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Les catholiques et le cléricalisme.

CCBF
En paroisse quelque part en France © CCBF

 

Communiqué de presse 19 juin 2019 

Les catholiques et le cléricalisme : 1ère enquête de terrain depuis la crise

 

Cette enquête - la première depuis la grave crise de l’été et de l’automne 2018 - est une initiative de la Conférence des baptisé-e-s (CCBF). Elle fait suite à la lettre du pape François au peuple de Dieu, qui a dénoncé les méfaits du cléricalisme dans l’Église et demandé aux catholiques de s’engager.

La CCBF a donc enquêté sur le cléricalisme dans le cadre paroissial. Par un questionnaire envoyé à ses 10 000 sympathisants (et à ceux à qui ils ont voulu le relayer), elle s’est intéressée à la fois aux rapports « objectifs » clercs/laïcs (25 questions fermées) et au vécu subjectif des catholiques dans leurs paroisses (question ouverte, permettant des commentaires libres).

Conçue par un groupe de travail de la CCBF avec l’aide d’un sociologue, l’enquête, réalisée entre le 15 mars et le 15 avril 2019 a reçu 4096 réponses, soit un taux de retour supérieur à 40 %. Ce taux d’un niveau exceptionnel atteste à la fois de l’actualité et de l’importance du sujet, de l’implication des catholiques concernés, et aussi de leur besoin d’écoute et de parole. La taille de l’échantillon permet de le considérer comme significatif, à défaut d’être représentatif de l’ensemble des catholiques français.

Quelques résultats :

  • 87% des répondants approuvent la dénonciation du cléricalisme par le pape. Ils considèrent que c’est un problème « très important » ou « assez important ». Dans la moitié des cas les relations entre prêtres et laïcs, quand elles existent, ne sont pas perçues comme équilibrées.

  • Parmi les solutions proposées pour y remédier, 50% privilégient la mise en valeur du sacerdoce des baptisés, 49% la responsabilisation des femmes, et 40% l’ouverture du ministère ordonné à des hommes mariés.

  • La moitié des répondants s’est exprimée sur les plans liturgique ou sacramentel. Mais à 75%, leurs expériences de célébration en l’absence de clercs n’ont pas été encouragées, ce qui montre, en creux, l’ampleur des prises de conscience à opérer sur ce sujet.

  • Dans l’ensemble, on constate des répartitions assez équilibrées entre les satisfaits et les déçus au sujet de la vie en paroisse, de son ouverture sur l’extérieur, de sa vie fraternelle, de la bonne intégration des prêtres étrangers. Mais, dans les paroisses regroupées, cet équilibre est rompu : le nombre de déçus croit significativement par rapport aux paroisses à un seul clocher.

  • Enfin, l’analyse de l’échantillon fait apparaître une surreprésentation des femmes, des diplômés et des personnes âgées. L’équilibre entre les différents types de territoires (urbains, ruraux, …) est respecté.

Les apports de l’enquête qualitative :

  • Les 700 réponses à la question ouverte, souvent très développées, ouvrent sur un constat angoissant et révoltant : la souffrance des catholiques. Profond désarroi, appels au secours, font la trame de la plupart des réponses. Mais la souffrance n’a pas le dernier mot ; elle s’accompagne d’une conviction abondamment reprise : les catholiques trouvent en l’Évangile une ressource inépuisable. Dans un acte de foi et d’espérance, ils réaffirment que la Bonne Nouvelle n’appartient pas au passé : elle a la puissance d’ouvrir un avenir toujours neuf.

  • En conséquence, certains veulent œuvrer au sein des paroisses pour « réformer l’Église » ; d’autres « n’attendent rien de l’Église actuelle » et veulent « inventer aux périphéries ». Des témoignages et des propositions pour faire vivre des communautés ouvertes dans une Église humble et à l’écoute de la société d’aujourd’hui sont proposées. Mais aucun des répondants ne se résout à abandonner l’Évangile. Bonne nouvelle, non ?

Pour mémoire, au sujet du taux des personnes dites pratiquantes, deux chiffres circulent : entre 4 et 5% pour celles qui vont à la messe tous les dimanches, entre 7 et 9 % si on y ajoute celles qui y vont au moins une fois par mois. Comment alors ne pas se demander qui pourrait trouver « normal » que 50% des répondants qui fréquentent encore les paroisses ne se disent pas satisfaits ?

