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Bénédiction : Pâques !

Thérèse

Le jour de Pâques, nous écoutons le début des récits de la Résurrection selon Jean (20, 1-9). On y entend Magdeleine dire à Pierre et au disciple que Jésus aimait : On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis ! Il va leur falloir du temps pour qu’ils comprennent de quel ordre est cet « enlèvement »… Le passage lu à la messe est centré sur Pierre et Jean. Ils courent au tombeau. Pierre entre et remarque les linges à plat à leur place ; Jean entre alors : il voit et il croit. Et Magdeleine dans tout ça ? La suite sera lue un autre jour. Elle montre Magdeleine toute en pleurs, suppliant celui qu’elle a pris pour le jardinier : Si tu l’as retiré, dis-moi où tu l’as mis et j’irai le reprendre ! Lui : – Marie ! De s’entendre appelée par son nom la retourne : Rabbouni ! Mais lui : Ne me retiens  pas ! … (Jean 20, 11-18) Il faudra du temps aux disciples pour comprendre cette Parole dont Magdeleine devient l’apôtre : Je monte vers mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu ; le temps que Jésus se manifeste aux uns et aux autres ; et le temps de leur expliquer l’Écriture. Dès la nuit pascale on a écouté, au début des récits de la Résurrection selon Luc, deux anges dire aux femmes : Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : « Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite » (Luc 24, 6-7). Le monde étant ce qu’il est, pour qui ne veut prendre que les moyens pauvres – l’amour est un mendiant –, peut-il en être autrement ? … Il faudra quarante jours aux disciples pour entrer dans cette compréhension nouvelle. Alors, dit  Luc, il les conduit dehors. Et, élevant les mains, il les bénit. Et, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel » (Luc 24, 50-51). Cette scène qui sera lue pour l’Ascension s’achève sur la bénédiction du Ressuscité. Elle clôt l’ensemble du récit qui avait commencé par une cérémonie liturgique inachevée : le prêtre Zacharie s’attarde dans le sanctuaire. Quand il sort il ne peut leur parler… Pas de bénédiction …il reste muet (Luc 1, 21-22) C’est que la bénédiction est parole autant que don ; « diction » autant que « bien » ; un bien de l’ordre de l’être, qui ne relève pas de l’action de l’homme mais de la création de Dieu ; elle est rencontre, échange entre Celui qui donne et le bénéficiaire : émerveillé de la générosité de Dieu, celui-ci se met à bénir Celui qui est au-dessus de toute bénédiction.1 Luc achève son évangile sur les apôtres. Aussitôt Jésus emporté dans les cieux, ils reviennent à Jérusalem en grande joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à louer Dieu. (Luc, 24, 52-53). On en a un écho dans l’extraordinaire louange-fleuve que Paul donne au début de sa lettre aux Ephésiens (1, 3-14) : Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ : Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ ! … (il faut lire tout l’hymne) Mais la bénédiction ne fait pas que remonter en louanges ; il est dans sa nature de déborder et ricocher sur les autres, tous les autres, en commençant par le dernier des derniers. Dans le temple dont ils savent qu’il n’en restera pas pierre sur pierre (Luc 21, 6), les apôtres rencontrent à leur tour les autres dans leurs attentes les plus secrètes. Dans les Actes des Apôtres, où Luc raconte les débuts de l’Église à partir de l’Ascension, le premier acte qui suit la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres (que nous fêterons à la Pentecôte) est une remise debout. Pierre et Jean regardent droit dans les yeux l’infirme qui mendie à la Belle porte. Pierre : « De l’or et de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus le Nazôréen, marche ! » (Actes, 3, 3-5). Ici, pour la première fois un Chrétien agit en fils héritier, baptisé dans la mort-résurrection du Fils Bien-aimé du Père. Un Baptisé qui honore son baptême est bénédiction pour tous ceux qui l’approchent. ; c’est même là sa mission, son ministère ; un ministère qui peut encore se dire ministère de réconciliation, au sens le plus large, le plus existentiel qui soit, de bonheur et de paix. Thérèse Huvelin 1 D’après l’article  « Bénédiction » du Vocabulaire de Théologie Biblique, Cerf, 1981.

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