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Des ténèbres à la lumière

Michèle JEUNET

Ce dimanche, Sœur Michèle Jeunet commente le récit de l’aveugle né, dans l’évangile de Jean (ch. 9).

Au début du texte nous sommes en pleine ténèbre. Celle où est plongé un aveugle de naissance ? Oui, certes, mais il y a pire. C’est celle des disciples qui sont plongés dans les ténèbres d’une religion qui explique la maladie par une faute commise. Et derrière cette explication se cache une ténèbre encore plus ténébreuse, celle d’un dieu qui punirait les fautes en envoyant des maladies. Quelle ténèbre ! Et aujourd’hui encore en sommes-nous indemnes ? Cet évangile, comme tout l’Évangile, est d’abord une libération par la parole forte de Jésus : « Ni lui n’a péché, ni ses parents »

Parole forte qui fait passer de la nuit au jour, de la ténèbre à la lumière. Première guérison si nous acceptons de nous laisser guérir.

Et le pire du pire, si c’est possible, est la ténèbre de la religion des pharisiens. Cette impossibilité à sortir d’un système légaliste : selon eux une guérison faite le jour du sabbat ne peut pas venir de Dieu, celui qui l’accomplit ne peut être qu’un pécheur. C’est la ténèbre de l’exclusion de tous ceux qui ne rentrent pas dans leur système. L’impossibilité à s’ouvrir à la nouveauté d’une parole, à l’inattendu d’une action. La culpabilisation qui enferme les gens dans la fatalité.

Devant ce type de ténèbres, Jésus lui même n’a rien pu faire. La révolution spirituelle de Jésus ne peut rejoindre des gens murés dans leur certitude, les privilèges que cela leur donne et pour certains le « fonds de commerce » que cela procure.

 

En contre-point, l’itinéraire de l’aveugle nous fait parcourir un chemin de lumière en lumière. Un cheminement d’une étonnante vérité. Il nous est donné de voir un homme vrai qui reste au plus près de son expérience, ni plus, ni moins. Il nous est donné de voir la progression dans une confession de foi. Car la foi est un chemin et c’est autant le chemin que le but qui est important.

Sa première confession de foi est d’abord sans parole. Elle est de se laisser faire par quelqu’un qu’il ne connait pas, il se laisse enduire de boue les yeux. Ensuite d’écouter la parole qui lui dit d’aller se laver dans la piscine de Siloé.

Sa deuxième confession de foi, c’est tout simplement la confession de lui-même : « c’est moi » et il va être fidèle jusqu’au bout en répétant plusieurs fois, avec exactitude, les événements qui lui sont arrivés. Confession de foi sous forme de récit : voilà ce que j’ai vécu, voilà ce que cela a transformé dans ma vie. Mais quand on lui demande des choses qu’il ne sait pas, il dit : « je ne sais pas ».

Confronté aux pharisiens, il va faire un pas de plus dans la compréhension de ce qui lui arrive et c’est sa troisième confession de foi : « C’est un prophète ». Cette confession de foi, il va la tenir contre les pharisiens avec le simple bon sens qui comprend que seul celui qui vient de Dieu peut guérir un aveugle. Mais il va la payer au prix fort, celui d’être traité de pécheur-né et d’être jeté dehors.

Pendant tout ce temps, Jésus semble absent. Il ne réapparaît qu’à la fin et on a l’impression qu’il a laissé l’aveugle témoigner et combattre tout seul. C’est peut-être le sentiment que l’on a quelque fois au cœur de nos combats. Mais n’est-ce pas preuve de respect pour nous, de foi en notre capacité de vérité et de justice ? N’est-ce pas foi en l’Esprit qui nous habite et nous habilite au témoignage ?

En tout cas, Jésus est là pour l’accueillir quand il est jeté dehors, exclu. Devant lui, cet homme va garder cette même authenticité que celle dont il a fait preuve depuis le début. Il ne sait pas qui est le fils de l’homme dont lui parle Jésus, donc pas de raison d’y croire ! « Qui est-il pour que je croie en lui ?» Réponse étonnante ! Et oui, pour croire, il faut des raisons ! Jésus va lui en donner. Le Fils de l’homme, c’est celui qui l’a guéri, qui lui a donné capacité à le voir ( tu le vois) et qui lui parle. Alors seulement peut jaillir sa quatrième confession de foi : « je crois ». Nous sommes ici dans la lumière. Lumière qu’est Jésus lui-même, lumière d’un monde qui sort de l’exclusion, du mépris, de la fatalité. Lumière du royaume de Jésus à construire avec lui.

 

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