Vous êtes ici

Demeurer.

Paule ZELLITCH

Commentaire des lectures de ce jour (Actes des apôtres 1, 15… 26 ; Ps 102 (103) 19a ; 1 Jean 4, 11-16 ; Jean 17, 11b-19)

Ce dimanche (17 mai 2015), l’agencement des lectures pourrait tendre à mettre l’accent sur l’autorité de Pierre. La première lecture le montre en organisateur de la communauté. L’Ascension a signé le départ de Jésus ; les disciples ne peuvent plus se retrancher derrière Lui pour avancer. Avec son Esprit et ce fameux « demeurer » de l’évangile de Jean, ils ont le nécessaire ! Rappelons-nous qu’à ce moment là de l’histoire, pas question d’autre chose. Mais pour la mission qu’ils ont reçue tout cela n’est-il pas déjà surabondant ?

Le psaume de ce jour est un psaume de bénédictions. Le peuple bénit celui qui le bénit : « Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! » Un peuple qui bénit est tout sauf un peuple passif. C’est un peuple qui se lève, qui marche, qui parle et qui écoute. Ce de « tout mon être » surgit ici avec vigueur, écho du : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta force. » (Deutéronome 6, 5). Or, c’est là que les versets tirés de Jean (1 Jn 4, 11-16) nous cueillent : « Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » d’où le tranchant de cette affirmation, seule l’habitation réciproque peut faire advenir le Royaume de Dieu et donc bouleverser l’ordre ordinaire du monde.

La relation des hommes avec Dieu se dénoue ainsi dans un rapprochement inouï et un appel à la tendresse : Dieu est invisible, mais nous, ses enfants qu’il aime, sommes là et bien visibles. Sommes-nous un avec nos frères ? Non pas uniformes, mais présents au point que toute douleur et toute joie nous bouleversent ? Par le baptême, nous voici riches d’une « demeure » et de « frères » à foison. Notre maison est en nous et nous la transportons avec nous. Ses portes et ses fenêtres sont largement ouvertes. Maintenant en route ! Nous allons nous retrousser les manches, car Dieu a besoin de notre aide et le monde de nos bénédictions.

Stop ! Arrêt sur la bande son. Est-ce bien cela que nous vivons ? Rembobinons, festival de Cannes oblige. Qui d’entre nous vit totalement avec Lui ? Qui demeure en Lui au point que tout en lui manifeste l’Esprit du Seigneur ? Dans notre Église, si prompte à donner des leçons, dans nos familles, dans nos activités professionnelles, dans nos choix politiques, économiques, éthiques, dans la manière dont nous pensons et envisageons les autres, préférons-nous l’intérêt général, l’intérêt personnel au « bien commun » ? Demeurer, n’est-ce pas d’abord comprendre et expérimenter que le « bien commun » passe par le Christ et par son amour sans limite ? Or, cet amour est chaste. Non pas à la manière des prudes, mais dans l’attention à ne pas tout accaparer, saisir, dominer. Une manière de tenir son appétit en lisière, de laisser comme une distance, un écart salvifique entre l’ingestion de tout ce qui passe, la part de Dieu et celle de nos frères. Une respiration qui étrangement est la condition même de notre propre respiration, d’un souffle enfin ajusté à cet autre souffle qui est celui de l’Esprit.

Paule Zellitch

 

 

Rubrique du site: 
Commentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire