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Une conversion au goût de figue

Monique VIRENQUE
Licence libre. Wikipedia

Dimanche 28 février 2016 – 3e dimanche de Carême –Luc 13, 1-9

Massacre, accident dramatique, du sang, des détails à sensations ! Luc le médecin compte les morts. La cellule psychologique n’est pas loin ! Le texte s’inscrit dans la première étape du voyage de Jésus vers Jérusalem et invite, comme le passage qui le précède, à l’urgence de la conversion.

Ces deux faits divers, rapportés par l’historien Flavius Josèphe et les Actes des Apôtres, nous convoquent dans une réalité cruelle. Jésus les utilise en faisant, sur le mode rabbinique familier à ses auditeurs, les questions et les réponses, répondant à une question qui n’est pas posée, celle du sens de ces violences. Les victimes feraient-elles les frais d’une punition divine ? Tandis que d’autres, respectueux des commandements, donc supposés à l’abri du péché, et aimés de Dieu seraient, en retour, protégés de sa colère ? Il nous renvoie au prologue du Livre de Job, quand Satan dit à Dieu : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas entouré d’une haie, ainsi que sa maison et tout ce qu’il possède alentour ? Mais étends la main et touche à tout ce qu’il possède ; je gage qu’il te maudira en face ! »

Le « pensez-vous que ? » de Jésus convoque les témoins à un esprit critique, les appelle à une liberté. Continuer à entretenir une relation au Père construite sur la rétribution, la victimisation et donc la culpabilité, ou penser tout autrement cette relation ? Mais cette liberté de penser n’est-elle pas entravée par ce lien entre absence de conversion et mort ? L’évangéliste répète à deux reprises la sentence : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » De quelle conversion, de quelle mort s’agit-il ? Que veux dire « vous périrez de même » ?

Et si la conversion proposée par Jésus appelait à changer de regard sur son Père ?

Et il développe la parabole du figuier stérile dans la vigne, Israël des écrits bibliques, terreau vivant dans lequel la parole de Dieu produit du fruit. Le dessèchement du fruit est symbole du châtiment. Le maître de la vigne veut couper ce figuier stérile pour planter d’autres arbres qu’il espère productifs, attendant un « retour sur investissement ».

Jésus vient bousculer cette conception d’un Dieu créateur qui facilite une croissance de ses créatures à la condition qu’elles produisent du fruit en entrant dans une relation d’obéissance à la loi divine. Il nous tourne vers le vigneron qui répond à l’impatience du maître par une parole féconde d’espérance, un appel à la patience infinie du maitre et à sa grâce. Cette espérance dans le peuple témoin de l’Alliance fleurira d’une relation à Dieu, don, soin, patience infinie. Dieu donne à Jésus d’être sa parole vivante, d’y faire germer du fruit, pour ouvrir à une vie renouvelée et à la transmission du message aux païens.

Notre conception du mal, fait ou subi, est questionnée par Jésus. Au fond, ne pensons-nous pas, nous aussi, être protégés de ce mal par l’obéissance à une morale, à un ensemble de lois qui seraient nos enclos et remparts contre le malheur, la souffrance ? Le risque est grand d’une mort par désespoir, quand nous réalisons que Dieu ne protège pas ainsi ! Voilà la mort dont Jésus parle et qui menace le figuier stérile. Éloignons-nous de ce Dieu de la rétribution, jamais à la hauteur de nos attentes, qui nous laisse enfermés dans nos peurs, aveugles à la présence palpable du malheur.

Une conversion rendue possible par les soins du vigneron, voici la bonne nouvelle ! Elle nous détourne de la représentation d’un maître qui nous menacerait de mort.

« Produisez donc des fruits qui expriment votre conversion » dit Jean-Baptiste au début de cet évangile. Le passage vers Pâques est ici tracé. Un autre regard sur le Père qui permet de transformer nos culpabilités mortifères en responsabilité créatrices, passage de la mort à la vie.

Dominique Virenque

 

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