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Cinquième dimanche de carême : Face à la mort.

BÉRULLE

Jean 11, 1- 45

Nous entendons ce dimanche l’un des plus grands récits de l’évangile de Jean : la résurrection de Lazare. Le contexte, déjà, est poignant. Les Juifs veulent lapider Jésus. Il se réfugie au-delà du Jourdain pour leur échapper. C’est là qu’il reçoit la nouvelle de l’envoyé de Marthe et Marie. Leur frère, son ami Lazare, est malade. Ce message est un appel au secours comme le soulignera cette même phrase que les deux sœurs prononceront quand elles le verront : « Seigneur si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Mais pour les disciples, présents avec lui, retourner en Judée c’est pour Jésus signer son arrêt de mort. Ils en sont tellement persuadés que Thomas, quand Jésus décidera de partir, prononcera cette phrase : « Allons, nous aussi, pour mourir avec lui ». Lazare n’est donc pas le seul face à la mort, Jésus et ses disciples s’ils choisissent de revenir savent ce qui les attend. Et la décision des chefs juifs, immédiatement après cet épisode, de mettre Jésus à mort leur donnera raison.

Entre un déplacement pour soigner son ami Lazare ou rester au-delà du Jourdain en attendant que la situation soit moins périlleuse pour lui, Jésus choisit une troisième voie. Attendre deux jours, puis partir. La première réaction de Jésus en apprenant la maladie de Lazare, « cette maladie ne mène pas à la mort », pourrait laisser croire qu’il n’a pas pris conscience de l’imminence de la fin de son ami. Mais en partant, il sait que Lazare est mort et le dit très clairement à ses disciples qui semblaient avoir mal interprété sa parole « notre ami Lazare repose mais je vais aller le réveiller. » Jésus a choisi d’attendre deux jours pour laisser à Lazare le temps de mourir. Le signe qu’il doit poser n’est pas une guérison mais une résurrection afin que soit manifesté qu’il est la résurrection. Jésus veut montrer à ses disciples qu’il n’est pas un guérisseur, mais la vie.

La réaction des deux sœurs, « si tu avais été là », comme celle des disciples qui se sont mépris sur la parole de Jésus, « s’il repose, il sera sauvé », montrent bien la foi que ses disciples mettent dans ses pouvoirs, mais également la limite de cette foi qui n’est pas encore une foi en la personne de Jésus qui dispense la vie. Marthe, qui intellectualise la mort de son frère en confessant sa foi en la résurrection aux derniers jours selon la tradition juive, et Marie qui la vit dans la douleur en tombant aux pieds de Jésus n’ont pas même l’idée de lui demander de le ressusciter tellement cela leur est inconcevable. Devant le tombeau, quand Jésus demande d’enlever la pierre, la réaction de Marthe « Seigneur, il sent déjà, c’est le quatrième jour » prouve que pour elle tout est terminé. Marthe est convaincue que devant la mort, Jésus est comme tout le monde, démuni.

Et pourtant, comme Jésus le lui rappelle, elle a répondu « Oui, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde ». Elle l’a confessé de toute bonne foi mais elle n’a pas pris conscience de ce que cela voulait dire alors qu’il venait de le lui annoncer : « Moi, je suis la résurrection, qui croit en moi, même s’il meurt vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » Entre croire en l’idée de la résurrection et croire que Jésus est la vie, entre mettre sa foi en une espérance et la mettre en la personne de Jésus, Fils de Dieu, venu dans le monde, il y a une grande différence. Et le signe de la résurrection de Lazare est là pour permettre aux disciples d’effectuer cette conversion. « Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifiée par elle. »

La réaction des juifs « Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle faire aussi que celui-ci ne mourût pas ? », en faisant le lien entre l’aveugle-né que Jésus avait « guéri » en lui apposant de la glaise sur les yeux et Lazare, nous ouvre à la vraie nature de l’ensemble des signes de Jésus, qu’ils soient guérison ou résurrection : la puissance créatrice de Dieu qui dispense la vie. L’espérance en la ré surrection n’est pas une idée vaine parce qu’elle repose sur la foi en un Dieu créateur, en un Dieu qui donne la vie. Nous ne mettons pas notre foi en un système philosophique qui, comme celui des grecs, inclurait une permanence de l’esprit. Nous la donnons à Dieu, créateur de nos corps et de nos vies, qui seul peut ressusciter nos corps et nous donner la vie éternelle, nous libérer et nous délier des liens de la mort.

Intégrer cet amour, mettre notre foi en Jésus ressuscité, source de la vie, c’est mettre en nous la lumière qui nous permettra de marcher dans la nuit sans buter. La résurrection de Jésus, comme celle de Lazare, ne viennent en rien anéantir l’horreur ou la peur que nous avons face à la mort devant laquelle Jésus lui-même a ressenti de l’effroi. Mais elle ouvre une voie nouvelle, l’assurance que Dieu ne nous laissera pas retomber dans le néant. La résurrection de Jésus, premier né d’entre les morts, événement passé que nous fêterons à Pâques, ouvre la voie de nos guérisons et de nos résurrections individuelles aujourd’hui et à l’heure de notre mort.

Bérulle

(à retrouver chaque semaine sur Le Blog de Bérulle)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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