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Conférences de Carême à Paris, des catholiques s’indignent et disent non !

CCBF
Conference Notre-Dame Lacordaire
Lacordaire donnant sa conférence de Carême @ Wikimedia Commons - Public domain


Fondées par Frédéric Ozanam en 1835, les conférences de Carême à Notre Dame ont toujours été un lieu fort de la pensée catholique : réflexion théologique et exhortations pastorales, en écho et en dialogue avec le débat intellectuel et les questions du monde de leur temps. Entre 2005 et 2014, ces conférences ont, en ce sens, adopté une forme plus ouverte, demandant à des intellectuels qui n’étaient pas toujours catholiques, d’intervenir en dialogues, à partir d’un thème, ce fut le cas en 2006 d’Axel Khan et de Julia Kristeva.

Malheureusement, depuis quelques années déjà, ces conférences ont été confiées à un seul prédicateur : toujours un évêque ou un clerc et celles-ci depuis trois ans suscitent l’inquiétude d’un bon nombre de ceux qui les attendent et les écoutent.
En cette année 2021, le ton et les prises de position du prédicateur : Guillaume de Menthière, ont conduit de nombreux catholiques, laïcs et prêtres à s’indigner et à protester. Des baptisés, ont fait savoir leurs interrogations ou désaccords sur ces prédications.

 Afin que chacun.e puisse en prendre connaissance, voici deux exemples

Lettre adressée à Michel Aupetit - archevêque de Paris - et aux médias qui retransmettent les conférences de carême, restée sans réponse à ce jour.

« Nous nous faisons ici le porte-parole de nombreux baptisés auprès de la Conférence des Evêques de France, de Monseigneur Aupetit, et des responsables des émissions sur France Culture et KTO.

La vision du monde, de la foi et de l’Église qui sont proposées nous ramènent aux années 50 : le prédicateur regrette clairement cette époque ! C’est toute la richesse du Concile Vatican II qui est volontairement ignorée, notamment son ecclésiologie d’ouverture au « monde de ce temps », son magnifique travail d’aggiornamento pour concevoir l’Église, d’abord comme « le peuple de Dieu, attentif aux signes des temps ». Tout cela est abandonné, au profit d’un enseignement qui repose sur une pédagogie de la peur, maniant salut et damnation, présence de Satan dans un monde livré aux puissances du mal.

Quelques extraits suffiront à montrer à quel point l’Église catholique se décrédibilise, pour ne pas dire se ridiculise, aux yeux de nos contemporains.

Dans les années 1950… « Oh ! permettez-moi quelque nostalgie de ces temps où l’on pouvait prêcher simplement, « appeler chat, un chat et Rollet, un fripon », où le plus humble des enfants du catéchisme savait qu’il y a un ciel et un enfer, qu’il fallait faire le bien pour prétendre au paradis et se garder du mal pour éviter la damnation […] On était armé pour la vie, n’est-ce pas, avec une telle feuille de route ! On ne se perdait pas dans des finasseries psychologisantes, on ne s’engluait pas dans une bouillie de bons sentiments, on ne coupait pas les cheveux en quatre […] alors que les concepts les plus trapus du christianisme ont presque tous volé en éclats ! »

Et cela présenté sur un ton à demi ironique, parfois volontairement vulgaire, toujours supérieur et en surplomb clérical, avec des références culturelles d’un autre temps qui renvoient à un « entre soi » d’une pseudo culture classique… et qui cachent mal le mépris pour ceux qui n’en sont pas. Et quel mépris pour tout ce qui a été fait de beau et de généreux dans ces temps difficiles de confinement !

Parmi les nombreuses allusions moyenâgeuses à Satan et à l’enfer :
« Voilà pourquoi le Grand Diviseur se félicite de la situation. Satan le sait : le confinement, c’est la déconfiture des catholiques. Il se frotte les mains en contemplant narquois l’exact contrepied du plan de Dieu. Hélas ! Comme je l’entends résonner souvent l’immense « ça va » du diable si puissamment chanté par Jacques Brel : « ça fait des morts sans confessions, des confessions sans rémission, ça va ! » jubile Satan hilare. »
« Et les petits voyants de Fatima, la petite Jacintha, le petit Francisco, pourquoi dédaignent-ils désormais ces jeux et ces danses qu’ils aimaient tant, pourquoi s’imposent-ils des pénitences effroyables si peu proportionnées à leur jeune âge ? Pour qu’aucune âme ne tombe dans le feu de l’Enfer »
« L’écologie du Royaume implique que soit rejeté « ce qui ne vaut rien » c’est-à-dire, si l’on en croit saint Paul, ce qui est sans charité (cf. 1 Corinthiens 13,2) sachant bien qu’un dernier tri sélectif, définitif, sera opéré par les anges sur les rives de l’éternité entre les bons et les méchants. »

