aucun chrétien ne devrait « se sentir exempté de la préoccupation pour les pauvres et pour la justice sociale » (§201), car il ne s’agit pas seulement d’une activité d’ordre social ou politique, mais d’une composante essentielle du chemin spirituel pour chacun. Vivre la fraternité, accompagner les pauvres et les souffrants est un chemin de foi en tant que tel, et non une simple conséquence éthique de la foi. Comment imaginer que les responsables ecclésiaux n’intègrent pas la fraternité au cœur de leurs orientations pastorales ?

 

Benoît XVI déjà, dans son encyclique Dieu est amour, rappelait que l’une des trois tâches fondamentales de l’Église, avec la liturgie et l’annonce de la Parole, est la diaconie. Il la définit ainsi : « le service de l’amour du prochain exercé d’une manière communautaire et ordonnée » (n°21). En d’autres termes, c’est une mission à laquelle est appelée la communauté ecclésiale tout entière, et pas simplement chaque baptisé individuellement, ou tel ou tel mouvement caritatif, fût-il d’essence catholique. C’est ainsi que se bâtit le Royaume de Dieu tel que l’a annoncé Jésus, un Royaume qui met au premier plan les plus pauvres pour instaurer justice et fraternité.

 

Alors, oui, osons la fraternité ! Vivons la fraternité ! Et que vive la diaconie ! Puisque ce service de la fraternité peut aider les communautés chrétiennes à transformer l’Église en cet « hôpital de campagne » cher au pape François. Puisque la diaconie est manifestement un des lieux où peuvent se vivre les trois valeurs de la Conférence : écoute, bienveillance et espérance.

 

Mais peut-être faut-il le rappeler : en 2011, pour valoriser davantage cette dimension de l’Église, a été lancée, à l’initiative de la Conférence des Évêques, la démarche Diaconia/Servons la Fraternité, qui s’est conclue par un magnifique rassemblement à Lourdes en mai 2013. Nous en rendrons compte dans un prochain article.

En attendant, partageons ensemble initiatives et réflexions sur ce sujet.

 

Patrice Sauvage et Geneviève Le Hir

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