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La crèche dans une miche de pain !

Alain WEIDERT

3e dimanche de l'Avent : une méditation d'Alain Weidert

pain-cocotte1 Comme la femme porte l'enfant à naître, l’humanité porte la Vie du Christ. Dieu  en attend la naissance mais c’est au bon vouloir de l’humanité, son épouse enceinte de lui, en-sainte de sa vie. A cette fin il la porte lui-même sur ses épaules pour qu’elle ne se fatigue pas, ne trébuche pas, qu’elle ne fasse pas de fausse couche. Humanité porteuse, humanité portée ! Le tympan de Vézelay questionne Y aura-t-il alors dans le cosmos ne serait-ce qu’une petite auberge, un modeste logis, voire un coin de paille où la vie du Christ pourra voir le jour ? Au tympan du narthex de Vézelay, dans les médaillons de l’année qui s’écoule à l’époque où, dans le calendrier, les nuits noires de l’hiver étendent à n’en plus finir leur pouvoir sur le jour qui s’enfuit, la question de cet accouchement se pose avec acuité. Question de Noël ! Cette naissance aura-t-elle lieu, chez qui ? Intercalé parmi les signes du zodiaque, avant le capricorne en décembre, se trouve un médaillon qui nous a longtemps paru énigmatique. Un homme porte une femme sur ses épaules. Ne serait-ce pas là un clin d’œil fait aux mystères médiévaux de Noël (Joseph portant Marie épuisée) ? Mise en scène liturgique de l'Evangile de la Nativité comme encore  au Mexique  ou aujourd’hui chez nos voisins d'outre-Rhin dans un cadre domestique ? L’assemblée  fraternelle, berceau du  Christ Dans le sud de l’Allemagne, au Tyrol et dans la région de Salzburg, durant les neuf nuits qui précédent Noël, une antique coutume a été conservée qui reprend même de la vigueur : das Frauentragen. Mot à mot le "Portage de la femme" que l'on appelle aussi die Herbergssuche, la "Recherche de l’auberge". Une statue de Marie enceinte (die Bogenberger Madonna, par exemple) est portée de maison en maison, reçue comme un hôte pour y passer la nuit. Jusqu’au moment de la veillée de Noël où elle sera accueillie pour accoucher au sein des baptisés rassemblés dans l’église, dans l’Eglise-Assemblée. Enfantement et renaissance du Corps du Christ. Le tympan de Vézelay pose la question de Noël mais ne nous laisse pas sans réponse. Il suffit de descendre d’un médaillon, l’on retrouve celui où un homme offre du vin et, de l’autre côté lui faisant face en plein solstice d’hiver également, celui où un homme s'apprête à partager du pain. L’Homme ne naît-il pas à l'existence quand femmes et hommes se partagent leur vie comme pain et vin ? Avec ce partage-là au cœur des hivers humains, c’est le dégel. Ministère de bénédiction et d'eucharistie pour le ventre de la femme et celui de l'humanité porteurs d'un bon pain chaud et croustillant. De Bethléem à Emmaüs, une affaire de pain partagé Dans le narthex de Vézelay à droite du grand tympan nous attend un plus petit tympan avec une scène de la Nativité justement. Elle a lieu dans une maison au toit arrondi. Un toit en coupole, une coupole en forme de miche de pain. Bethléem, la maison du pain ! Dans l'autre petit tympan du narthex, à gauche, il y a également une maison au toit arrondi. C’est la scène, la Cène des pèlerins d’Emmaüs, l’espace domestique de l'autre naissance du Christ. Surgissement de sa présence lorsque deux ou trois réunis en son nom s'offrent eux-mêmes en cadeau de Nativité (!) comme pain et vin. Auberge d'une autre naissance. Là le Christ, dans la plus petite des Eglises-Assemblée, naît au milieu d'une vie rompue et partagée comme une bonne miche de pain. Noël ! La femme en espérance et l'humanité portée par l'espérance de Dieu accouchent de leur destinée. Le Christ dans la mangeoire se donne à consommer et chacun dans son auberge apprend à dresser sa propre mangeoire où même l'âne et le bœuf, rassasiés, seront de la fête ! Alain Weidert, Chalvron près de Vézelay, décembre 2009.

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