Vous êtes ici

Le cléricalisme, voilà l'ennemi !

Bernard PAILLOT
© CC0 Creative Commons


« Ils n'en mourraient pas tous mais tous étaient frappés » (Les animaux malades de la peste –La Fontaine)

Il ne s'agit pas de revenir sur l'invective de Gambetta, mais de marcher avec notre pape François lorsqu'il écrit : « Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. » Trois lettres récentes de notre pape, dont l'une destinée « au peuple de Dieu », m'ont incité à rédiger ce texte[1].
J'essaie ici d'apporter une réflexion théologique en évoquant quelques déviations sur lesquelles s'appuie le cléricalisme.

Deux remarques préalables :
Cet article n'est pas anticlérical. Il vise le cléricalisme qui nécessite des prêtres ET des laïcs, deux catégories qui n'existent que l'une par rapport à l'autre. Le commun dénominateur de toutes les facettes du cléricalisme est une relation inégale entre prêtres et laïcs, prêtres et laïcs étant co-responsables dès lors qu'ils acceptent librement ces rapports malsains (évidemment, il ne s'agit pas de condamner les victimes qui, elles, subissent la relation !) ;
Il ne s'agira pas, non plus, de se focaliser ici sur les abus sexuels, même si la révélation de ce scandale mondial a été l'occasion des lettres récentes de François. Beaucoup s'en chargent. Reconnaissons, avec notre pape, que le cléricalisme a été une des conditions leur existence, de leur diffusion et de leur impunité jusqu'à des temps récents. Mais le cléricalisme a bien d'autres effets sur les intelligences et les consciences. Il « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple », écrit François.

J'évoquerai successivement :
- le détournement de certaines expressions ;
- certaines erreurs concernant le sacrement de l'ordre ;
- certaines déformations du ministère presbytéral ;

I- Le cléricalisme fait son bonheur de certaines expressions mal comprises ou utilisées à tort (1ère partie)

Ainsi en est-il d'« alter Christus » et « in persona Christi » ou sa variante « in persona Christi capitis » qui, non traduites, sont rapidement perçues par certains avec une aura de mystère, comme une sorte de « transfiguration » qui contribue, à tort, à sacraliser le prêtre. Selon l'origine étymologique, en référence au théâtre grec antique, il faut comprendre « persona » comme « rôle ». Il s'agit du rôle que tient le prêtre dans les sacrements. Ainsi, dans les assemblées eucharistiques, le prêtre fait, « in persona Christi », le récit du dernier repas et prononce les paroles de Jésus mais c'est le Christ qui agit au travers du prêtre et non le prêtre qui fait « apparaître » le Christ. Cette représentation ne s'applique pas aux actes et paroles non sacramentels du prêtre. Dans la vie religieuse courante et pour les activités profanes, le curé n'incarne pas le Christ dans sa paroisse, ni l'évêque dans son diocèse.

Dans un prochain volet de cet article, nous évoquerons deux erreurs concernant le sacrement de l'ordre
 

Bernard Paillot – octobre 2018

Rubrique du site: 
Les actualités
Ghislaine De Sazilly

Je trouve cet article très vrai. J'ai travaillé dans un évêché. Certains prêtres étaient admis à tout décider. Je n'avais pas de véritable liberté dans mon travail. Quelques femmes étaient reconnues, surtout dans le secteur de la communication. Quand je me donnais beaucoup de mal, on trouvait que c'était normal et je n'ai jamais eu de véritable encouragement. Je pense que ces prêtres agissaient par habitude quand ils n'avaient pas le goût du pouvoir mais ils oubliaient de regarder leurs salariés.

Ajouter un commentaire