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Catholiques rouvrez la fenêtre !

Gino HOEL
Catholiques rouvrez la fenêtre !


Voilà un ouvrage que l’on pourra sans crainte mettre au pied du sapin de Noël, né sous l’impulsion du groupe de travail « Mémoires de prêtres, un passage de témoin » de la Conférence catholique des Baptisé-e-s de France (CCBF), qui s’est entretenu durant six ans avec une soixantaine de prêtres aînés, dont trois évêques. Catholiques, rouvrez la fenêtre !, édité en octobre dernier aux éditions de l’Atelier, présente l’ensemble de cette collecte, analysé, contextualisé et mis en perspective par Nicolas de Brémond d’Ars, sociologue et prêtre du diocèse de Paris que les lecteurs de Golias connaissent bien.
Car ce livre majeur, important pour la recherche historique, évoque ceux qui ont vécu Vatican II, qu’ils aient été ordonnés avant, pendant ou dans l’immédiat-après Concile, chargés souvent de le mettre en pratique, non sans enthousiasme. On suit la vie de ces hommes, page après page, expliquant pourquoi ils choisirent le ministère presbytéral et comment ils le vécurent, portant sur la situation de l’Église un regard sans concession, mais nullement désespéré. On ressent parfois une certaine émotion à la lecture de ces pages, devant ces vies données à l’humanité où le Christ leur avait donné rendez-vous. De fait, ils servirent – et certains, malgré leur âge, servent encore – le Christ et l’Église en se mettant au service du genre humain, assurant une présence chrétienne en des lieux où elle ne pénétrait jamais ou avec difficulté.
 
Vatican II réhabilité
Peu ou prou, ce livre réhabilite Vatican II, cet esprit de rénovation qui avait commencé au moins vingt ans auparavant dans les sillages du Mouvement liturgique et de l’Action catholique qui marquèrent ces prêtres profondément. C’est ainsi qu’ils ne vécurent pas Mai 68 comme une catastrophe, le Concile en avait fait office en sortant l’Église de la forteresse où elle s’était retranchée, engoncée dans ses prières au bas de l’autel et ses multiples encensements, servis par des prêtres en soutane – habit qui permettait de les « mettre à part » du Peuple qui leur était confié… L’un de ces prêtres relève d’ailleurs sur cette contre-réforme que nous vivons actuellement : « Il est aujourd’hui une certaine pensée qui fait dire que c’est à cause de Vatican II que ça va mal, alors que c’est parce que ça allait mal qu’il y a eu Vatican II. On voit bien que ça ne collait plus avec le monde moderne. Pareil pour Mai 68. On dit : ‘‘C’est à cause de Mai 68’’, mais il y avait auparavant des manières de se comporter qui n’allaient plus. C’est curieux de lire toujours la conséquence comme la cause ! » Comment dire mieux ? Un autre explique que déjà au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les séminaires (en tout cas ce qu’on leur enseignait et la méthode employée) n’allaient pas du tout et ne les préparaient pas finalement à leurs futures missions… Cela n’a visiblement pas changé. Nourris de théologie et d’exégèse, proches (souvent) de Charles de Foucauld et d’Antoine Chevrier qui les soutenaient quand ils doutaient, ces pasteurs n’avaient qu’un objectif : faire sentir la bonne odeur de l’Évangile en des territoires éloignés, aux « périphéries » comme l’a popularisé François – pape dont ils se sentent proches –, sans prosélytisme ni volonté de convertir, à l’écoute de l’humanité qu’ils servaient, dans le travail ou en paroisse.
Ce type de prêtres a permis à l’Église d’être en prise directe avec la réalité, d’avoir les deux pieds sur terre, ce qui n’est hélas plus le cas désormais. Au fond, cela rejoint le P de Brémond d’Ars qui, dans l’entretien qu’il nous a accordé et pour lequel nous le remercions très chaleureusement, interroge : « Les prêtres dont nous avons besoin pour le monde qui vient sont-ils déjà définis ? » La question n’a jamais paru aussi urgente. Pour l’épiscopat français, c’est évident : faire des prêtres à l’ancienne est la solution. Et pourtant, parmi les néo-ordonnés, peu semblent faire leur cette phrase d’un prêtre aîné, relevée par Anne Soupa, cofondatrice de la CCBF, dans sa préface : « Avec de l’ici, il faut faire de l’au-delà. » (p. 73) Cette conception du ministère presbytéral n’est malheureusement plus, « l’au-delà » étant proposé plus que jamais à « l’ici » comme un prêt-à-manger, voire un prêt-à-penser qui n’a plus beaucoup de sens pour nos contemporains mais qui demeure rassurant pour les âmes sensibles et effrayées par la tournure que prennent les événements.

Puisse Catholiques, rouvrez la fenêtre ! apporter au lecteur un peu d’espérance et un peu d’air frais, finalement, dans l’Église qui a relevé le pont-levis, quand bien même le pape jésuite cherche à le descendre. Cela urge en effet, le point d’exclamation du titre le démontre, s’il le fallait. Merci, Messieurs, pour l’héritage que vous nous laissez et que nous ne manquerons pas, à notre échelle, de faire fructifier, contre vents et marées.


Gino Hoel 12 décembre 2019
https://www.golias-editions.fr/2019/12/12/catholiques-rouvrez-la-fenetre/
Pour aller plus loin : 603. Golias Hebdo n° 603 (fichier pdf)

Et aussi, ce commentaire de Pierre Vignon (14 décembre 2019, 18h08) que nous ne résistons pas au plaisir de vous livrer :

Voilà une recension qui donne envie. Il se trouve que j’ai de longtemps un intérêt personnel pour l’histoire de l’Église des 10e et 11e siècles. Tous les goûts sont dans la nature, que voulez-vous ! Mais ces saints et saintes de ces époques de fer qui ont sauvé l’Église de la dissolution qui la menaçait seraient les mêmes qui aujourd’hui lutteraient avec la même force de caractère pour l’empêcher de s’enfermer dans les châteaux forts dans lesquels leur époque les contraignait de se réfugier. Que diraient-ils de ces petits minets ecclésiastiques stérilisés qui rêvent de verser de l’huile bouillante sur des hérétiques supposés du haut de leurs mâchicoulis de carton-pâte ! Que dirait un saint Pierre Damien aux évêques qui ordonnent ces immatures à la seule condition que leur pli de soutane tombe bien ? On imagine le lâchage rapide de la mitre et de la crosse afin de mieux courir pour éviter la sainte fureur. Je sais, il ne faut pas faire parler les morts. Mais Dieu que ça fait du bien ! Eh bien, les mêmes raisons qui ont permis de sauver l’Église à ces périodes, en tenant compte de leurs conditions, sont celles qui nous poussent à agir pour que la Sainte Église soit sauvée des mains de ces ombres de pasteurs qui méprisent le monde dans lequel ils vivent. Seigneur, donnez-nous des saints et des saintes adeptes du coup de pied au derrière bien appliqué quand il s’agit de maintenir la fenêtre ouverte alors que ces playmobils ensoutanés cherchent par tous les moyens à la refermer. C’est une imposture suprême que de vouloir corriger un Concile qui tient dans l’Église le rôle d’« assises du Saint-Esprit ». A sacerdotibus falsis, libera nos Domine.

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