Le rapport complet est lisible et téléchargeable ci-après

La CCBF

Contact : contact@baptises.fr ou Christine Tasset 06 83 26 68 69

 

Le cléricalisme, « cette attitude qui annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple. Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme ». Pape François, Lettre aux catholiques du monde entier, 20 août 2018.  


 


 

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Commentaires
JMM

Quand le Pape dit qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique, n'est-ce pas du cléricalisme ?

(Pour info, l'Optimum Médiéval, qui ressemblait comme 2 gouttes d'eau à la période que nous vivons actuellement, est historiquement considéré comme une période très prospère, alors que le Petit Age Glaciaire qui a suivi et vers lequel on voudrait nous faire retourner, a été une période de famines abominables).

Bernard Maréchal

(Accessoirement, je ne comprendss pas pourquoi, ci-dessus, vous demandez le "courriel" puis l'"Adresse mail". En ce qui me concerne il s'agit de la même chose : "Adresse courriel", et je ne dois pas être le seul...)
Plus sérieusement, et c'est l'objet de ce commentaire : Je propose qu'une pétition soit adressée par le plus grand nombre possible de catholiques de chaque diocèse à son évêque pour lui demander de renoncer publiquement/officiellement à se faire appeler "Monseigneur" (ou "Excellence"), mais "frère Evèque" par les baptisés, sinon par "Monsieur l'évêque". ( Je sais bien que Monsieur est la contraction plébéienne de Monseigneur - alors que "Madame" a conservé toute sa noblesse originale... les veinardes !) ...
Anecdote : L'un de nos vicaires généraux successifs, se voyant promu, comme il est d'usage, "prélat de la maison papale", avec le titre de Monseigneur, avait répondu, aux premiers qui l'avaient salué avec ce titre : "Je ne connais qu'un seul Seigneur... et ce n'est pas moi !"
Avec vos 10 000 adresses il ne doit pas vous être difficile d'organiser cela.
Et ce serait l'une des réponses, bien tangible, à l'invitation de notre pape François à nous débarrasser du cléricalisme.
bien fraternellement.
Bernard

Visiteur

Je trouve, comme Bernard, que certains titres dans L'instition catholique sont d'un autre âge et de nature à entretenir le cléricalisme.
Pour la part, il me semble assez efficace d'inviter chaque baptisé.e, il en reste quand même un certain nombre! à réfléchir à la façon dont il s'adresse aux clercs qu'il rencontre et de l'adapter aux circonstances. Ce n'est pas manquer au respect le plus élémentaire dû à toute personne que de l'appeler Monsieur, par son prénom, par sa fonction...Seul Dieu est Seigneur!
Christine T

Jean-Marie Kohler

Ne m’appelez plus « Monseigneur » !

Qu’il me soit pardonné d’usurper dans cet article le statut d’évêque pour relever le multiple préjudice qu’entraînent - pour l’image de l’Église dans notre société et pour sa propre gouverne - l’emploi anachronique du titre de « Monseigneur » et les pratiques qui l'accompagnent ! Ce détour personnalisé facilitera peut-être le propos et en concrétisera la portée. De fait, le christianisme charrie maintes coutumes plus regrettables que cette appellation ; mais celle-ci apparaît aujourd’hui particulièrement désuète et, pire, renvoie aux antipodes des valeurs chrétiennes qu’elle est censée honorer. Nombre de « Nos-seigneurs » en conviendront – j’en suis sûr.

" Je sais bien, chers amis, que ce n’est pas mon individu que le titre de "Monseigneur" honore, mais le ministère dont je suis chargé. C’est à l’Église tout entière qu’il est ainsi rendu hommage. Aussi ne m’appartient-il pas, ni à aucun de mes confrères, de refuser pour convenance personnelle cette appellation qui relève d’une longue histoire et transcende nos personnes. Et pourtant, je demande de ne plus être appelé « Monseigneur » !

" Bien que j’aie toujours critiqué les honneurs dans l’Église, j’avoue avoir été touché quand il m'est arrivé d'en bénéficier. N’avais-je pas, sous couvert de service et comme d’autres sans doute, rêvé de l’aura entourant les hautes fonctions ecclésiastiques ? Sagement, l’humilité commande aux dignitaires de ne pas accorder trop d’attention à la déférence qui leur revient. C’est donc en toute modestie que je me suis habitué, en prenant ma place dans la succession apostolique, à la mitre et aux vénérables cérémonies épiscopales.

