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Un désir nommé résurrection

Hubert Cornudet
CC0 Public Domain

Veillée pascale – 15 ril 2017 – Résurrection du Seigneur – Mt 28, 1-10

C’est au petit jour... à ce moment où on n’a pas encore définitivement quitté la nuit, à cet instant où le soleil ne domine pas encore dans le ciel et sur la terre. À un moment où le froid de la nuit ne s’est pas encore dissipé, n’a pas encore été vaincu par la chaleur du soleil qui pour l’instant n’est toujours qu’une timide espérance. C’est à ce moment insolite où tout est encore mélangé qu’elles ont pris la route, ces femmes, dans la hâte qu’elles avaient de rendre un dernier hommage au corps de Jésus.
Ce sont ces femmes qui vont devenir pour nous les premiers témoins de l’événement, cet événement principal de notre foi, situé à ce moment indéterminé où la nuit est encore sensible. Oh, ce n’est pas un triomphe, c’est un frémissement. Ce n’est pas un miracle, c’est une naissance et cette naissance, nous allons le voir, elle se déroule sur fond de grande inquiétude. 
Elles sont donc parties, ces femmes, habitées par la fidélité qu’elles avaient pour Jésus. Nous sommes les pèlerins de cette aube naissante où nous marchons parce que nous portons nous aussi ce désir que la mémoire de Jésus ne soit pas perdue. Et quand bien même nous serions indécis dans notre foi, il y a au cœur de notre existence ce désir qui habitait les femmes se rendant au tombeau. Nous pressentons bien dans notre foi que la parole de Jésus est source d’un frémissement secret de la vie dans ce monde où nuit et jour sont tellement mélangés... mais nous savons aussi qu’il y a bien des pierres à rouler pour que vraiment la vie surgisse au cœur même de la mort et nous nous demandons comment cet impossible peut devenir possible.
Or les femmes constatent que la pierre qui gardait l’entrée du tombeau est roulée et que le corps de Jésus n’est pas là. Par contre, il semble que les gardiens ne gardent plus et qu’ils sont pétrifiés, « comme morts » nous dit Matthieu. Elles s’aperçoivent donc qu’on a roulé la pierre. Voilà que ça leur crève les yeux : l’impossible est accompli. Et ce qui leur est donné à voir, c’est précisément ce qu’elles n’attendaient pas. Rien... il n’y a pas de corps à embaumer, pas de reliques à vénérer ; on ne peut plus dire Jésus est ici en ce lieu ; on ne pourra pas en faire une terre sainte... car la pierre qui vient de rouler, c’est la pierre qui séparait deux mondes : celui des hommes d’un côté, celui de Dieu de l’autre. Oui, elles sont toujours là, nos femmes, à l’entrée du tombeau. Mais elles ne sont plus seules. Il y a en effet quelqu'un d'éblouissant qui leur tient compagnie et qui va leur parler. Alors elles baissent de plus en plus les yeux, nos deux femmes, car elles ne sont plus seulement interdites, elles sont stupéfaites, sidérées même.
Que dit-il, ce magnifique messager ? « Soyez sans crainte ! » Toute la révélation biblique est éclairée par ce leitmotiv qui parcourt les écritures : « N’ayez pas peur ! » Au cœur même du récit pascal, la peur est présente. Beaucoup d'informations complexes au même moment : nos femmes doivent être un peu larguées ! Or, voilà que Jésus apparaît, qu’elles se prosternent et qu’une fois de plus le leitmotiv revient : « Soyez sans crainte ! »
Nos femmes de l'évangile se sont mises en route. Dans cette nuit ouvrant sur une nouvelle genèse, elles font leur pâque. Bouleversées par les événements récents, elles se sont mises en route pour rendre hommage à Jésus. Elles savent, ces femmes, que toute vie est l'objet du désir de Dieu. Elles pressentent que ce désir ne peut s'éteindre. Ce désir, je vous propose que nous lui donnions le nom de résurrection.
 

Hubert Cornudet – En hommage au fr. Martin Hillairet o.p.

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