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1ère Assemblée plénière du chemin synodal de l’Église catholique en Allemagne.

Alain & Aline WEIDERT
Cathédrale de Francfort
Cathédrale de Francfort © Norbert Nagel @ Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Première Assemblée plénière du chemin synodal de l’Église catholique en Allemagne.

Le chemin synodal de l’Église catholique en Allemagne commence vraiment vendredi 30 janvier.

Deux informations et une analyse au 29.01.2020 par Alain Weidert à J-1

La première assemblée synodale aura lieu du 30 janvier au 1er février 2020 à Francfort. 17 observateurs étrangers sont prévus. Pour la France Didier Berthet, évêque d’Épinal, de la Conférence épiscopale des évêques de France et Jérôme Vignon des Semaines sociales de France.

Un questionnaire a été proposé sur la page internet du Chemin synodal pour que toute personne intéressée puisse donner son avis sur les quatre thèmes abordés (l’exercice du pouvoir, le statut des prêtres, la maîtrise de la sexualité, la place des femmes), envoi clos le 23 janvier. Au 22 janvier plus de 3000 réponses étaient parvenues (83,2 millions d’habitants en Allemagne). Certes il y a presque autant de protestants que de catholiques, mais le chiffre est faible. À titre de comparaison la consultation « Réparons l’Église » de La Croix/Pèlerin avait recueilli 5000 réponses et l’enquête CCBF à la suite de « La lettre au Peuple de Dieu » de François avait recueilli 4000 réponses (67 millions d’habitants en France). Constat : le chemin synodal allemand ne paraît pas motiver le grand public. Par ailleurs une proposition était faite d’envoyer une photo d’identité comme signe d’adhésion au chemin synodal, afin de créer une mosaïque sur la page d’accueil du site dédié. À la date du 23 janvier il n’y avait que 680 photos (1). Certes tout le monde ne souhaite pas voir sa photo d’identité se promener sur internet, mais c’est vraiment très peu.

Un regard. De mon point de vue, de ce côté-ci du Rhin et derrière mon ordinateur, tout paraît pouvoir se dérouler comme sur du papier à musique. Aucune faille dans l’organisation, rien n’est laissé au hasard. Je suis cependant étonné de constater dans les interventions des uns et des autres beaucoup d’attentes de changements mais aussi par avance énormément de retenue. Beaucoup de garde-fous sont énoncés pour que tout reste dans les clous. Tout sera possible dans les discussions, rien ne peut en être exclu et cependant il est redit que rien ne pourra vraiment être mis en application lors de ce chemin synodal. Il faudra attendre le feu vert de plus haut, si feu vert il y a. Ce chemin s’annonce un peu comme une quête de la quadrature du cercle, certes dans une totale confiance réitérée à l’Esprit Saint dont on s’attend à être surpris. Mais cette approche fait quand même penser à celle de monsieur Coué. Certains appuient sur le frein, d’autres sur l’accélérateur, même si la grande majorité de ceux qui sont partie prenante paraissent honnêtement décidés à jouer le jeu d’un respect mutuel, consensuel, policé. Parfait ! Mais jusqu’où ?

C’est cependant sans compter dans le paysage avec des groupes de catholiques allemands, conservateurs et intégristes, pour qui l’idée même d’un chemin synodal est à exclure. C’est ainsi que le 18 janvier a eu lieu une manifestation publique de protestation à Munich, ville où Reinhard Marx, président de la conférence des évêques allemand (DBK), est évêque. Peu de participants à la manif (150 personnes) mais ceci est significatif d’un état d’esprit qui considère le chemin synodal comme condamnable en soi puisque débattant de questions intouchables. Elles contiendraient en germe, selon les opposants, une volonté de scission dans l’Église.

« Nous ne voulons pas inventer une nouvelle Église » vient de dire Reinhard Marx, le 22 janvier, en prévenant de nouveau qu’il ne fallait pas mettre des espoirs de réformes trop exagérés dans les débats à venir. De son côté Thomas Sternberg, président du comité central des catholiques allemands (ZdK), exprime qu’il ne faut pas regretter le bon vieux temps. En convaincant et en agissant avec conviction, dit-il, on pourrait parvenir à beaucoup de choses. Et d’ajouter que les réponses en retour au questionnaire prouvent combien la volonté de réforme est forte chez de nombreux catholiques. D’ici à 2060 les Églises allemandes protestantes et catholiques devraient voir le nombre de leurs membres diminuer de moitié !

