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Celui qui refuse d’expérimenter en vérité son souffle de vie ne peut vivre l’amour-agapé.

Michel MENVIELLE
Je DOIS porter ma croix ...
Doit-on porter sa croix ou sortir de l'abri de ses habitudes ? Crédit photo https://topmessages.topchretien.com/texte/je-dois-porter-ma-croix/

Dimanche 8 septembre 2019 – 23e dimanche du temps – Lc 14, 25-33
 Des foules nombreuses vont avec Jésus. Il se retourne et leur dit que ne peut être son disciple celui qui ne le préfère pas à sa famille, et même à son souffle de vie, ni celui qui ne porte pas sa croix, ni celui qui ne renonce pas à tous ses biens. Traduits ainsi, ces versets, sortis de leur contexte, servent trop souvent de justification à une spiritualité qui, au nom de Jésus, rabaisse l’humain, glorifie la souffrance et stigmatise celui qui a des biens.

Pour avancer, revenons au grec !
« Celui qui ne hait pas[1] son père,… son souffle de vie ne peut pas (voir note 1) être mon disciple. » (v. 26) Le grec est clair : il s’agit bien de haïr[2], de détester sa famille et soi-même. La négation « objective » est utilisée ici : celui qui ne hait pas, c’est donc celui qui s’interdit de le faire. Jésus propose à ses disciples un objectif eschatologique : s’agaper les uns les autres comme il les a agapés (Jn 13, 34). Il leur dit ici que celui qui s’interdit de ressentir de la haine ne peut pas atteindre cet objectif. Chemin difficile. À chacun de trouver le sien en travaillant personnellement les Écritures.
« Qui ne soulève pas(voir note 1) sa palissade[3] et vient derrière moi ne(voir note 1) peut… » (v. 27) Toujours rester immobile et abrité derrière sa palissade, être derrière Jésus comme pour y chercher abri et sécurité ne permet pas d’établir des relations d’agapé, relations de confiance et d’accueil mutuel au plus intime sans qu’il y ait besoin de se défendre, relations dont le lavement des pieds (Jn 13, 1-15) est métaphore.

Jésus propose ensuite deux paraboles : un homme, voulant bâtir une tour, vérifie avant de commencer qu’il sera capable d’en achever la construction, afin d’éviter d’être moqué pour son imprévoyance ; un roi, en guerre avec un autre roi qui vient contre lui avec une armée deux fois plus importante que la sienne, envoie une ambassade en vue de la paix, pour éviter un désastre.

Il demande qui n’aurait pas agi comme eux, et il ajoute : « Ainsi réellement quiconque d’entre vous, qui ne se sépare pas (voir note 1) de ce qu’il a à sa disposition, ne (voir note 1) peut … » (v. 33) Ces paraboles sont donc métaphores de la situation de celui qui est empêché de vivre l’agapé par ce dont il dispose (cf. Mc 10, 17-37 ou Lc 18, 18-27). Luc emploie ici aussi une négation « objective » : Jésus n’invite pas ses disciples à vendre tous leurs biens, mais à se séparer de ce qui les enchaîne et les empêche de faire route avec lui.

Éprouver toute la gamme des sentiments humains, n’est-ce pas connaître et expérimenter en vérité son souffle de vie ? Luc nous dit ici que celui qui refuse de le faire est incapable de vivre l’amour-agapé.
 
Michel Menvielle
 

  [1] Négation dite « objective » en grec, utilisée pour nier la réalité ou la possibilité d’un fait ; un mot différent permet de nier une supposition, une volonté, un désir (négation dite « subjective »). [2] Le verbe grec a pour sens « haïr, détester ». La traduction « … ne me préfère pas … » suppose un hébraïsme : opposer deux contraires pour exprimer une situation plus modérée.
[3] Le mot grec traduit par « croix » a pour sens premier « pieu pour palissade, palissade ».
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