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Communiqué de presse - La CCBF soutient le Chemin synodal allemand ...

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Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones

Communiqué de presse – 25 avril 2022

La Conférence des baptisé.e.s (CCBF) soutient le Chemin synodal allemand et s’insurge contre le contenu de la lettre de 74 évêques qui essaient de contrer le pape François et d’enrayer la démarche synodale.

Un petit groupe de 74 évêques et cardinaux ne saurait enrayer le processus du Chemin synodal allemand en évoquant un risque de schisme qu’il ferait courir à l’Église. Avec une très grande partie du corps ecclésial et des responsables de l’Église catholique, la CCBF pense que le Chemin allemand est le précurseur courageux et vivifiant de cet autre chemin synodal qu’est le synode mondial des évêques sur la synodalité : elle veillera à ce que le « sensus fidei » exprimé par les baptisés soit réellement pris en compte.

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Alors que le nombre total des évêques s’élève à 5 364[1] dans le monde, une minorité agissante de 74 évêques et cardinaux signent une lettre ouverte adressée aux membres du Chemin synodal allemand[2]. La lettre dite « fraternelle » est en réalité une mise en cause violente qui évoque le risque d’un « schisme qui résultera inévitablement de la démarche engagée ». Avec une ironie à peine voilée, les auteurs louent une « idée admirable », qui conduit à une impasse par une suite d'efforts ratés.

Qu'est-ce que cela signifie ? La difficulté à penser le monde tel qu’il est et tel qu’il vient entraîne une culture de la peur, mauvaise conseillère car elle pousse ces quelques évêques qui en sont les hérauts à user de prétextes fallacieux : tout sauf assumer la réalité de l’Église catholique et les responsabilités qui en découlent, pour finalement ne pas entreprendre et pire, empêcher d’entreprendre les changements indispensables.

Rappelons que le Chemin synodal allemand résulte d’un dialogue et d’un effort de convergence, d’une conversation entre la Conférence des évêques allemands et la Zdk[3]. Les deux organisations ont entamé une démarche commune : prendre le temps nécessaire pour aborder l’avenir de l’Église catholique sans éluder les questions de notre temps, ni celles qui atteignent son propre crédit (notamment les crimes sexuels et les abus spirituels). L’ampleur des sujets abordés et la diversité des sensibilités font de cette initiative une expérience de fonctionnement fécond et mature, qui n’invalide pas les autres initiatives en cours dans le monde, comme celles en cours en Australie.

L’Église d’Allemagne prend au sérieux l’appel du Pape au Peuple de Dieu en 2018 et ouvre le chemin à la démarche synodale lancée par François en 2021. Ces travaux corroborent la réalité des abus et des dysfonctionnements dans l’Église et leur dimension systémique ; ils appellent des changements rapides de structures et d’organisation, d’autres remises à plat tout aussi nécessaires demandant davantage de temps.

C’est très exactement ce que ne supportent pas les quelques prélats très conservateurs, réservés voire hostiles au pape François.

Regarder de plus près la liste de ces signataires est riche d’enseignements : une cinquantaine d’évêques américains (USA et Canada), soit un cinquième à peine de cet épiscopat, menés par le cardinal Burke et le cardinal Pell (australien), 14 tanzaniens et 5 évêques d’autres pays d’Afrique, aucun évêque d’Asie, deux européens dont un italien retraité émérite. Voilà qui est fort peu pour prétendre agiter valablement le spectre du schisme… dont ils seraient les premiers auteurs.

Les principaux reproches qu’ils adressent au Chemin synodal allemand relèvent d’une approche réductrice et défensive de l’Église catholique. La voici réduite à une forteresse assiégée, en surplomb du monde contemporain qu’elle condamne ; cette lettre s’achève par une accumulation de reproches disparates, à la limite contradictoires. Quels sont-ils ?

L’autorité de l’Église serait mise en cause. Voient-ils qu’elle l’est bien plus gravement et profondément par la réalité des abus de tous ordres et par le silence complice d’une grande partie de la hiérarchie – dont ils font partie – et de fidèles ? 

L’anthropologie chrétienne, « la » morale sexuelle, seraient bouleversées : comme si le meilleur de l’anthropologie chrétienne avec les Écritures et la Tradition n’étaient pas, depuis l’origine, le fruit d’un travail constant d’interprétation, de génération en génération. Quel savoir vraiment chrétien peut être pétrifié sur des critères arbitraires à un instant T, intangible, sans sombrer dans la pire des idolâtries, à l’envers des paroles et des gestes de Jésus ?

Soutenir que le propos du Chemin synodal serait plus attentif aux analyses sociologiques et aux idéologies contemporaines qu’à l’Écriture et à la Tradition, c’est paradoxalement abolir d’un trait de plume la tradition longue de confrontation de la foi, portée par l’Écriture, avec la société et ses interrogations, sa quête de sens, philosophique, religieuse. Pourtant, seule cette confrontation, déjà à l’œuvre dans la Bible tout entière, permet à la Tradition de rester vivante, fidèle à cette créativité propre aux Écritures, qui sourd des questions posées aux hommes et aux femmes de chaque époque.

Avec une très grande partie du corps épiscopal et des responsables de l’Église catholique, nous pensons que le Chemin allemand est le précurseur courageux et vivifiant de ce que contient, potentiellement, cet autre chemin qu’est le synode mondial des évêques sur la synodalité. Il faudra aussi verser à ce synode de l’Église universelle la contribution de la CIASE, ignorée dans le document de ces protestataires, et qui comporte notamment de nombreuses indications très concrètes pour traduire en actes ce qui pourrait en rester au seul registre spirituel, éthéré, hors sol.

Ainsi, ne pas avoir peur, pour rendre l’avenir envisageable, c’est accepter d’affronter lucidement les erreurs et déviances de l’Église, mettre en exergue ce qu’elle contient de meilleur, rappeler l’unique visée qui doit être la sienne et se donner les moyens de l’atteindre : en témoins crédibles, sortir de la culture du pouvoir et de ses deux alliées, la fascination d’un passé fantasmé et la complaisance dans l’entre soi, travailler au soin et à la paix de ce monde, aux côtés des hommes et des femmes de bonne volonté. Sinon comment rendre le Christ désirable ?
 

La Conférence des baptisé.e.s

   La CCBF est un réseau de personnes et d’associations 1901 qui rassemble des chrétiens d’ouverture, heureux de construire l'Église de demain, loin des postures identitaires ert cléricales, en dialogue avec le monde contemporain et tournés vers l'avenir. Au centre de ce réseau, une association (la Diaconie des baptisé-e-s) gère les services communs entre tous et mutualise les expériences. Tout le réseau promeut une véritable opinion publique dans l’Église et dans la société et contribue par des prises de positions et de nombreux projets -nourris de célébrations, lectures suivies d’évangiles, formation, conférences, forum de discussions, etc.- à se mettre dans le sillage de l’Église prônée par le pape François.

CCBF : 68 Rue de Babylone 75007 Paris
Email : contact@baptises.fr - Site web : www.baptises.fr


[1] Chiffres Fides 2019
[2] Lettre mentionnée par La Croix : https://www.la-croix.com/Religion/70-cardinaux-eveques-signent-lettre-vitriol-contre-chemin-synodal-allemand-2022-04-13-1201210220 )
[3] Association fédérale des catholiques allemands fondée au milieu du XIXè siècle.

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