Comment sera-t-il possible de maintenir cette tension, cet écartèlement et pendant combien de temps ? À moins de se résoudre finalement à un statu quo qui risquerait de décevoir tout le monde. Sans fractures ? Certes on aura bien discuté, même de questions qui fâchent, qui déstabilisent, mais après ? Depuis quelques jours un extrait de la lettre du pape François, adressée au « Peuple de dieu pèlerin en Allemagne », est mis en exergue sur le site dédié au chemin synodal. « Nous sommes tous conscients de vivre non seulement une époque de changements mais surtout de vivre un changement d’époque qui soulève des questions à la fois neuves et anciennes. » N’est-ce pas ainsi poser la question d’un choix entre changements dans l’Église et une Église du changement, d’une Église autre ?

Nous sommes ainsi en présence d’une ligne de fracture qui ne pourra pas se résoudre sans déchirures, nécessairement douloureuses. Il faudra que le chemin synodal ait ce courage-là. Souhaitons-le à nos amis allemands car à travers ce chemin il ne faudrait pas qu’il soit surtout question de sauver, à la suite des scandales, une institution allemande jusqu’à présent parfaite, riche et puissante.

Pour finir une information qui vaut son pesant d’or : l’Assemblée synodale est hébergée sous de bons auspices œcuméniques. Faute de place dans la cathédrale de Francfort, à cause de travaux (l’Église est en chantier !), l’Assemblée se réunira dans un ancien couvent dominicain, aujourd’hui propriété de l’Église Évangélique d’Allemagne (EKD). Un Synode protestant y siège régulièrement !


Alain Weidert

  1. Le chiffre de 4000 têtes précédemment annoncé sur le site de la CCBF était erroné puisque les mêmes photos apparaissaient jusqu’à huit fois. Nous le leur avons signalé sur le site du chemin synodal, ils ont reconnu avoir voulu meubler l’image.
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Alain Weidert

Remarquable première impression !

La messe d’ouverture a donné lieu le jeudi soir à une assemblée synodale célébrante peu commune. Le cardinal Marx a présidé l’Eucharistie assisté de deux autres évêques. Ils étaient les seuls en habits liturgiques. Tous les autres évêques étaient en habit de ville, répartis dans l’assemblée.

Quand on sait que ces mêmes évêques, lors des assemblées épiscopales allemandes, ont l’habitude de se retrouver, pour les liturgies, en soutanes violettes (roses), avec surplis blancs repassés et amidonnés à la perfection, avec mozette et calottes, on peut comprendre qu’un signe a été donné, qu’un symbole fort a été exprimé pour la suite de l’aventure ecclésiale en Allemagne. De plus pour la communion, c’est avec et parmi les autres membres laïcs et religieux de l’assemblée synodale que les évêques se sont rendus en procession vers l’autel. Une communion distribuée par des laïcs, hommes et femmes ainsi que par des religieuses ! Un autre aspect aurait pu par ailleurs surprendre des français non habitués aux pratiques liturgiques allemandes : le nombre de servant(e)s d’autel filles, entre autres deux jeunes femmes thuriféraires en soutane noire et surplis blancs.

Certes tout ne se joue pas dans l’ordonnancement des assemblées mais à ma connaissance c’est la première fois que dans la grande Eglise de tels gestes-symboles, riches de sens christologique, ont été posés. A suivre…

Alain Weidert

Alain Weidert

Seconde impression remarquable !

Lors des débats, les 230 membres de l’assemblée synodale étaient répartis en quatre rangées de tables faisant face à trois autres rangées. Tous y avaient pris place, par ordre alphabétique, les 69 évêques y compris… répartis au sein même de l’assemblée d’une église en chemin synodal.

Finalement ce sont 5 300 réponses qui ont été reçues à la suite du questionnaire. Il est encore possible d’y répondre jusqu’à la date de la prochaine Assemblée des 3, 4 et 5 septembre 2020. D’ici là, de nouvelles questions seront formulées, qui surgiront des travaux des quatre forums de préparation. A suivre...

Alain Weidert

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