Comment avoir l’audace de comparer, de façon grandiloquente, l’Église que l’on voit à une « colombe unique d’une blancheur immaculée », alors qu’une cascade de graves abus ne cesse d’être portée à la connaissance du public ? Pourquoi reprendre sans recul et sans nuance l’image, de l’Église « épouse » certes biblique, mais depuis longtemps devenue inopérante et désormais dénuée de sens pour la très grande majorité de nos contemporains ?

« L’Église est à ce point unie à l’Esprit qu’elle partage avec lui le même symbole : elle est la colombe, cette colombe unique d’une blancheur immaculée (Ct 5,2 ; 6, 9) que le Seigneur a aimée. Une colombe si uniquement unique en dilection, dit saint François de Sales dans sa langue savoureuse, que toutes les autres mises auprès d’elle en parangon, méritent plutôt le nom de corneilles que de colombes. La colombe est un animal sans fiel, fidèle, et gémissant.
Ainsi en va-t-il de l’Église où nulle méchanceté ne se rencontre, qui est unie à un unique Epoux, et qui prie sous l’action de l’Esprit par des gémissements ineffables : Ne livre pas aux bêtes, Seigneur, l’âme de ta tourterelle, n’oublie pas pour toujours la vie de tes pauvres. (Ps 74,19) »

Oublieux de la Constitution Pastorale de Lumen Gentium qui redécouvre la doctrine du « sacerdoce commun des fidèles » (LG 10), ignorant la fermeté de la dénonciation du cléricalisme par le pape François, qui voit dans la sacralisation excessive du prêtre l’une des causes fondamentales d’un état d’esprit qui a permis tant de déviances, le prédicateur poursuit, avec des allusions douteuses :

« Qu’il est beau le ministère des prêtres, chargés par le bon Dieu de nourrir les foules ! Que j’aime ce moment de la messe où le peuple grave s’avance pour recevoir la Vie. Comme il est important que ce soient des ministres ordonnés qui distribuent la communion ! Ils ne sont pas plus dignes que d’autres, bien sûr, mais cependant c’est à eux, et non pas à quelqu’un pris au hasard dans la foule, que le Seigneur confie le soin de donner à manger à son peuple. Que la routine n’émousse jamais en nous, prêtres, la force de ce moment merveilleux où nous donnons Dieu aux fidèles. Qu’il est beau devant nous en procession ce peuple avide ! la ronde des lèvres entrouvertes et des mains accueillantes, bouche à demi fermée du timide, doigts de l’écolier où la trace des feutres multicolores n’a pu être qu’imparfaitement effacée, lèvres empourprées de l’amante, mains rugueuses du travailleur, langue tendue de l’impatient, paume chaste de l’intellectuel : tout un peuple communiant à son Seigneur. »

Une perle : un conseil liturgique quelque peu déroutant !

« Qu’il est beau ce rite vénérable de la sputation, ce crachat salutaire vers l’occident, c’est à dire vers le lieu des ténèbres, vers le fond de l’église, vers l’extérieur où rode le Malin. J’aime que dans nos liturgies, les prédicateurs enflammés du Verbe de Dieu postillonnent vers l’ouest diabolique ! De grâce qu’on ne leur mette pas de masque et qu’ils puissent coronavirer le diable ! Notre rachat dans ce crachat »

Pour ne rien dire des aberrations exégétiques mal informées, qui reposent là encore sur un regard d’autant plus arrogant qu’il est ignorant de l’ensemble des travaux des biblistes pour ne pas évoquer la Commission biblique pontificale… et au premier chef Dei Verbum !
Nous en appelons à l’Évangile, et nous nous appuyons sur Lumen Gentium 37 : « (Les laïcs) ont la faculté et même parfois le devoir de manifester leur sentiment en ce qui concerne le bien de toute l’Église » pour protester avec force et dire non à un tel enseignement qui ne reflète en rien l’enseignement vivant de l’Église, de l’amour créateur et de la miséricorde infinie d’un Dieu Père, ni de la façon dont Jésus, le Christ, n’a cessé d’accueillir et de relever tous les êtres humains.
Le peuple de Dieu tout entier doit annoncer à ce monde aimé de Dieu « la joie de l’Évangile » !
 

