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Convertissez-vous pour le règne d’Adonaï !

Michel Menvielle
Distant Shores Media/Sweet Publishing

Dimanche 4 décembre 2016 – 2e dimanche de l’Avent – Is 11, 1-10 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12

En ces jours-là, survient Jean le Baptiste, héraut dans le désert de Judée... Jérusalem, toute la Judée et tout le pays du Jourdain viennent vers lui.

La proclamation de Jean, prélude du récit de la « vie publique » de Jésus, s’ouvre par un appel à la conversion, et l’annonce que s’approche le règne des cieux.

Convertissez-vous… Ou, en développant les sens du mot grec, ayez un regard critique sur ce que vous avez fait et changez.

Le récit nous en dit peu sur la démarche de ceux qui étaient baptisés par Jean. Ils confessaient leurs fautes. Le vocabulaire grec reste cependant très factuel, sans jugement moral : il est en effet également possible de traduire qu’ils reconnaissaient les occasions où ils avaient manqué le but. Le premier pas sur le chemin de la conversion est de se situer en vérité face à ses propres manquements.

Nombre de Pharisiens et de Sadducéens viennent vers Jean pour son baptême. Jean les interpelle avec violence : « Engeance de vipères ! produisez donc un fruit digne de la conversion. » Et il questionne leur rapport avec Abraham : est-ce qu’ils se disent en eux-mêmes qu’ils ont Abraham pour père ?

Avoir Abraham pour père… Posséder Abraham pour père, pourrait-on d’ailleurs traduire ! Si telles sont leurs pensées intimes, ils sont des enfants (teknon) d’Abraham, sans plus de valeur que les pierres qui se trouvent dans le désert. Enfant, et non pas fils (uios), mot utilisé à propos des origines de Jésus, dans le premier verset de l’évangile de Matthieu « Livre de l’origine de Jésus Christ, fils (uios) de David, fils (uios) d’Abraham », juste avant le récit des engendrements depuis Abraham jusque Jésus. Posséder pour père Abraham, ou être fils d’Abraham. Ceux qui pensent ainsi posséder leur origine ne s’inscrivent pas dans la succession des générations. Une telle « falsification » d’une réalité essentielle fait pour moi écho avec la façon dont le serpent modifie l’injonction divine dans le jardin d’Eden (comparer Gn 2, 16-17 et Gn 3, 1). Engeance de vipères, engendré par les vipères, prend alors tout son sens.

Car s’approche le royaume des cieux !

Jean nous parle en énigmes de ce royaume. Il annonce que celui qui vient après lui baptisera dans l’Esprit Saint et le feu, il nettoiera son aire à battre, rassemblera son blé dans le grenier et brûlera la paille au feu qui ne s’éteint pas.

Comment avancer à ce stade du récit de Matthieu ? La généalogie de Jésus, évoquée plus haut, identifie Jésus au rameau issu du tronc de Jessé, annoncé par Isaïe. La prophétie d’Isaïe ? Le souffle de YHWH[1] reposera sur lui, et il jugera avec droiture les humbles et les faibles. La terre sera remplie de la connaissance d’Adonaï. Et sur la montagne d’Adonaï, le prédateur et sa proie, l’enfant et le serpent séjourneront ensemble, sans nuire ni détruire.

Ces prophéties de Jean et d’Isaïe nous parlent du règne d’Adonaï. Paroles eschatologiques, qui concernent ce qui adviendra à la fin des temps. Paroles dont Paul nous dit qu’elles furent écrites d’avance pour que l’espérance soit en nous, et pour que nous vivions les uns avec les autres selon Jésus. Jésus, celui sur qui repose le souffle d’Adonaï. Ces prophéties du règne d’Adonaï nous concernent donc également « ici et maintenant ». Comment ? Mon intuition est qu’il y a au plus intime de chacun un lieu où chacun peut accueillir l’autre et être accueilli par l’autre au plus intime, sans qu’il y ait menace ni donc besoin de se défendre. Les moments fugaces où cet idéal advient sont pour moi autant d’indices que la venue du règne d’Adonaï nous concerne également « ici et maintenant ».

 

Michel Menvielle


[1] Transcription de quatre lettres hébraïque yod-hé-wav-hé ; nom qui n’est pas prononcé dans la tradition juive et lu « Adonaï ».

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