Vous êtes ici

Coronavirus : l’expérience de communautés religieuses féminines sans prêtre

CCBF
religieuses
religieuses @https://www.asociaciondeteologas.org

 

Voilà une contribution de religieuses au sujet de l’eucharistie, basée sur leur expérience pendant le confinement/covid. Face à une situation totalement inédite – l’impossibilité de recourir à un prêtre venant de l’extérieur pour célébrer l’Eucharistie – et devant l’insatisfaction, voire le malaise, d’assister à des célébrations télévisées, des questions centrales se posent pour la compréhension de l’Eucharistie : l’Eucharistie est-elle une action dans laquelle nous sommes impliqués ou un événement exclusif réservé au prêtre ordonné ?

Ce texte présente la façon dont de nombreuses religieuses ont relevé le défi. Une mise en lumière d’expériences particulièrement pertinentes qui offrent des perspectives pleines de vitalité et de joie.

On peut constater, malheureusement, que toutes les signataires sont... allemandes.

Pour lire le texte dans son intégralité : 2020 07-Coronavirus et religieuses

La dépendance des femmes (religieuses) à l’égard d’un homme consacré

En tant que femmes religieuses, nous pouvons être responsables, organiser et mener toute notre vie nous-mêmes – surtout en matière spirituelle – mais nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie. Une prieure / supérieure a droit à la direction spirituelle d’une communauté – mais pas à la présidence de la célébration eucharistique. Quelle image de la congrégation, du prêtre et de la femme se cache derrière tout cela ? Cela montre le déséquilibre de l’Église catholique et l’extrême dépendance des femmes (religieuses) à l’égard d’un homme consacré.

Pourquoi la forme passerait-elle avant le contenu ?

Pourquoi le sacrement valablement célébré doit-il encore dépendre de la décision, qui s’est développée dans l’histoire de l’Église, selon laquelle seul un homme vivant dans le célibat peut être ordonné prêtre ?

Dans nos communautés, ces dernières semaines, nous avons vécu des célébrations de repas qui ont fait exploser toute étroitesse d’esprit à la célébration eucharistique. Nous avons partagé du pain et du vin et de nombreuses expériences montrent que Jésus-Christ a été vécu comme présent en eux. Lors de la Cène, Jésus a confié à ses amis la mission suivante : « Faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11, 24-25). Il ne s’agit pas seulement de se souvenir. Il s’agit d’une question de réalisation. Pour beaucoup d’entre nous, cette pensée est centrale : les chrétiens se rassemblent, invités par Jésus-Christ, et peuvent faire l’expérience de la présence de Dieu. Sa présence se manifeste dans la communion, dans sa Parole, dans de nombreux autres événements de la célébration et d’une manière particulière dans le pain et le vin. Ce moment de « transformation » n’est-il pas uniquement lié à une foi profonde en ce que Jésus, dans sa plénitude d’événement spirituel, « peut être décomposé » en pain et en vin ? Ce « mystère » ne peut être lié à un homme de consécration.

Nous avons célébré un repas et fait l’expérience de la volonté de Dieu de sauver

C’est ainsi qu’une sœur a finalement résumé la célébration commune : « Je n’ai jamais eu la possibilité de regarder autant de visages rayonnants qui ont été touchés et remplis par ces jours et notre célébration. Pour moi, l’esprit du Ressuscité était très palpable et actif parmi nous, travaillant quelque chose de merveilleux en nous et avec nous ».

« Saluer » la langue liturgique

Enfin, dans le contexte de la réflexion liturgique, il y a des questions sur l’affadissement du langage liturgique. Les sœurs chargées de la préparation des célébrations liturgiques ont commencé à reformuler les textes « afin que je puisse moi-même les prier honnêtement ».

Cela conduit à la question brûlante suivante : comment encourager une véritable « participation pleine, consciente et active » (SC 14) ? Certaines oraisons sont formulées de telle manière que beaucoup d’entre nous peuvent difficilement supporter ces textes. Comment peut-on donner à des personnes qui n’ont pas reçu, comme nous, des années d’initiation à la liturgie (histoire) ? Nous considérons donc qu’un « travail de traduction » des textes liturgiques dans la réalité linguistique actuelle est absolument nécessaire, car la « partie immuable par institution divine » de la liturgie (SC 21) ne peut pas se référer à la formulation des textes de prière.

Comment pouvons-nous rencontrer Dieu dans notre vie quotidienne concrète ?

Dans ce contexte, il faut se demander comment faciliter une rencontre avec Dieu qui soit adaptée à la vie quotidienne. La pratique religieuse précédente, souvent institutionnalisée, sépare généralement le sacré du quotidien. Nous nous référons au mysticisme en tant que chemin d’expérience (à la suite du « Je et tu » de Martin Buber) et à de nombreux mystiques chrétiens, dont les personnes en quête d’inspiration sont réceptives.

De nombreuses expériences de ces derniers mois peuvent être étroitement liées à l’événement Emmaüs. Les sœurs sont allées se promener dans l’attitude de Madeleine Delbrel : « Sortir sans idées préconçues, sans attendre la fatigue, sans plan de Dieu ; sans le connaître, sans enthousiasme, sans bibliothèque – abordez donc la rencontre avec lui. Partez sans carte – et sachez que Dieu se trouve sur le chemin, et pas seulement à destination. N’essayez pas de le retrouver selon des recettes originales, mais laissez-le vous trouver dans la pauvreté d’une vie banale ».

Il n’y a pas de retour en arrière possible

Nous espérons que notre expérience nous aidera à chercher de nouvelles voies et à les suivre courageusement.
 

Les auteurs de ce texte sont des religieuses et se sont réunies à l’automne 2018 au sein du groupe « Femmes religieuses pour la dignité humaine » Sœur Karolina Schweihofer, MC, Munich, conférencière, Sœur Antonia Hippeli, OSB, Tutzing, Sr Ulla Mariam Hoffmann OSB, Tutzing Mechthild Hommel OSB, Bernried Ruth Schönenberger OSB, Tutzing, Sœur Susanne Schneider MC, Munich, Sœur Hildegard Schreier MC, directrice générale, Munich, Sœur Veronika Sube OSB, Tutzingb Sœur Sara Thiel, Sœurs du Divin Sauveur, Munich, Sr Hilmtrud Wendorff CJ, Nuremberg.

Source originelle : https://www.feinschwarz.net/fuelle-in-der-leere-was-die-ostererfahrungen-2020-uns-sagen/
Publié le 21 juillet 2020
Traduction 
: Annick Guillou
Source de la publication en français : https://nsae.fr/2020/06/30/des-communautes-religieuses-sans-pretre/

Version(s) téléchargeable(s): 
Icône PDF 2020 07-Coronavirus et religieuses
Rubrique du site: 
Les actualités
Ajouter un commentaire