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La bourse ou la Vie ?

Christine Tasset

Dimanche 26 février 2017 – 8e dimanche du temps – Is 49, 14-15 – Mt 6, 24-34

L’enseignement de ce jour concerne la vie, mais de quelle vie s’agit-il ? la vie quotidienne ? la vie éternelle ? Très subtilement on ne distingue pas vraiment, comme s’il y avait une continuité entre vie terrestre et vie éternelle, à moins que ce ne soit les deux côtés d’une même réalité : la Vie. Quoi que nous puissions faire pour essayer de nous prémunir contre les aléas de l’existence, « qui d’entre [n]ous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? » Le maitre de la vie c’est Dieu, pas l’argent.

À la lecture de ce passage de l’Évangile de Matthieu, notre attention est en éveil : Jésus est sur la montagne, lieu de la Révélation, il enseigne ses disciples. Que va-t-il nous révéler sur Dieu ? Ces derniers dimanches nous avons entendu un enseignement exigeant, dérangeant : « vous avez appris que… et bien moi je vous dis… » En clair, pour être disciple, il faut dépasser la lettre de la Loi, aller plus loin, chercher à atteindre le cœur de la foi. On ne peut se limiter à une pratique « formelle », extérieure, superficielle.

Poursuivant ma lecture j’attends d’un mot à l’autre une Révélation d’importance, et là, à ce moment-là, Jésus détourne mon regard vers les oiseaux du ciel qu’il donne en exemple. Ah ! Ces oiseaux me déroutent et pour tout dire m’embarrassent depuis plusieurs jours. Pourtant les oiseaux me parlent des récits de la création. Le 5e jour Dieu dit : « que l’oiseau vole au-dessus de la terre, face au firmament […] et il vit que cela était bon. » Le jour suivant, Il crée l’être humain et le place au sommet de la création. Ainsi Jésus nous ouvre à une méditation large sur la création que nous pouvons contempler chaque jour. Les créatures les plus humbles : lys des champs ou oiseaux ont quelque chose à nous apprendre. Ils ne sont pas encombrés de soucis, eux : ils vivent dans l’instant, à tire d’aile, en exhalant leur parfum, participant ainsi au concert de la Vie. Dans quelques années, les lecteurs de la Bible comprendront-ils le message des oiseaux ou auront-ils disparu ?

Jamais je ne serai oiseau. Cela fait partie de la nature humaine de s’interroger sur le monde, de traverser des soucis, des peines, des épreuves, d’assumer des responsabilités, d’essayer de prévoir certaines dispositions pratiques (les courses, les menus, les lessives, les travaux, le rendez-vous chez le médecin, les impôts à payer…) pour avoir le cœur et l’esprit plus libres, ne pas être préoccupés en permanence.

Dans tous les fracas de notre époque, il serait tentant de comprendre qu’il faut vivre avec insouciance, sans essayer de prévoir, sans se préoccuper d’autrui, sans réfléchir… comme un oiseau sans cervelle. Observons, même les oiseaux construisent leur nid !

L’attitude spirituelle juste est d’abord de remettre de l’ordre dans nos priorités. Chercher « d’abord » le royaume de Dieu et sa justice, ensuite s’abandonner avec confiance, laisser Dieu conduire nos vies. L’image est forte dans Isaïe : quand bien même une mère oublierait son nourrisson, Dieu ne nous oublierait pas. Matthieu insiste aussi sur la confiance en notre Père céleste qui nous connait si bien et sait ce dont nous avons besoin. Un jésuite hongrois du XVIIIe siècle disait à peu près : « Prie comme si tout dépendait de Dieu, agis comme si tout dépendait de toi. »

Ce sont peut-être les enfants gravement malades du beau film Et les mistrals gagnant (Anne-Dauphine Julliand) qui nous livrent le secret : vivre l’instant intensément, être disponible pour l’imprévu et pour le reste, s’en remettre à Dieu.

Christine Tasset

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