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Les baptisés et la liberté de conscience

Alain WEIDERT


Au début du XIXe siècle, Lamennais et Lacordaire, tous deux prêtres catholiques préoccupés déjà par l’indifférence en matière religieuse, demandèrent "la liberté de conscience ou de religion".


La liberté se décline de maintes façons : liberté de parole, de circulation, d’association, d’entreprise. Sans oublier la liberté de conscience, habituellement la plus laborieuse à mettre en œuvre, surtout face aux pouvoirs absolus, religieux ou politiques. Ah la subtile emprise psychologique et l’aliénation des consciences !


A l’époque de Lamennais et Lacordaire, le Pape Grégoire XVI n’était pas prêt à l’entendre de cette oreille. Il réagit en publiant l’Encyclique Mirari vos : "Maxime fausse et absurde ce délire qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience, erreur des plus contagieuses". Depuis, de l’eau a coulé sous le Tibre et l’Eglise catholique a vécu son aggiornamento, le Concile Vatican II (1962-1965). Elle a su corriger des postures qui étaient tout sauf évangéliques.


Certes, l’expression "liberté de conscience" n’apparaît pas telle quelle dans les textes du Concile mais il en est bel et bien question. Dans la constitution Gaudium et spes il est exprimé que "la conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre" (ch.16) ; que "l’Evangile […] respecte scrupuleusement la dignité de la conscience et son libre choix" (ch. 41). Dans la déclaration sur la liberté religieuse au titre révélateur de Dignitatis humane, il est dit "qu’en matière religieuse nul ne (doit être) forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public…"(ch. 2). Que "l’homme ne doit donc pas être contraint d’agir contre sa conscience" (ch. 3), mais aussi que "les fidèles du Christ, comme les autres hommes, jouissent, sur le plan civil du droit, de ne pas être empêchés de mener leur vie selon leur conscience." (ch. 13).


Aujourd’hui encore il faut craindre les propos de ceux pour qui la conscience libre ne peut que mener au mal et à l’erreur. Craindre les allégations de ceux qui, dans les sectes ou les intégrismes de toutes obédiences, sous couvert de dévotions, de renoncements pieux et de soumission bienfaitrice, en sont les détracteurs déclarés et militants. La conscience éclairée avec respect, immune de contraintes extérieures, n’est pas synonyme d’inconscience, de libre arbitre, de relativisme ni de désordre. Elle est source de responsabilités et de devoirs pour chaque personne humaine, la marque de sa dignité divine.


Alain Weidert