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Contribution de la CCB 14 pour la démarche synodale « Cap 2012 » du diocèse de Bayeux-Lisieux.

CCBF

Dialoguer avec le monde. Certains n'acceptent pas les questions ainsi formulées : « Comment rejoindre ce qui est important dans la vie des personnes ?», « Comment entrer en dialogue avec le monde ?» parce que ces questions sont typiques d'une mauvaise tendance dans l'Église à cultiver l'entre-soi en pensant que le monde est autre que celui des chrétiens et que les personnes sont autres que nous les chrétiens ; comme si l'Église était sur une autre planète. Qui et où sommes-nous donc pour nous poser de telles questions ? D’autres à juste titre rappellent qu’il est des mondes que nous ignorons, non de manière délibérée, mais parce que notre existence ne nous a pas amené à les rencontrer et à les connaître. Nous remettre en cause Cela nous a conduit à réfléchir à notre présence au monde, à la manière de nous situer par rapport à lui, de nous situer par rapport à nos contemporains : Que faisons-nous pour que l’Église ne soit pas perçue comme étant « à côté de la vie » ainsi que le formule pudiquement le document ? Peut- être que la formulation de notre foi n'est pas pertinente aujourd'hui : par exemple quel sens a le Credo ? Que signifie le Salut ? Qui est Dieu ? Peut-être aussi adoptons-nous trop souvent le rôle de celui qui apporte et qui n’a rien à recevoir. On nous relate l’anecdote suivante : au cours d’une rencontre en soirée de parents d’enfants catéchisés avec la catéchiste, ces parents, après une journée de travail, se voient imposer plusieurs textes et prières alors qu’ils venaient s’informer sur ce que vivait leur enfant au catéchisme. Quelle occasion manquée de leur donner la parole et d’écouter ce qu’ils ont à dire de leurs vies ! Pourtant, dans l’épisode de la Samaritaine, Jésus demande à la femme de lui donner à boire: Jésus, qui a tout à donner, attend de recevoir quelque chose de l’autre et accepte d'apprendre quelque chose de l'autre, avec aussi par exemple la Cananéenne, le centurion. C'est ce que rappelle Vatican II : « L’Église constate avec reconnaissance qu’elle reçoit une aide variée de la part d’hommes de tout rang et de toute condition, aide qui profite aussi bien à la communauté qu’elle forme qu’à chacun de ses fils  » (Gaudium et Spes 44). La tentation de se comporter comme ceux qui apportent la Bonne Nouvelle, qui possèdent la Vérité comme si elle venait de nous-même se manifeste trop souvent. Jésus, dans Mathieu 7, 21-23 met en garde ceux qui se prévalent de son autorité en prêchant, laissant trop peu le Christ agir en eux. Cela nous amène à considérer l’humilité comme qualité essentielle dans nos rapports avec les incroyants (et les croyants autrement que nous) : nous devrions davantage nous donner le bien de lire la présence de l’Esprit dans le monde. Nous former Mais s’il n’est pas question cependant de « garder sa bannière dans la poche », comment annoncer l’Évangile ? Comment être présence du Christ au Monde si de notre côté nous ne savons ni qui nous sommes  ni en quoi/ à qui nous croyons ? Car si le psaume 14 qualifie d’insensé celui qui dit qu’il n’y a pas de Dieu, nos contemporains peuvent très bien nous le retourner en lui faisant dire l’exact contraire. L’intelligence de la foi devient donc plus nécessaire que jamais d’autant plus que « Le christianisme est une religion du logos, une religion raisonnable ». (Le christianisme a-t-il un avenir? (Ouvrage collectif. Contribution de Paul Valadier. -Ed. St Augustin. 2001) Il eut donc été nécessaire de consacrer un véritable chantier à la formation, trop peu présente dans le projet Cap 2012, en réfléchissant notamment aux différentes formes qu’elle pourrait prendre (conférences/soirées/débats sur les textes de la Bible avec les questions que posent les dernières découvertes archéologiques, les thèses des chercheurs etc…) et en ayant le souci de la rendre accessible aux actifs (problème des horaires). Les limites du document Cap 2012 Nous trouvons ce document trop centré sur l’entité paroissiale ; il se vit et se vivra vraisemblablement de plus en plus beaucoup de choses ailleurs. D'autre part, il ne s’agit pas ici de mettre en cause le travail considérable ni la bonne foi de tous les participants mais de pointer le fait que la méthode adoptée est un peu décevante : en enfermant la réflexion dans un cadre pré-fabriqué, les questions sont, de fait, filtrées et triées. Il est bien sûr nécessaire de donner des pistes de réflexion mais ce document apparaît péremptoire, n’autorisant pas à aborder toutes les questions comme par exemple l'intégrisme, la structure, le fonctionnement ou la morale de l'Église, questions qui pourtant préoccupent un très grand nombre de catholiques. Est ce que ce n'est pas tourner en rond sur soi-même ? Comment penser que le résultat puisse refléter la vraie vie des chrétiens et leurs préoccupations? Et, tout aussi grave sinon plus, est ce que ce n'est pas courir le risque d'un certain désenchantement et scepticisme à l'égard de la démarche ? Nous accepter divers Nous avons aussi dû nous interroger sur la volonté réelle d’ouverture, volonté comprise dans la thématique « Être présence du Christ au monde » ne serait ce que par les faits : La CCB du Calvados s’est vue refuser l’accès à la journée consacrée aux mouvements (il est vrai que la CCBF n’est pas un mouvement) parce qu'elle n’est pas reconnue par l’Église et ne figure donc pas dans l'ordo. Pourtant l'ouverture voulue pour Cap 2012 ne devait-elle pas se faire prioritairement vers ce qui se vit actuellement dans l’Église ? Il nous semble qu'une démarche synodale authentique devrait sortir du bien connu, oser prendre des chemins jusque là inexplorés. Est-ce que ce n'est pas là le reflet du malaise général dans l'Église que Jean-Claude Eslin, venu à notre invitation, pointait dans sa conférence ? « En quarante ans les individus sont devenus autonomes et une conscience publique s'est créée mais l'autorité a peur, paralyse toute réforme et favorise plutôt les tradi-identitaires en phase avec la hiérarchie ». Parler fait-il du mal à l'Église? Conférence donnée à la maison diocésaine le 12 octobre 2011) Au nom de l'équipe CCB 14  : Jean-Philippe Noury, Marie-Françoise Travert, Michel Charon, Mireille Charon, Henry Chevret, Marianne Lévy Noisette, Bernard Lemoine, Béatrice Guyon, Thierry Profit, Marie-Jeanne Deschamps, Monique Zanin.

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