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À l’écoute

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Paray-le-Monial (71) - Basilique du Sacre-Coeur - Chapiteau de la tour nord - Le Silencieux M’entends-tu ? M’écoutes-tu ? Oui je te vois, je te regarde et suis à l’écoute. A ton écoute. Qui es-tu, toi que j’écoute ? Te connais-je ? Non pas forcément mais tu es là, tu parles. Pourquoi parles-tu ? Pour être entendu, pour demander, pour interroger, questionner, pour te libérer… Qu’importe puisque tu parles. L’écoute requiert disponibilité, attention et patience. Ce n’est pas facile, pas tout le temps en tous les cas. Il y a des bons et des mauvais jours. Il y a des jours de grande ouverture. Des jours où l’on pourrait écouter la terre entière dans une grande tendresse pour l’Autre. Il y a des jours où le cœur est fermé, il tolère mal la rencontre car qui dit écoute dit rencontre… Il y a des jours… Une petite phrase de trop ou inachevée peut dire beaucoup d’une émotion, d’un sentiment. Savoir capter l’imperceptible à travers le ton d’une voix, une fin de phrase murmurée… une hésitation ou tout au contraire un débit rapide, une parole coupante, un ton sec et agressif. Il faut alors reprendre « l’avantage », reprendre la parole posément, reposer les données du problème, en laissant la liberté à celui qui parle de dire ce qu’il a à dire. C’est peut-être notre plus grande liberté de pouvoir dire. Encore faut-il être écouté. L’écoute est un espace unique à chaque fois, espace de liberté et de partage. Un lieu où l’on se met en lien. Un lieu où l’on se met en résonance. On peut écouter avec tout son corps. La vision : voir un geste s’ébaucher, un regard qui se fige, des larmes qui pointent. Le toucher : une poignée de main  énergique, des joues qui se frôlent à peine ou tout au contraire deux baisers sonores sur les deux joues. Sentir : un parfum, un plat qui mijote. Tout nous raconte l’autre. Mais on ne peut pas être à l’écoute de l’autre constamment, il faut aussi être à sa propre écoute. Savoir se dire ce qui nous convient ou pas. On peut être à l’écoute du monde, de la vie qui nous entoure, la nature, le ciel, le brouhaha permanent de la vie. Être à l’écoute de ce qui s’offre à nous sous nos yeux. Ecouter pour entrer en communion. Dans le métro, écouter avec ses yeux ces visages concentrés, fermés parfois. Prendre conscience d’une humanité. Je suis bien là présente dans cette rame comme tous les autres et je partage avec eux le labeur, les soucis, la gaieté, l’insouciance. Écouter  pour savoir reconnaitre. Réinvestir une humanité, mon humanité. Car cet autre que j’entends et que j’écoute c’est mon frère en humanité. C’est mon prochain, celui a qui je ne tendrai peut être pas la main ou au contraire celui à qui je vais redonner un visage et un nom car je l’aurai écouté. C’est le sans-abri, le déraciné que je rencontre quotidiennement dans le métro et qui crie sa désespérance de ne pas être écouté. Peu de regards se lèvent vers lui, peu de sourires, juste quelques mains qui se tendent pour déposer une pièce de monnaie. Et quand aucune main ne se tend, alors il entre dans une fureur noire, invective le wagon et nous laisse, en partant, totalement misérables. Après quoi crie-t-il, si ce n’est après chacun d’entre nous qui ne sommes pas capables de lui redonner un visage, une dignité perdue ? Il parle et personne ne l’écoute ou plutôt nous l’entendons bien (il parle si fort) mais nous ne voulons pas l’écouter car cela fait mal. C’est l’inévitable « mise en danger » : que va-t-il nous arriver si nous l’écoutons vraiment ? C’est l’ami dans la peine qui cherche le réconfort d’une oreille attentive. C’est  le proche, si proche, que nous n’entendons plus que d’une oreille… c’est mon enfant qui me dit quelque chose que je ne comprends pas  car je n’écoute qu’à moitié. Entendre pour écouter, écouter pour recevoir, accueillir et faire grandir. Hier comme aujourd’hui, l’écoute permet d’abattre les murs de haine, d’indifférence et de lassitude. Cela prend du temps, c’est parfois difficile et source d’inquiétude mais c’est notre ressource profonde, un puits sans fond de richesse, un trésor d’intelligence et d’humanité. En ce temps de l’avent, prenons le temps d’écouter le monde pour mieux accueillir l’enfant qui va naître. Ecoutons-nous les uns les autres, mettons-nous à l’écoute car le Christ vient.  

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