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Les communautés chrétiennes de base, vestiges ou espoir ?

François BECKER
André Bonnin
Les communautés chrétiennes de base (CCB), vestiges d’une utopie sans avenir ou espoir pour un christianisme évangélique à venir ? Tel est le titre plus complet de cet article, qui présente les extraits d’une communication de François BECKER lors de la rencontre des CCB de Paris, en 2009, proposée ici à notre réflexion parce que ces expériences rejoignent, sur le fond, les objectifs et l'action de la Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones.

Les communautés de base sont nées de l’effervescence de mai 1968, de l’enthousiasme soulevé par le Concile Vatican II et en réaction souvent aux frustrations dues à la lenteur, voire l’opposition de l’institution catholique à mettre en place les ouvertures introduites par le concile. Qu’est devenue cette intuition des années 1970 ? Les CCB aujourd’hui sont-elles les vestiges d’une utopie sans avenir ou au contraire l’espoir pour un christianisme évangélique à venir ?


Nos communautés et leur évolution


Nos communautés actuelles rassemblent, en général par petits groupes, des chrétiens et chrétiennes qui veulent vivre leur foi dans une égalité homme/femme refusée par l’institution.
Au début, il s’agissait surtout d’une démarche assez individuelle. Mais petit à petit s’est fait sentir le besoin de se concerter et de partager des expériences entre communautés, aux niveaux local, national, et européen.
Ainsi les CCB montrent leur volonté de se constituer en cellules d’une Église peuple de Dieu. Mais par leur priorité à la démocratie et leur attention à la participation et à l’écoute de tous, par leur organisation en réseaux de communauté ou d’associations (PAVES en Belgique, Parvis en France, Redes Cristianas en Espagne, etc.), les CCB posent la question de l’organisation hiérarchique et cloisonnée que s’est donnée l’Église catholique.
Elles ont pu servir de laboratoire d’essai pour la vie dans l’Église. Mais correspondent-elles à une tendance profonde ou ne s’agit-il que d’un feu de paille sans lendemain ? Car le nombre de CCB décroît partout, comme le nombre de leurs membres (dont l’âge moyen augmente chaque année). Par ailleurs, les CCB semblent de plus en plus marginalisées à la fois par la diminution de leurs relations avec l’institution catholique pour ne pas dire rupture, et par leur manque de visibilité.


Les potentialités de nos communautés et leur spécificité


Sans prétendre être exhaustif, je soulignerai certaines potentialités des CCB :

  • la liberté ou plutôt la libération que procure notre attachement à l’Évangile ;
  • le souci des exclus ;
  • la désacralisation de la religion et le combat pour la laïcité ;
  • le pluralisme des modèles de communautés ;
  • l’attachement au modèle démocratique fondé sur les droits de l’Homme et sur l’égalité hommes/femmes.

Nous avons l’intuition que :

  • il faut ouvrir des espaces de transgression, miser sur l’évènement, travailler à ce que quelque chose arrive, même si on ne le voit pas arriver ;
  • la recherche de la vérité doit être démocratique pour bénéficier des apports de chacun et chacune et implique la prise de risques ;
  • les CCB sont des lieux d’écoute d’accueil et de propositions dans lesquelles se vit une fraternité solidaire ;
  • les CCB ne sont pas les gardiennes d’un « dépôt confié », mais les témoins actifs de la Bonne Nouvelle de J.-C. pour le 21e siècle. Cette transmission ne peut pas faire l’économie d’un certain nombre de risques et même de l’échec.


Les communautés, un espoir pour l’Église de demain ?


Personnellement j’en suis convaincu car, comme j’ai essayé de le montrer, les CCB en ont les potentialités, les capacités et les intuitions. Mais je suis aussi convaincu que pour devenir espoir pour l’Église demain, elles doivent se préparer à en devenir des cellules vivantes sans abandonner ce qui fait leurs caractéristiques et leur capacité à vivre et témoigner de l’Évangile au XXIe siècle. Quel mode fédératif imaginer à ces groupes sous peine de les voir dériver ou disparaître ? Les réseaux dont nous observons les débuts seront-ils une solution intéressante à retenir pour une Église plurielle ?
Je propose donc que les communautés chrétiennes de base réfléchissent à une évolution en communautés ecclésiales de base, de CCB à CEB. Pourquoi ? Parce que, comme le dit Jean DELUMEAU :

  • il faut promouvoir des structures de proximité qui soient des interfaces entre la religion et la société et favoriser des espaces de convivialité chrétienne ;
  • il faut concilier évangélisation, prière, et présence active et fraternelle au monde : créer des lieux d’écoute de partage de solidarité et prière ;
  • il faut remplacer un pouvoir conçu sur le modèle de l’ancien régime par une organisation souple et décentralisée ;
  • il faut promouvoir la liberté et faire preuve de créativité.

Or actuellement, nos communautés ne sont pas en mesure de satisfaire, à quelques exceptions près, la première condition, même si elles peuvent satisfaire les autres. Nos communautés ne sont pas des structures de proximité. Elles n’ont aucune visibilité, ni capacité d’être jointes par des inconnus en quête de communauté. Elles doivent évoluer pour devenir vraiment des « cellules d’Église » :

  • les communautés doivent pouvoir accomplir les missions essentielles d’une Église locale, qui sont au nombre de trois : le témoignage, la prière, la diaconie.
  • les communautés doivent maintenir des relations étroites avec les autres cellules pour constituer un corps vivant. Ces relations impliquent une sorte de régulation qu’il faudra préciser, notamment il faut qu’une personne de la communauté porte le souci de rappeler que JC n’appartient pas à la communauté. Il faut aussi que des rencontres intercommunautaires soient systématiquement organisées.


Conclusions


Cela se fera-til ? J’ai espoir que cela se fera, car l’Église catholique, malgré tous ses défauts, a montré qu’elle est capable de formidables retournements, comme par exemple à propos de la Liberté de conscience et des Droits de l’homme.
Alors pourquoi pas un retournement de cette sorte à propos de la nature même de l’Église et son organisation ?
Et comme je suis un optimiste, je vois quelques tendances pouvant amorcer un changement de paradigme, comme le fait que les nouvelles paroisses sont définies comme des communautés de fidèles et non des communautés territoriales, ou le développement de réseaux en France et ailleurs.


François Becker

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