Roselyne Dupont-Roc, Catherine Rabouan,
La Conférence des baptisé.e.s  (CCBF)


Tribune parue dans l’hebdomadaire La Vie
À l’occasion de la journée de la Terre, le 22 avril 2021, une centaine de croyants et acteurs de l’écologie cosignent un texte dénonçant l’expression d’une « phobie écologique » durant les conférences de carême de Notre-Dame de Paris.
 https://www.lavie.fr/actualite/societe/apres-les-amish-les-ecologistes-doivent-ils-subir-le-sobriquet-de-cathares-73144.php

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Condillac

Make Catholic Church great again !

Stupéfiant, affligeant, choquant, inquiétant !
Stupéfiant : sur un media national à l'audience mondiale, voilà une voix officielle de l'Eglise de France qui exprime à l'occasion d'un moment important de la vie des catholiques du monde entier des opinions malveillantes
Affligeant : le ton du discours et l'argumentation, dignes d'un autre âge en décalage complet avec les préoccupations du monde ;
Choquant : quel mépris pour ceux qui souffrent de la pandémie, malades, morts, médecins et soignants, personnes isolées, pour ceux qui alertent sur les effets du changement climatique qui s'opère sous les yeux inquiets de ceux qui tôt ou tard vont subir en subir les effets
Inquiétant : Le ton employé, allusions, non-dits, sous-entendus, des méthodes sémantiques qui ont fait leurs preuves dans un passé pas si lointain ...La coalescence des idées véhiculées par certain membres du clergé et non des moindres avec celles de l'extrème droite.

Le cléricalisme n'est pas mort, il est là mais de quelle manière !

Christiane de T...

C'était un de mes moments préférés du Carême, ces conférences, depuis très longtemps.
Depuis ce dernier prédicateur, j'ai renoncé. J'écoute la prédication, juste avant, du pasteur Protestant, toujours passionnante et d'un bon niveau, et accessible pourtant.

C'est ainsi que beaucoup autour de moi se tournent vers les Protestants..
Bravo notre Evêque de Paris ; il collectionne les gestes de fermetures.

Je suis très découragée, et beaucoup autour de moi.

CAPELLE Nicolas

J'ai été atterré par ces prédications...je n'en reviens pas ! Le ton sarcastique, les envolées d'un autre âge, les références au passé, à une époque qui n'existe plus...INVRAISEMBLABLE !
En regardant, je me demandais ce que les Evêques, au premier rang et les gens sensés pouvaient imaginer . Une honte alors que l'Eglise cherche son chemin pour parler au monde actuel !
La CEF est tellement aveugle, sourde, incompétente ???

Denis

Voilà ce que j'ai écrit à mon évêque (ce que je vous invite tous à faire !)
Je viens d'écouter cette incroyable conférence de Carême donnée pour le diocèse de Paris par Guillaume de Menthière, le 21 février dernier.
Je suis sous le choc !
Voilà donc ce que notre Eglise est encore capable de proclamer à propos d'un soi-disant "écologisme" ! Après s'être fait traiter d'amish par Macron , nous nous faisons traiter de cathare par un prêcheur officiel de l'Eglise de France. C'est affligeant !
Nous serions manipulés par la "propagande du discours écologique", par "l'angoisse d'adolescentes nordiques", nous ne comprendrions rien au salut, nous participerions à la diffusion d'une "peste verte", nous diffuserions une propagande verte etc...
Je suis écoeuré car tout cela a été dit devant Michel Aupetit, sans réaction de sa part ; il est vrai qu'il a lui-même dérapé sur France Inter le lundi de Pâques en disant des absurdités ("Quelqu’un m’a écrit en Belgique pour me dire que des gens ont amené un enfant autiste se faire euthanasier").

Au secours, je commence à avoir honte en tant que catholique, vis à vis de mes amis engagés dans l'écologie citoyenne ; pourriez-vous demander à François d'intervenir auprès de notre Eglise de France en envoyant un exemplaire dédicacé de "laudato si" à ces prêcheurs, certes brillants orateurs mais piètres penseurs !
Bien fraternellement.