" Mais jusqu’où assumer l’héritage ? La symbolique véhiculée par ces honneurs s’étant perdue, ne faut-il pas renoncer à un usage qui s’est dégradé en banale mondanité aux yeux de nos contemporains ? C’est la crédibilité même de l’Église qui, hors de notre entourage familier, est aujourd’hui menacée par un affichage et des cérémonies qui offensent la foi que nous prêchons. Et plus dramatique encore : le décorum ecclésiastique mis en scène par nos manières et nos rites atteint jusqu’à la perception de Dieu qui s’offre à travers notre religion, brouillant gravement le message originel du Christ crucifié.

" La divinité est conçue à l’image des rois, le faste de la cour céleste est construit à l’avenant, et nos pratiques en fournissent une transposition qui doit légitimer la suprématie religieuse. Mais le monde a changé tandis que nous restons englués dans un passé indûment sacralisé au profit de nos institutions, et dans une conception archaïque de la divinité. Non, notre Dieu n’occupe pas les trônes que l’humanité s’obstine depuis toujours à ériger à ses dieux comme à ses rois. Nos représentations, notre langage et notre gestuelle sont à repenser.

" Comme la parole ne peut se communiquer qu’à travers des langages, l’Église ne peut se perpétuer qu’à travers des institutions - telle est la commune condition humaine. Mais, à l'instar des organisations sociales portées à sacraliser les pouvoirs qui les gouvernent, l’Église a absolutisé l’autorité ecclésiastique en l’assimilant à l’autorité divine. Paradoxal abus ! Les responsabilités d’ordre évangélique, tout en étant des plus éminentes, constituent en un sens le moins sacré de tous les pouvoirs (le moins « séparé »), parce que foncièrement subordonné à l’humble service des hommes - et des plus petits en priorité.

« Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations commandent en maîtres et que les grands font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous se fera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous se fera l’esclave de tous. » (Mc 10, 42-43). Adressé par Jésus aux disciples qui allaient fonder et conduire les premières communautés chrétiennes, ce précepte vaut toujours et se passe de commentaire. À suivre, tout simplement…

" Alors, adieu Constantin et Théodose qui ont promu le christianisme religion officielle de l’empire romain, adieu l’apparat et les compromissions qui s’en sont suivis au prix de la fraternelle simplicité des origines ! S'il n’est guère possible et s'il ne sert à rien de juger le passé, il nous incombe par contre de construire l’avenir. Pour demeurer fidèles à la Parole reçue, les communautés chrétiennes ont vocation à inventer des formes de service et de pouvoir inédites, par delà les modèles hiérarchiques légués au catholicisme par la Rome antique et la féodalité médiévale. Le dernier concile en avait déjà pris conscience avec Jean XXIII. Et, malgré d’âpres résistances, on s’en préoccupe de nouveau au Vatican sous la houlette du pape François !

Un héritage à revisiter

D’aucuns trouveront ce billet outrecuidant : de quoi se mêle donc ce laïc qui feint d’ignorer la modestie dont se réclame l'immense majorité des prélats ? D’autres estimeront qu’il ne s’agit là que de futiles élucubrations par rapport aux graves difficultés que connaît l’Église : n’est-il pas plus urgent de médiatiser les initiatives qui témoignent de l’Évangile en dépit de tous les manquements ? En réalité, la question soulevée est moins anodine qu'elle ne semble au premier abord. Si les titres n’ont évidemment aucune importance en tant que tels, ils sont révélateurs de l’idéologie et des structures qui les forgent et qu’ils illustrent, et ils contribuent à en assurer la reproduction. Une insignifiance de façade peut cacher de lourds enjeux, mais la partie émergée du système renseigne sur la nature et le fonctionnement de l’ensemble en place. La transmission de l’essentiel passe par le devoir d’inventaire.

Quelle Église voulons-nous ?

Vatican II a suscité un bel élan pour une Église selon l’Évangile. Mais dans la jeune génération du clergé comme en haut lieu, une partie des ecclésiastiques est nostalgique de la gloire passée de l’Église et s’acharne à vouloir la restaurer. Au courant prophétique ouvert sur le monde s’oppose un repli identitaire soucieux d’assurer avant tout la conservation du patrimoine et des pouvoirs hérités. S’agit-il encore de la même Église, voire du même Christ et du même Dieu ? La pertinence de cette question peut être illustrée par la vidéo d’un incroyable spectacle présentant en vedette son Émminence le cardinal Raymond Leo Burke qui a occupé jusqu’à récemment le poste de préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique (la plus haute juridiction du Saint-Siège) - voir ci-dessous. Que dire, que faire, quand il arrive que l'idolâtrie le dispute au grotesque à un point tel qu’il ne semble guère possible d'imaginer pire ? Suffit-il d’admettre que Dieu reconnaîtra les siens ? (Voir la vidéo sur le site mentionné en note)

