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Chacun est unique, attendu et accueilli

Michel MENVIELLE
Wikipedia. Domaine Public.

Dimanche 11 septembre 2016 – 24e dimanche du temps – Luc 15, 1-32

Chacun est unique, attendu et accueilli

Jésus accueille les publicains et les pécheurs qui s’approchent de lui pour l’entendre. Et il mange avec eux. Cela fait murmurer les scribes et les pharisiens, pour qui les pécheurs, littéralement ceux qui font fausse route, ne sont pas fréquentables.

Les scribes et les pharisiens murmurent entre eux, Jésus parle.

Il commence par deux paraboles. Un homme, une femme, ayant perdu, l’un une de ses cent brebis, l’autre une de ses dix drachmes, la cherchent toutes affaires cessantes. Et l’ayant retrouvée, invitent voisins et amis à partager leur joie. Rien n’est dit sur la façon dont la brebis ou la drachme ont été perdues : l’important est la joie de les avoir retrouvées, et pas d’avoir compris les causes et conditions de leur perte.

Deux anecdotes tirées du quotidien, deux paraboles où Jésus compare cette joie pour une brebis ou une drachme retrouvée à celle au ciel pour chaque humain qui se convertit alors qu’il a fait fausse route. Deux paraboles analogues, et pas simplement une ! Je vois dans cette insistance le signe que ces paraboles expriment quelque chose d’essentiel : chaque humain est unique et irremplaçable.

Et Jésus poursuit avec la parabole dite « du fils prodigue ».

Un homme avait deux fils. Le plus jeune demande à son père la part qui lui revient. Et le père partage son bien entre ses deux fils. Le vocabulaire grec suggère que le fils demande la part d’être (au sens philosophique du terme) qui lui échoit, et que, en réponse, le père partage entre ses deux fils ses ressources pour vivre. Il est ici question de l’essentiel.

Le cadet rassemble tout et part pour un pays lointain. Il y dilapide tout. Une famine le fait réfléchir. Il décide de revenir vers son père. Ici encore, le vocabulaire grec n’est pas anodin. Ce fils vit dans un état désespéré lorsqu’il dilapide ses biens. Et lorsqu’il se lève pour revenir, le verbe utilisé fait partie du vocabulaire de la résurrection. Au contraire, le partage ne semble pas avoir changé la vie de l’aîné. Il reste avec son père, et il participe à l’exploitation des terres.

Le retour du cadet est un moment de crise, où chacun des fils exprime qu’il se situe comme serviteur de son père. Le cadet ne se reconnait plus digne de son origine. L’aîné ne se reconnait aucune liberté dans l’exploitation des terres : il n’a jamais transgressé les directives de son père, et semble ne jamais s’être autorisé à prendre un chevreau pour faire la fête. Le père va avec tendresse et bienveillance vers ses fils. Il accueille chacun d’eux comme il est, sans jugement, et l’invite à être un fils libre et conscient de sa dignité.

Le récit du partage est factuel, sans commentaire sur le bien-fondé de la demande formulée par le cadet, qui est ainsi légitimée. Ce qui concerne ce que chacun des fils a fait avec ce qu’il a reçu lors du partage exprime, au contraire, que chacun d’eux a fait fausse route à sa façon : le cadet a tout dilapidé, et l’aîné n’a pas investi le statut que lui conférait le partage.

Cette parabole, dite devant des pécheurs et pharisiens, met en scène deux façons de faire fausse route : dilapider ce qui est donné, ou en refuser la responsabilité (pour être parfait, ou pour rester pur ?) et rejeter ceux qui s’égarent. Le pécheur et le pharisien…

Le psaume 51 exprime la prière de celui qui se convertit après avoir fait fausse route, et confie au divin son cœur et son esprit brisés. Notons que le texte hébreu n’indique pas la façon dont Dieu reçoit ce sacrifice… Dans la parabole, au travers du père, Jésus nous parle d’un divin qui accueille. Il n’est pas tout puissant. Il donne la création en partage à l’humain. Il le laisse libre de ses choix de vie, même si ces choix peuvent le conduire à la perte de son être (au sens philosophique du terme). Il accueille l’humain comme il est au fil de son histoire, et l’invite à se convertir en faisant route vers une humanité plus accomplie.

 

Michel Menvielle

 

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