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Contribution n° 2 au Synode de la famille. Métaphore nuptiale et Bible

Jesús ASURMENDI
GNU. Licence libre. Wikipedia

La métaphore nuptiale – le fait de comparer l’amour de Dieu pour son peuple à des épousailles - est une vieille affaire dans la Bible. D’abord chez les prophètes et ensuite dans Le Cantique des Cantiques.

Le premier à l’utiliser de manière intensive, c’est Osée. Ce prophète du 8e siècle av. J.-C. reçoit l’ordre de Dieu de se marier avec Gomer, une prostituée, et d’avoir des enfants avec elle (Os 1,4-9 et 2,4-24). Ce qui fut fait. En 3,1, nouvelle version de l’événement et clé de lecture : « Le Seigneur me dit : ‘Va encore, aime une femme aimée par un autre et se livrant à l’adultère : car tel est l’amour du Seigneur pour les fils d’Israël’. » Il n’est plus question de prendre le mariage d’Osée comme une parabole ou une fiction quelconque. Et cette action symbolique n’est pas un geste ponctuel. Elle engendre une situation permanente. Le choc des mots et la provocation des gestes sont là. Et la clé de lecture pour les comprendre. Osée et Gomer, la prostituée, sont présents pour activer sans relâche la conscience du déséquilibre de la relation : un Dieu fidèle et un peuple adultère.

Jérémie et Ezéchiel, entre autres, utilisent à leur tour la métaphore, le dernier en l’allégorisant avec des couleurs violentes. Retenons que c’est Osée, en 3,1, qui donne la clé de lecture de la métaphore en tant que telle et justifie ainsi qu’elle puisse être utilisée théologiquement. Et là, on constate une des limites de la métaphore. Celle-ci joue toujours dans des paramètres précis : la fidélité est du côté du mari, l’infidélité de celui de la femme. Mais on aurait pu parfaitement la monter dans le sens inverse : la femme expression de la fidélité (Dieu) et l’homme figure de la trahison et de l’adultère (Israël).

Le Cantique des Cantiques utilise la métaphore mais dans une perspective différente. À aucun moment il n’est question d’époux ou d’épouse, mais tout simplement d’homme et de femme. Le côté institutionnel est tout à fait absent. Ce qui est en jeu c’est l’intensité de l’amour, de la relation dans les fluctuations de la rencontre et de l’éloignement, de la présence et de l’absence. Ce texte, dans lequel Dieu n’est jamais nommé, sauf une fois peut-être, est un chant à l’amour humain. Le fait qu’il figure dans la Bible, en résonance avec tous les autres textes et formant un tout, prend une autre dimension : l’amour humain est parole de Dieu. L’amour humain est divin. Ceci étant dit et posé, à la suite d’Osée, on peut voir la réalité de l’amour humain comme une métaphore qui ouvre le sens : l’amour humain ouvre à l’amour de Dieu pour son peuple.

Un autre risque de la métaphore est son allégorisation. La métaphore, à partir de la similitude de l’un ou l’autre des éléments du récit avec une autre situation différente, ouvre l’horizon du sens. Les rapports entre Dieu et son peuple et ceux d’un mari avec sa femme ne sont pas du même ordre. Mais l’amour d’un homme pour sa femme, adultère et prostituée, peut faire comprendre et imaginer l’amour de Dieu pour son peuple. Dans tous les débats sur le mariage, on confond trop souvent, dans le monde catholique romain, la métaphore et l’horizon de sens qu’elle ouvre avec les mises en œuvre partielles et provisoires du sens vers lequel elle pointe. S’il y a une certaine similitude au niveau de la relation entre mari et femme et Dieu et son peuple, il ne faut jamais oublier qu’il s’agit de deux réalités d’ordre tout à fait autre. Et cette différence ne pourra jamais être gommée par des effets de sens plus ou moins élégants. Parce que l’amour de Dieu pour son peuple est indissoluble, il ne s’ensuit pas logiquement que l’amour entre un homme et une femme le soit de manière équivalente.

L’interprétation fallacieuse de la métaphore nuptiale s’appuie souvent sur la Lettre aux Ephésiens 5, 21-33. L’utilisation de la relation entre le Christ et l’Église est appliquée aux rapports entre le mari et la femme (« Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Église, lui le Sauveur de son corps. Mais, comme l’Église est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris »). Mais ceci pose problème et aucun spécialiste aujourd’hui ne prend le texte au mot. La contextualisation de tout texte s’impose. L’application de la métaphore à des situations concrètes est toujours risquée. Qui niera que l’utilisation de la métaphore nuptiale à la vie religieuse a été pervertie ? Qui peut dire que la religieuse est l’épouse du Christ ? Qui est alors le partenaire du religieux mâle ? Comment expliquer alors que l’abandon de la vie religieuse ne pose pas de problème, juridiquement ni théologiquement, alors que la rupture du lien nuptial du mariage serait impossible ? Les deux états de vie ne sont-ils pas similaires eu égard à l’amour indéfectible et indissoluble du Christ pour son Église ? Et si la métaphore ne peut pas être appliquée au masculin et au féminin, elle ne peut l’être pour personne. Et si elle ne peut pas être invoquée de manière identique pour l’état religieux et le mariage, alors elle ne peut l’être dans aucun cas. Sauf si elle est vue comme ouverture et indication de sens, comme l’expression d’une relation qui ne se confond pas avec la réalisation institutionnelle des figures particulières (mariage homme/femme ou vie religieuse). Ne prenons pas les métaphores pour ce qu’elles ne sont pas. Nous risquerions de les pervertir.

Jesús Asurmendi

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