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Choisir d'accueillir la vie. Hommage au petit Aylan

Christelle Séguenot

Qui sommes-nous devenus pour que des enfants morts s’échouent aujourd’hui sur nos côtes ? Sommes-nous des hommes ? Sommes-nous des bêtes ? Nous sommes faits pour accueillir la vie, et nous accueillons la mort. À l’appel de la vie – de la survie – nous sommes restés chez nous, fermés, enfermés sur nous-mêmes, cloisonnés dans notre illusoire sécurité matérielle, dans notre confort bien-pensant. Non seulement nous sommes restés chez nous, mais en plus nous avons fermé notre porte. À double tour, pour être bien sûrs… Et malgré cela, des personnes frappent à cette porte, quotidiennement.

Ils sont des centaines, des milliers à frapper à ma porte, et plus je me barricade, plus ils frappent fort, sauf ceux que la route a épuisés, sauf ceux qui en sont morts… Ils frappent et finalement ils rentrent, et cette entrée en notre paradis est souvent bien pire que la sortie de leurs enfers. Comment osons-nous rejeter tant de souffrance, choisir l’aveuglement et l’égoïsme : sommes-nous à ce point dominés par nos démons intérieurs, guidés par la peur, resserrés sur nos biens ?

Face à cette question brûlante d’actualité de l’accueil des migrants, il est temps pour nous, Français, de réfléchir à notre comportement et, plus profondément, plus « intérieurement », de nous demander qui nous sommes vraiment. C’est dans l’intérieur que tout se joue, l’extérieur n’étant que le signe de ce qui se passe à l’intérieur. Il est temps de ne plus rejeter « la faute » sur les autres (le gouvernement, les politiques, les financiers, la police, etc.) C’est de moi, c’est de vous dont je parle. Concrètement. Dans les profondeurs de ma chair coulent des canaux de sang. C’est le sang de mes frères en exil. Ma chair est le sol labouré de bombes d’Alep, ma chair est un camp de réfugiés au Liban, ma chair est un désert libyen. Dans ma chair, des enfants que je n’ai pas vus naître me sont confiés et je les laisserais à la mer ?

Un jour nous mourrons. Nous finirons entre quatre planches de bois, du même bois que nos portes, celles qui n’ont pas voulu céder devant les appels au secours. Devant la perspective de nos quatre planches, il se peut que, croyants ou non, nous en appelions à Dieu. Il se peut aussi que nous entendions alors cette réponse, déjà donnée depuis plus de deux mille ans : « Ce que vous avez fait au plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » Ces planches peuvent dès maintenant devenir planches de salut et non plus cercueils. Pour nous et pour les migrants. Nous devons ouvrir nos portes. Pour qu’advienne une Pentecôte. Que nous entendions chacun dans notre langue, en notre lieu particulier, les merveilles de Dieu déclinées de mille couleurs, de mille façons. Car accueillir l’étranger, c’est ajouter à la louange.

Non accueillants, nous nous jugeons nous-mêmes. Nous choisissons le repli, l’indifférence. Nous choisissons les valeurs sur lesquelles nous bâtissons notre vie et l’avenir de nos enfants. Indifférents, nous enfantons l’indifférence face à tout mal, sauf celui qui un jour pourrait nous atteindre, mais il sera trop tard, le monde aura sombré dans l’indifférence. Je récolte – et mes enfants après moi – ce que je sème.

Quel est mon chez-moi sinon un lieu ouvert qui donne la vie ? Existe-t-il une autre façon d’être chez soi sinon que d’ouvrir ma porte ? Ce chez-moi ne serait-il pas le monde entier ? Ma sécurité est dans l’ouverture, non dans la fermeture.

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