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Contribution n° 8 au Synode sur la famille. Histoire du mariage - Partie 1

Paule ZELLITCH
Domaine Public

De l’Antiquité au concile de Latran IV (1215)

L’histoire du mariage n’est pas un long fleuve tranquille ! Cet itinéraire par étapes, de l’Antiquité à nos jours, s’attache aux arbitrages qui l’ont façonné. Éviter les anachronismes, ne pas faire l’économie d’une contextualisation éclairée, nous maintiendra l’esprit en alerte !

Le mariage est une institution sociale, un marqueur culturel, religieux et chaque époque comporte un différentiel entre règles et pratiques. Pour le dire rapidement, les différents types de pouvoir politique et l’Église catholique ont travaillé sur une longue période à mettre en œuvre l’institution du mariage et à la contrôler ; il s’agit de maintenir un système politique, économique et religieux par un corpus de règles qui modèlent la société et vice et versa. Puissance et contrôle social génèrent des règles plutôt limitatives de l’autonomie des individus. L’Église et les pouvoirs politiques, alliés ou antagonistes selon les enjeux, s’engagent dans des stratégies pour la perpétuation de l’institution qu’ils représentent, parfois en référence à des visées plus hautes.

En route pour la première des trois phases de notre voyage !

 

L’Antiquité

Dans l’Empire romain, le mariage est une affaire privée, sans connotation religieuse. Selon le droit romain, le conubium exige d’être citoyens romains, de même classe sociale et d’avoir atteint l’âge nubile (12 et 14 ans). Pour les esclaves et les étrangers, on parle de matrimonium non legitimum. Le mariage est monogame et l’union charnelle n’est pas nécessaire à sa validité. L’essentiel est le consentement des époux. L’infidélité n’est sanctionnée que pour la femme ; le divorce est légitime et le remariage possible. Les chrétiens se marient selon la loi romaine et les diverses traditions locales. Pour les juifs, le mariage qui est strictement familial réunit deux familles étendues.

 

Avec Constantin, le christianisme devient religion officielle de l’Empire romain (édit de Milan - 313). L’Église reprend le droit romain (monogamie et consentement des époux, mais dans la pratique, la femme est soumise au choix des familles). Mais contrairement au droit romain, la nécessité de l’union charnelle pour la validité du mariage suscite, en régime chrétien, de nombreux débats, et la fidélité doit être réciproque. Le divorce est en principe prohibé. La question du lien de parenté entre les époux commence à faire l’objet de controverses. Le divorce est en principe prohibé ; mais selon les pays et provinces cet interdit est variablement appliqué.

À partir du IXsiècle, les unions vont progressivement être bénies par un prêtre ; à partir du Xsiècle, une célébration publique va voir le jour.

 

Dans la seconde moitié du XIe siècle, la réforme grégorienne cherche, en organisant le clergé, à mieux encadrer la société laïque, sans toutefois légiférer sur le mariage. Le Magistère érige et impose le principe du célibat des prêtres.

En 1140, le décret de Gratien met en forme l’ensemble des règles et lois de l’Église, prémices du droit canon.

 

Cependant, cette stratégie de l’Église va rencontrer des limites majeures.

D’abord, les multiples interprétations divergentes des textes scripturaires proposées par les Pères de l’Église (concernant le remariage, ou le droit à la répudiation…)

Puis, le contrôle très difficile de l’Église sur les populations (notamment rurales) et le poids des coutumes germaniques (dont le rapt - parfois juridiquement reconnu -, le concubinage et la répudiation). Du droit germanique, l’Église va reprendre l’interdiction de l’inceste, mais avec un interdit de consanguinité étendu jusqu’au 7degré de parenté. C’est là un exemple parfait de mesure inapplicable dans les villages où l’on se marie dans un périmètre très restreint.

Si la sacramentalité du mariage n’est pas encore reconnue officiellement, cette question récurrente demeure : qu’est-ce qui en fait la nature sacramentelle ?

 

Après le XIsiècle, une certaine interprétation des textes de Paul sur le mariage (spécialement Éphésiens 5,24-32), à savoir l’union de l’homme et de la femme comme reflet de l’union du Christ avec l’Église, servira d’argumentation à l’indissolubilité et à l’affirmation de la prééminence de la virginité. Les textes n’associent pas encore amour et mariage.

 

En 1215, le VIconcile du Latran décrète et règlemente la sacramentalité du mariage (indissoluble, sauf par la mort). Il fixe, entre autres, le degré de consanguinité (ramené au 4e degré de parenté), l’obligation de publier les bans pour éviter les mariages clandestins, l’exigence du consentement libre et public des époux (pour éviter les consentements obtenus par rapt). Le consentement de l’épouse est une novation absolue (mais pas vraiment respectée).

Pour Thomas d’Aquin, le mariage est le moins spirituel des sacrements.

 

La question du mariage traverse les conciles successifs (Lyon en 1274 et Florence en 1438), avec pour question récurrente : qu’est-ce qui fait la nature du mariage ? C’est le consentement libre des époux et non la procréation.

 

Au cours de cette période, l’Église fixe aussi des « empêchements dirimants au mariage » : impuissance du mari, époux ayant reçu les ordres mineurs, précédent mariage non dissout, différence de religion, parenté spirituelle (parrain ou marraine), interdiction de mariage entre serfs et personnes libres... Elle interdit aussi le concubinage (mais la pratique demeure).

À la fin du Moyen Âge, la séparation de corps n’est acceptée par les tribunaux ecclésiastiques qu’en cas d’adultère reconnu, d’hérésie ou de mauvais traitements.

À partir de la fin du XVe siècle, s’ouvre un conflit avec l’Église en lien avec le renforcement du pouvoir royal, au sujet, entre autres, de l’indissolubilité du mariage. D’âpres luttes juridiques et judiciaires entre tribunaux civils et tribunaux ecclésiastiques vont se développer…

 

Catherine Rabouan

Paule Zellitch

 

 

 

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mariage
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