Il m' été répondu ceci : Merci pour votre indignation. Vous trouverez ci-joint la réponse que nous trouvons dans la vie. Je peux m’y associer pleinement.
Cordialement.

Denis.

Benoit Rupied

Voici le mail que j'ai adressé à notre curé le 5 mars : "Pour poursuivre notre conversation de ce matin : je conçois bien que les chrétiens soient différents dans leur manières de vivre la foi et d'en parler

Mais il y a deux choses qui me choquent dans cette conférence introductive :

- le fait que le prédicateur délégué par l'évêque se réfère par deux fois aux années 1950, en ayant la nostalgie de ces temps où l’on pouvait prêcher simplement, comme s'il serait bon d'y revenir, alors qu'il est censé s'adresser à l'ensemble du peuple de Dieu qui est à Paris aujourd'hui ; c'était déjà le même prédicateur l'an dernier et il reste possible de prêcher simplement aujourd'hui

- le caricaturisme avec lequel il parle du discours chrétien actuel, comme s'il était important de le dénigrer : On ne se perdait pas dans des finasseries psychologisantes, on ne s’engluait pas dans une bouillie de bons sentiments, on ne coupait pas les cheveux en quatre. ... les concepts les plus trapus du christianisme ont presque tous volé en éclats ! Ils ont été volatilisés au ciel des idées neuves, délayés dans un émincé d’arguties, pulvérisés dans un brouillard dogmatique.

Pour moi, le jeu des différences en Eglise devrait laisser la place à la diversité et tendre vers un respect et une écoute mutuelle ; l'unité de l'Eglise et la vérité chrétienne sont à ce prix"

Benoît Rupied

ALAIN CABANTOUS

Merci à tous d'avoir réagi à ces tartufferies. Pourtant, faut-il vraiment s'étonner de tout cela ? C'est la joyeuse gouvernance d'Aupetit qui s'est manifestée une nouvelle fois à travers Sarrauste de Menthière qui y prend goût. Une nouvelle provocation épiscopale tout aussi adroite que les précédentes et que les futures, n'en doutons pas. Le soi-disant prédicateur s'écouta parler avec cette emphase mondaine qui, faute de mieux, mêle au fumet d'ancien régime, une culture du vernis, une vaine prétention littéraire et une exégèse moisie. Mais n'est pas Bourdaloue qui veut. Croit-il vraiment ce qu'il dit ? Après tout, peut-être. Dès lors, à travers quelques passages délicieusement gratinés de la deuxième conférence (à propos de la communion sur la langue et de ces lèvres colorées offertes à l'hostie ou un truc de ce genre), on peut s'interroger sur le sens du dévoilement .

Marie-France

Certains dimanches, pendant le carême, je n'ai pu dîner qu'à partir de 21 heures. Pour accompagner ma solitude dînatoire, je me suis branchée sur R.C.F. je suis tombée sur la rediffusion des conférences de Carême, conférences introduites par Mr Aupetit qui avait désigné ce Mr De Menthière pour cette mission.
Qui est ce clerc ? Quel a été son parcours ? Comment en est-il arrivé à tenir de telles invectives ???...

J'ai failli avaler de travers et mon repas m'est resté sur l'estomac. Mais c'est surtout au cœur que j'ai eu mal. Dans ces propos au poids de plomb, je n'ai pas reconnu La Bonne Nouvelle qui me fait vivre et m'appelle à l'ouverture, à la bienveillance, à la générosité.

Les conférences n'ont été qu'un tissu d'abominations ou le ridicule l'a disputé à l'horreur. J'ai espéré de toutes mes forces que des amis, en recherche de spiritualité n'écoutent pas ces sermons... à fuir... Ça abîme gravement l'Évangile en sa fraîcheur. Comment le Christ s'adressait-il aux gens qu'il rencontrait ?

Le pape François, heureusement, est loin de parler ce langage-repoussoir ! Je l'imagine écoutant ces conférences de carême parisiennes !!!... Que penserait-il de ces envolées affligeantes ?

Quel soulagement quand, aujourd'hui, j'ai pris connaissance de la réaction de la C.C.B.F. !!!... je ne suis plus seule avec mon désarroi... et ma colère.
MERCI d'être là ! MERCI à Roselyne Dupont-Roc, à Catherine Rabouan, à vous tous !

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