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C’est l’heure des laïcs !

Michel COOL

À propos de Les Laïcs messagers de l’Évangile, lettre apostolique du Pape François au Cardinal Marc Ouellet, président de la commission pontificale pour l’Amérique latine.

C’est une toute petite lettre de treize pages qui est sortie en juillet dernier (֤Éd. Salvator) et qui, sans la moindre publicité, a été vendue à plus de 5000 exemplaires en date du début décembre. Le Pape François l’a écrit le 19 mars 2016 au Cardinal Marc Ouellet, président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine.
Quelle est son autorité ? C’est un document officiel du Saint-Siège qui permet au pape de s’adresser soit à un responsable de l’Église, soit à une catégorie de fidèles pour leur faire connaître une orientation ou un enseignement qui lui tient à cœur et qui concerne l’un ou l’autre des destinataires. Dans le cas présent, même si elle a été suscitée par la mission des laïcs en Amérique latine, elle permet aussi au pape de développer et d’affiner sa vision plus générale de l’apostolat laïc dans l’Église et dans le monde.
Par ailleurs, ce livre publie en deuxième partie la précieuse et experte contribution du Professeur Guzman Carriquiry, vice-président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, premier laïc nommé depuis le Concile à une fonction directive au Vatican, où il travaille depuis une trentaine d’années, un ami de plus de quarante ans de Jorge Mario Bergoglio.
Cette lettre apostolique est un événement. Le pape François y développe explicitement pour la première fois de son pontificat sa vision pastorale du laïcat chrétien. Une vision qui s’inspire directement de Vatican II et de Paul VI, le seul de ses prédécesseurs qu’il cite et à deux reprises. Selon François, on se serait en effet écarté durant ces dernières décennies des sillons creusés par le Concile. Il note ainsi : « Je me souviens de la célèbre expression : ‘C’est l’heure des laïcs’, mais il semble que l’horloge se soit arrêtée. » On ne peut pas être plus clair.
François juge l’Église actuelle trop cléricale, trop autoréférentielle et pour tout dire, trop élitiste. Dans sa lettre, il pointe trois priorités qui lui permettraient de sortir d’elle-même et de retrouver l’élan apostolique et missionnaire qui s’est essoufflé depuis le Concile Vatican II :

1. Le laïcat est le patrimoine commun de tous les fidèles : par la grâce du baptême, ils sont tous égaux ; tous égaux en dignité d’enfants de Dieu pour dynamiser la vie de leur Église et évangéliser le monde. « Pour évangéliser, il n’y a pas nécessairement besoin de prêtres, devait-il préciser quelques jours après la publication de sa lettre au cardinal Ouellet. Le baptême donne la force d’évangéliser. Et l’Esprit saint, reçu au baptême, pousse à sortir, à porter le message chrétien, avec courage et patience. »

2. Le cléricalisme est un « danger pour l’Église ». Une maladie qui n’épargne pas non plus les laïcs : « C’est un péché qui se commet à deux, comme le tango !, surenchérit le pape. Les prêtres veulent cléricaliser les laïcs et les laïcs demandent à être cléricalisés, par facilité. » La conséquence néfaste du cléricalisme est d’entraver l’esprit d’initiative, l’enthousiasme et la créativité des fidèles en Christ (christifideles). « Le laïc, dit le pape, doit sans cesse trouver de nouvelles formes d’organisation et de célébration de la foi. Les rythmes actuels sont si différents (je ne dis ni mieux ni pire) que ceux d’il y a trente ans ! Cela nécessite la création d’espaces de prière et de communion avec de nouvelles fonctionnalités, plus attrayantes et plus significatives, surtout pour les citadins. » Le pape rappelle aussi aux évêques et aux prêtres qu’ils ont été ordonnés pour les servir et non pour les commander, car les laïcs sont des acteurs décisifs de l’Église et de l’histoire humaine.

3. Toute forme d’élitisme laïc est à proscrire dans l’Église, car cela crée des distinguos et des inégalités inefficientes, alors que tout baptisé est un membre à part entière du vaste « peuple saint des fidèles de Dieu ». Au passage, François souligne à gros traits l’importance de la religion populaire souvent méprisée par les élites ecclésiales. Le pape François la considère comme un juste antidote du cléricalisme : « Si la piété populaire est forte en Amérique latine, c’est justement parce qu’elle est la seule initiative des laïcs qui ne soit pas cléricale. Elle reste incomprise du clergé », explique-t-il (dans l’interview donnée à La Croix).
Aussi, à la vision valorisée par Benoît XVI de minorités chrétiennes bien formées et créatives, rendant témoignage dans un milieu amplement sécularisé, le pape François lui préfère celle d’une Église résolument rassemblée, missionnaire et populaire : celle d’un peuple de chrétiens s’immergeant dans de vastes populations séculières et ignorantes du Christ pour y rayonner de l’Évangile par leur exemplarité et leur inventivité.

Cette lettre apostolique était inattendue. Pour Guzman Carriquiry Lecour, le pape tend directement la main aux laïcs pour qu’avec lui, et sous la conduite de l’Esprit, l’Église tout entière retrouve la force de jeter vers le grand large les filets de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, car, rappelle le pape, « l’Esprit saint, reçu au baptême, pousse à sortir, à porter le message chrétien, avec courage et patience ».

 

Michel COOL

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