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Contribution n° 6 Synode sur la famille. Le mariage dans le protestantisme, une approche théologique

Jehan-Claude Hutchen
Bénédiction des époux lors d'un mariage

Dans le protestantisme, le mariage n’est pas considéré comme un sacrement. Pourquoi ? Dans ses œuvres latines, Luther écrit « Les Saintes Écritures ne connaissent qu’un seul sacrement, c’est le Christ, le Seigneur, lui-même ». En 1520, dans « De la captivité babylonienne », il évoque toujours ce « seul sacrement [à savoir le Christ] et trois signes sacramentaux ». Le signe sacramental nécessite une parole de promesse liée -par institution du Christ- avec un signe. Dans ce sens, on ne peut retenir que le baptême et la cène.

La compréhension christocentrique du sacrement l’emporte. C’est le Christ seul qui est « moyen de salut ». Luther précise en ce qui concerne la compréhension du mariage comme sacrement : « Puisque le mariage existait depuis le commencement du monde, et qu’il existe toujours même chez les incroyants jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas de raison de penser que le mariage puisse être appelé un sacrement de la nouvelle alliance et de l’Église seule. Car les mariages des pères n’étaient pas moins saints que les nôtres, et les mariages des incroyants ne sont pas moins des vrais mariages que ceux des croyants – et pourtant, chez eux, ils [l’Église romaine] ne les considèrent pas comme un sacrement. En plus, chez les croyants, il s’y trouve des conjoints incrédules qui sont bien plus incrédules que même les païens. Pourquoi alors appeler ici le mariage un sacrement, mais non pas chez les païens ? »

La position de Calvin est proche de celle de Luther, tout en mettant des accents différents. Á partir de la conviction que seul le Christ (présent par la prédication) offre le salut. Dire que le mariage n’est pas un sacrement n’en réduit par pour autant l’importance qui lui est accordée dans les Églises protestantes qui préfèrent parler de « bénédiction de mariage ».

Par rapport au droit matrimonial au Moyen Age, de plus en plus édicté par l'Église, pour Luther, le mariage est un état voulu par Dieu qui relève de l'ordre de la création. Il ne joue pas de rôle dans l'ordre de la rédemption. De ce fait, il est l'affaire du gouvernement civil. La conception protestante du mariage s'inscrit sans difficulté dans la pratique de l'antériorité légale du mariage civil  par rapport au mariage religieux. En effet, le mariage est une institution foncièrement humaine qui aménage un cadre de vie pour les relations privilégiées d'un homme et d'une femme. Les caractéristiques essentielles de la compréhension chrétienne du mariage ont été reprises par le droit civil : elles portent sur le lien matrimonial dûment officialisé, durable, exclusif, librement consenti et ouvert à l'accueil d'enfants. Cela ne signifie cependant pas que l'État se substitue à l'Église dans les questions du mariage. Mais il est du devoir de l'État d'exercer sa protection à l'égard du mariage, qui est pour lui une institution qui le précède.

Le sens de la célébration du mariage

La célébration du mariage à l'église est considérée comme un « casuel », c'est-à-dire comme un culte pour une occasion particulière. Les chrétiens accompagnent généralement toutes les phases importantes de leur vie par la prière et la parole de Dieu. Cela  vaut aussi bien pour le début de la vie (culte de baptême) que pour sa fin (culte d'adieu), mais aussi pour le début de la vie à deux.

La raison essentielle du mariage religieux réside dans l'échange des engagements en présence de Dieu, c'est-à-dire dans la conscience de sa responsabilité devant le Créateur et dans la confiance dans son aide et sa protection, qui se traduit par la bénédiction donnée au couple. Dans les liturgies de mariage, l'engagement de Dieu vis-à-vis des époux précède celui des  époux, le fond et lui donne sens et avenir. Dans le Nouveau Testament, le mariage est une image et une forme de réalisation de l'amour du Christ pour l’Église. La célébration religieuse constitue une aide pour le mariage. Celui qui reçoit de l'amour peut à son tour en donner. Celui qui se laisse aimer par la « tête du corps », par le Christ, peut aussi essayer de refléter cet amour dans son couple Dans la bénédiction du couple, Dieu fait don aux époux de la force du Christ, qui donne son assise au mariage chrétien.

Bénédiction

Luther explique dans son « Livret de mariage pour les pasteurs simples » (1529) que le mariage bien que ce soit une institution profane « a pour lui la Parole de Dieu » et c’est pourquoi il faut « honorer cet état divin », « le bénir, prier pour lui et l’orner ». Et un peu plus loin : [La venue du couple à l’Église] exprime le « grand sérieux » qu’ils y accordent. Car « il n’y a aucun doute, ils viennent y chercher la bénédiction de Dieu et une prière de tous et non pas faire une comédie ou des farces païennes. » « Car celui qui désire prière et bénédiction du pasteur ou de l’évêque, celui-ci combien il a besoin de la bénédiction de Dieu et de la prière de tous pour cet état dans lequel il débute, car cela se voit bien quotidiennement, combien de misère le diable sème dans l’état du mariage avec adultère, infidélité, désaccord et toutes sortes de malheur. » La bénédiction de Dieu est donc envisagée d’emblée par Luther comme une aide indispensable afin de vivre la vie pour laquelle le couple s’engage.

         Jehan-Claude Hutchen

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