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À la mort à la vie

THÉOPHILE
Résurection de Lazare Résurection de Lazare. National Gallery.

 

Cinquième dimanche de Carême A : Jean 11, 1-45

N’est-ce pas avec cette formule que l’on échange des serments ? Sinon que l’on se promet généralement fidélité « à la vie à la mort », comme si les liens d’amitié pouvaient se dissoudre au-delà de la mort. La main tendue par Jésus à son ami Lazare, lors de son ultime visite à Béthanie, changera-t-elle notre regard ?

La réanimation de Lazare est un geste d’exception, une action prophétique. Mais dire à quelqu’un qu’on l’aime, n’est-ce pas toujours lui dire : « – Toi, pour moi, tu ne mourras jamais » ? Les paroles de Jésus, promesses de résurrection, nous incitent à nous arrêter un moment au bonheur de ses amitiés – elles furent nombreuses – pour relire à travers elles la joie de celles qui nous sont offertes.

Jésus n’a pas vécu en solitaire. Autour de lui des liens partout se tissent et ses paraboles offrent aussi de nombreuses illustrations d’amitié. Il se laisse volontiers inviter à dîner, approcher par les femmes, pose un regard de tendresse sur un jeune homme trop riche pour le suivre, ne cache pas une tendresse marquée pour un disciple – l’anonyme « disciple que Jésus aimait » – que le texte de Jean place à ses côtés aux moments les plus forts de sa mission : la Cène, le Calvaire et la Résurrection. Exemple de « celui qui croit sans avoir vu », ce disciple est aussi le modèle de celui qui reste présent à ses côtés au cœur de l’épreuve. Mais, si fortes soient-elle, ses amitiés ne sont jamais exclusives.

À plusieurs reprises Jean signale que Jésus aimait à faire halte à Béthanie, chez Lazare et ses sœurs, Marthe et Marie. Manifestement, il semble trouver dans leur demeure un havre de paix, à l’écart de la foule, et reconnaissance de sa mission et de qui il est. Les scènes qui se déroulent à Béthanie tranchent avec les affrontements auxquels il s’expose en chemin ; elles sont empreintes d’une profonde intimité. Ce noyau familial lui offre son hospitalité et sa chaleur. Il n’est donc pas étonnant que les deux sœurs l’appellent à l’aide quand leur frère se trouve gravement malade et osent lui faire le reproche d’être arrivé trop tard pour le secourir. Et quand on lui fait dire : « Celui que tu aimes est malade », il n’est pas surprenant non plus que Jésus prenne la route de Jérusalem, alors même qu’il la sait tendue de pièges. Confiance, réciprocité du soutien, partage et affection : c’est ainsi que Dieu vient à nous dans nos amitiés humaines.

Des amitiés nourries d’admiration. Voyez celle dont Jésus témoigne à l’égard de Jean Baptiste : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, il n’en est pas de plus grand » (Mt 11, 11). Et, dans la réciprocité, le Précurseur s’efface devant son cousin de Nazareth : « Il faut qu’il grandisse et que je diminue » (Jn 3, 30). Au cours de la dernière Cène, Jésus le souligne en s’adressant à nous tous à travers ses disciples : « Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ses amis… Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn15, 13-15). Ceci après s’être agenouillé devant chacun pour lui laver les pieds.

À ceux qu’il aime, Jésus donne la vie. Ainsi lance-t-il à Lazare : « Viens dehors ! ». Comme son Père avait appelé Adam à surgir de la glaise, comme Abraham avait été appelé à sortir de son pays et Moïse à conduire les Hébreux hors de la servitude d’Égypte. Car la vie, pour être intériorité, n’est jamais repli, mais écoute, relèvement, libération, mise en route.

Arrêtons-nous encore quelques instants à contempler cette amitié, dans laquelle Jésus ne craint pas de se montrer réellement bouleversé par la mort de son ami Lazare. C’est l’amour de Dieu qu’il nous découvre dans cette émotion qui le traverse : Dieu penché sur tant d’hommes enfermés en eux-mêmes comme des morts dans leur tombe, enveloppés de peurs ou figés dans leurs principes comme cadavres ficelés de bandelettes. Sans oublier ceux que la vie sépare, cloisonne, paralyse, désunit.

Ami des hommes, le Christ Ressuscité s’avance ici et ordonne : « Déliez-les et laissez-les aller ! », nous appelant à devenir à notre tour des libérateurs.

De la mort à la vie.

Théophile

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