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Communion spirituelle, communion sacramentelle et déconfinement

Nathalie MIGNONAT
Eucharistie
Eucharistie @ Pxhere - CC0 Domaine public


Si la communion spirituelle pratiquée pendant le temps du confinement a pu être vécu « en communion » avec tous, le retour à la communion sacramentelle rompt cette « communion ». Pour trop de « divorcés-remariés » le jeûne n’est pas fini et aucune date de déconfinement officiel n’est avancée !

Depuis le premier dimanche de confinement les fidèles messalisants ont expérimenté, pour la première fois de leur vie, l’impossibilité de communier physiquement au corps du Christ au cours des messes retransmises à la télé ou sur leur écran d’ordinateur, grâce à Saint YouTube. Certains ont exprimé la grande souffrance que cela leur infligeait et combien ils avaient hâte de reprendre le chemin de « la vraie communion » dès que le confinement serait levé. Dans les semaines qui ont suivi, certains ont découvert la communion spirituelle et les recommandations de Rome sur l’usage de cette pratique. Quelques médias ont alors expliqué qu’en temps ordinaire cette forme de « communion » était réservé à ceux qui sont « empêchés » de recevoir physiquement le corps du Christ, essentiellement les malades qui ne peuvent pas se déplacer jusqu’à l’église, et les « divorcés-remariés ».

Étant donné que ces propos ont fleuri dans de « bons médias catho » et sous la plume de plusieurs « bons rédacteurs », j’en déduis que le mal est profond et que, s’ils ont « péché » par ignorance, ils ne sont certainement pas les seuls à penser ainsi. Je me dois donc de réagir haut et fort car, entre ceux qui répètent avec soulagement qu’avec Amoris laetitia la doctrine de l’Église sur cette question n’a pas changée et ceux qui déplorent avec lassitude qu’elle n’ait pas changé, il y a surtout des gens qui n’ont pas bien lu l’exhortation ! Déjà Vatican II mettait en avant le primat de la conscience éclairée, ce qui a pu permettre à bon nombre de « divorcés-remariés » de tracer leur chemin, mais Amoris laetitia va beaucoup plus loin, en proposant à tous un changement du regard, une conversion personnelle, et également communautaire. La logique de la miséricorde pastorale doit conduire à l’intégration pleine et entière de ceux qui le désirent d’un cœur sincère. On ne peut plus dire que les divorcés-remariés en sont réduits à pratiquer la communion spirituelle jusqu’à ce que le Seigneur les rappelle à lui ! La « bonne interprétation » de l’exhortation sur la question de l’accès aux sacrements est celle proposée dès septembre 2016 par les évêques argentins et confirmée par le rescrit pontifical du 5 juin 2017 : il existe des chemins de discernements qui peuvent conduire à renouer avec la pratique sacramentelle. Mais c’est surtout l’attitude d’accueil, d’accompagnement et d’intégration des paroisses, des communautés et des pasteurs qui sont les conditions pour que ces cheminements aboutissent harmonieusement, viennent renforcer la communion ecclésiale et donc accroitre le corps du Christ !

Conclusion : La communion spirituelle n'est plus un ersatz pour les divorcés-remariés... d'autant que le pape François, dans sa catéchèse du 21 mars 2018, nous présente une vision de la communion qui s’inspire clairement de celle de saint Augustin (sermon 272), de Vatican II (SC2 et LG et du travail des théologiens de la période intersynodale : « La célébration de la messe est ordonnée à la communion, c’est-à-dire à nous unir à Jésus. La communion sacramentelle, non pas la communion spirituelle  que tu peux faire chez toi en disant : "Jésus, je voudrais te recevoir spirituellement." Non ! La communion sacramentelle, avec le corps et le sang du Christ. Nous célébrons l’Eucharistie pour nous nourrir du Christ, qui se donne à nous soit dans sa Parole soit dans le sacrement de l’autel, pour nous conformer à lui. »

Revenons à notre temps de confinement, qui nous a vus tous « empêchés physiquement » de recevoir le corps du Christ. Le désir de s’unir, communion spirituelle, ou communion « de désir », devient une évidence, et permet d’ailleurs à tous, divorcés-remariés inclus, de vivre un même geste de « communion » en vivant tous cette communion spirituelle. Ce « jeûne », cette absence physique, cette impossibilité de vivre « cette source et ce sommet de la vie chrétienne », comme le souligne Benoit XVI dans Sacramentum Caritatis, va peut-être permettre à certains d’expérimenter en leur chair ce que vivent les personnes divorcées engagées dans une nouvelle union, parfois depuis très longtemps, en restant « sur leur banc ».

Si « le lien entre la communion au corps du Christ et la communion ecclésiale est une dimension centrale de l’économie sacramentelle » (Vatican II), on comprend pourquoi Amoris laetitia fait de l’intégration des fragilités son premier objectif pastorale.

Après plus de deux mois de confinement, dont une Semaine Sainte vécue hors des églises, les fidèles ont goûté, avec joie, ce premier dimanche où enfin, le confinement levé, ils ont pu recevoir « pour de vrai » cette hostie tant désirée. Sans doute se sont-ils réjouis à l’avance car ils savaient que ce jour allait sûrement arriver et que seules des circonstances, dont personne n’était responsable, en étaient la cause.

Alors ils ont attendu avec une impatience un peu fiévreuse les mots du célébrant les invitant : « Prenez et manger-en tous. » Puis ce fut la récitation ensemble du « Seigneur, je ne suis pas digne… ».  Et enfin cette montée, presque timide vers l’autel, en prenant bien sa place dans la file de communion au milieu de tous les autres… Tous les autres ?

Non !

Pas de tous les autres, car il existe encore trop de lieux où des chrétiens, ceux qu’on appelle « divorcés-remariés », resteront encore « confinés » sur leur banc. Pour eux le jeûne n’est pas fini et aucune date de déconfinement officiel n’est avancée !

Alors j’espère que, dans ces paroisses qui vivent à l’ère d’avant Amoris laetitia, ceux qui s’avancent tout heureux, en passant près de ceux qui restent assis, leur offriront le bras pour les inviter à venir les rejoindre dans la file, à la rencontre du Christ qui fait, à tous, ce don de lui-même.

Il est amusant de noter que si la communion spirituelle pratiquée pendant le temps du confinement a pu être vécu « en communion » avec tous, le retour à la communion sacramentelle rompt cette « communion » et risque de devenir facteur de division dans certaines communautés. La mission de l’Église et donc des chrétiens n’est-elle pas de faire advenir le royaume en faisant croitre le corps du Christ ?


Nathalie Mignonat

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