Quoi qu’il en soit, notre espérance demeure. Les carences et les trahisons des Églises sont rachetées par les témoins de l’Évangile qui, au sein des institutions ecclésiales et hors d'elles, se succèdent depuis l’aube du christianisme pour transmettre les Béatitudes de Jésus de Nazareth. S’agissant des questions abordées dans cet article, le sublime Pacte des catacombes a produit des résolutions claires et irrécusables. Rédigé sous l’impulsion de dom Helder Camara, ce texte a été signé à Rome le 16 novembre 1965 par une quarantaine d’évêques, et a été diffusé parmi leurs confrères à la veille de la clôture officielle du concile Vatican II. En voici des extraits :

« (…) Nous essayerons de vivre selon le mode ordinaire de notre population en ce qui concerne l’habitation, la nourriture, les moyens de locomotion et tout ce qui s’en suit. Nous renonçons pour toujours aux apparences et aux pratiques relevant de la richesse, spécialement dans les habits (étoffes riches et couleurs voyantes), les insignes en matière précieuse (…). Nous refusons d’être appelés oralement ou par écrit des noms et des titres signifiant la grandeur et la puissance (Éminence, Excellence, Monseigneur) (…). Nous éviterons, dans notre comportement et nos relations sociales, ce qui peut sembler donner des privilèges, des priorités ou même une préférence quelconque aux riches et aux puissants (…). » http://nsae.fr/2010/01/31/le-%C2%AB-pacte-des-catacombes-%C2%BB.

Questions cruciales pour conclure

Alors que l’identité socio-religieuse autrefois imposée par le christianisme s'est réifiée et se volatilise, l’épiscopat est-il en mesure d’imaginer, avec et pour les membres des institutions ecclésiales, un avenir fidèle à l’Évangile ? Saura-t-il, à travers ces institutions désormais insérées dans une société sécularisée et pluraliste, contribuer à l’émergence d’une nouvelle identité croyante, ouverte et solidaire, ancrée sur les problèmes de l’humanité contemporaine et capable de relever les défis d’une mondialisation de plus en plus dominée par un ultralibéralisme mortifère ?

Pierre de touche : les résolutions du Pacte des catacombes restant d’une brûlante actualité au regard de l’Évangile, combien d’évêques accepteraient aujourd’hui de les signer si elles leur étaient à nouveau soumises ?

Jean-Marie Kohler

Note : Cet article, rédigé et mis en ligne en 2015 sur le site , aurait éventuellement pu interpeller les évêques auxquels il a été adressé, mais...

claudine

Si j'avais à ajouter un mot c'est le filet qui se met en place dans de nombreuses paroisses : abandon de tous les acquis de Vatican II à savoir :
Filles servantes de Marie ou d'Assemblée privées de l'aube de leur baptême ou profession de foi, n'ayant pas le droit de monter les marches de l'autel.
Femmes exclues très souvent des lectures en dehors du psaume, exclusivité laissée aux hommes pour donner la communion, une offertoire éclipsée par une musique .........
Hostie sacralisée ou plutôt chosifiée ......
Séparation des sexes pour des temps forts .
Toute demande auprès de l'Evêque pour dire l'absurdité de ces reculs (texte canonique à l'appui )ne voit aucun acte concret en raison de la mentalité de jeunes prêtres qui se plaisent dans un environnement masculin exclusif qui peut conduire à bien des dérives .
Une atonie de la générations Vatican II qui a peur des vagues aussi .
Seule une action publique , ferme et médiatisée pourrait peut-être éviter le rétrécissement des assemblées sur tous les plans .

CARTILLIER Jea...

arrètons de" réflechir" et de nous lamenter et de quitter l'église : agissons en bouscullant nos frères évèques
par LA GREVE du DENIER du CULTE qui cessera dès la mise en place effective d'un conseil diocésain ou autre assemblée non dirigée par l'évèque ,émanant des paroisses , des associations ,des mouvements d'action catholique ,de toutes les forces vives souvent brimées sous la férule de l'évèque ( les exemples lyonnais ne manquent pas ) les modalités méritent lucidité et discernement mais fermeté
notre frère évêque ne sera plus Monseigneur omnipotant en son diocèse mais le père de tous les enfants prodigues au devant des quels il sortira de sa maison pour les accueillir les mains ouvertes ,non encombrées par le droit canon

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