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2 e dimanche de Pâques Commentaire de l’Évangile de Jean 20, 19-31

Paule ZELLITCH
Domaine Public. Rijksmuseum Amsterdam (NL)

Depuis des siècles lorsque nous, chrétiens, lisons ce passage d’Évangile, nous nous interrogeons. Qu’aurions nous fait à la place des disciples ? Plutôt que nous imaginer combatifs, pleins d’une foi inoxydable ou incroyablement lâches et honteux, commençons par nous intéresser à ces hommes. Ne sont-ils pas dans « la vraie vie » et contemporains des faits ? À ce moment de leur histoire, c’est la peur qui prévaut et à juste titre ; elle prend toute la place. Tous aux abris ! Jésus est mort sur la croix. Fin de la partie ?

Pas tout à fait... « Jésus vint et il était là au milieu d’eux » et, après leur avoir donné l’Esprit Saint, il leur assigne une mission. On ne sait pas ce que chaque disciple a pensé ou senti à ce moment-là, sauf qu’ensemble ils interpellent Thomas, qui était absent, pour lui dire « Nous avons vu le Seigneur ! » et non pas pour lui rapporter l’ensemble des faits qui se sont déroulés. Pour eux, l’essentiel est qu’ils ont vu Jésus. Rien d’autre ne prévaut.

Thomas est dans le réel, dans l’histoire. Ce n’est pas un esprit évanescent. Il a suivi une personne et il s’y tient. Il me semble que sur ce point, il nous dépasse déjà en fidélité. Il n’est pas captif des discours rapportés. Les « on lui dit », les « on nous dit », ce n’est pas pour lui. Il y a une vraie rectitude dans sa volonté, son désir d’être au cœur de la vérité des faits et des mots. Thomas parle en frère à ses frères et il le fait à la première personne. Il manifeste par là qu’il n’est pas à la remorque de ses compagnons.

Puis, deuxième réunion des disciples, aussi clandestine que la première. Très vite, la formule « et il était là au milieu d’eux » revient ; cela nous indique que la pointe du texte est bel et bien là. À nouveau, rien ne nous est dit de la réaction des disciples, Thomas compris. Jésus s’adresse immédiatement à Thomas et à lui d’abord. Il est là, corps transpercé, livré à son disciple. Notons que tous les disciples sont présents, comme si ce second témoignage ne leur était pas inutile. Et pourtant, souvenons-nous, huit jours plus tôt, ils ont vu le ressuscité, ils ont reçu l’Esprit… et ils ont encore peur. Thomas est bouleversé. Le voici né de Dieu. Il a parcouru, à la vitesse de l’éclair, le chemin qui est au cœur de la discussion entre Jésus et Nicodème. Jésus s’est ajusté à Thomas et il lui a donné de le « connaître » dans une fulgurance...

Avec Thomas, nous pouvons vivre cet épisode comme un acompte de résurrection ! Une entrée dans la joie et la force de « l’impossible » espérance. Il y a des temps et des lieux d’extension joyeuse de la foi en Christ. Il y a aussi des périodes plus sombres, voire obscures où le souvenir de Thomas peut nous inspirer. Il ne refuse pas la foi mais le fantasme. Parce que c’est la vérité qu’il cherche, le crucifié vient à Thomas...

Paule Zellitch

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