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De la croyance à la perplexité. Itinéraire d’une agnostique

Geniève LEHIR
Site Publibook (copie d'écran)

Anne Boulanger-Pécout, De la croyance à la perplexité. Itinéraire d’une agnostique

Éditions Publibook – 2012

À l’aube de ses trois quarts de siècle, Anne Boulanger-Pécout fait un retour sur un chemin qui l’a conduite de « la croyance à la perplexité », elle qui se définit maintenant comme agnostique.

J’ai commencé à cheminer à ses côtés avec beaucoup de curiosité, et j’ai découvert, lorsqu’elle parle de ses premières années, les pratiques d’un milieu catholique marqué au sceau de la rigueur et de la crainte qu’inspire un Dieu qui contrôle, et juge. C’était hier, cela semble si loin et pourtant cela repointe son nez [1]… Mais l’itinéraire s’est perdu ensuite, et je dirais que l’auteure se montre trop discrète sur elle-même, les affirmations manquent de chair, de corps. Les exemples sont trop rares, à peine développés, comme une petite concession qu’elle ferait à notre désir de mieux la cerner. On ne sait rien de ses études, de sa formation, de sa vie (où vit-elle ? ville, campagne ? que fait-elle ? qui est-elle, en somme !). L’analyse est fine, la langue belle et précise, mais cette ignorance dans laquelle nous restons a été pour moi frustrante. Et a créé comme une barrière.

Voilà, il fallait le dire. Reste que plus d’une réflexion et d’une analyse méritent qu’on écoute Anne Boulanger-Pécout. Qui ne nie pas ce qu’elle doit à l’Église : « Je dois largement à l’Église ce qui constitue mon patrimoine spirituel, culturel, affectif et éducatif, et celui-ci reste aujourd’hui part intégrante – et intégrée – de moi. » (p. 63) Mais comme est terrible « l’Église incarnée dans un pouvoir hiérarchique » ! Et l’auteure de constater : « les crosses n’admettent pas si vite de ne plus servir. » (p. 81)

Au terme de l’itinéraire qui l’a menée vers l’agnosticisme, Anne Boulanger-Pécout le reconnaît : « Parfois dans la fatigue, il me prend envie de rendre les armes, de décider de croire. Ce serait tellement plus facile, et ce serait si doux de se retrouver sur la même longueur d’onde que beaucoup de personnes qui comptent pour moi. La tentation de Dieu… Mais je sais bien que la fatigue n’est pas un chemin. » (p. 114) Lucide, elle veut « prendre acte de la situation de non-croyance dans laquelle [elle] vit, sans raideur ni bravade, mais clairement et simplement. » (p. 118)

Ce qu’elle entend vivre, c’est « un agnosticisme paisible. Non qu’il satisfasse toutes les aspirations qui [l’]habitent, notamment pour ce qui touche à l’infini. Mais [elle fait] droit à ce manque, sans fard et paisiblement ». (p. 126) Un agnosticisme qui n’exclut pas la vie spirituelle, qui s’appuie sur « la contemplation et la méditation qui nourrissent une vision humaniste et une visée d’humanisation, dans l’espérance têtue d’une évolution toujours plus positive de l’humanité. » (p. 128)

Geneviève Le Hir

 

[1] « Une fourmi noire dans la nuit noire sur une pierre noire, Dieu la voit », lisait-on et peut-on encore lire dans La Miche de Pain, livre de formation religieuse à destination des enfants datant des années 1930 et réédité en 2004…

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